Comment la ville de Rouen entend (encore) se serrer la ceinture – LE POULPE

Comment la ville de Rouen entend (encore) se serrer la ceinture

En exclusivité, Filfax est en mesure de vous révéler dans le détail les grandes lignes qui président à la construction du budget 2018 de la ville de Rouen. Ce dernier doit être soumis au conseil municipal en décembre prochain. Sans surprise, l'heure est aux économies tous azimuts...

Par Manuel SANSON | 27 Sep 2017

0
Recommander

La situation financière de la ville de Rouen est “difficile” mais “maîtrisée”. Ainsi s’exprimait Yvon Robert, maire socialiste de la commune, auprès des médias locaux ces dernières semaines. Maîtrisée ? Que se cache-t-il derrière ce terme pour le moins flou ? Sans nul doute, une volonté farouche de réaliser des économies à tous les étages de la fusée municipale. Notamment dans le cadre de la préparation du budget 2018 de la ville. C’est en tous les cas ce qu’indique un document interne et confidentiel que Filfax a pu se procurer.

Ce dernier s’intitule “note de cadrage pour la préparation du budget prévisionnel 2018”. Il a été adressé par Ghyslaine Lepage (DGS), directrice générale des services de la ville, à toutes les huiles de la ville – directeurs généraux adjoints, directeurs de service ou encore le directeur de cabinet – le 7 juillet dernier. Cette note fixe le cap à tenir dans la préparation du budget primitif qui devra être présenté à l’ultime conseil municipal de l’année, le 21 décembre 2017. Comme son nom l’indique, c’est un document de cadrage, susceptible de “bouger” encore en fonction des arbitrages politiques.

Les préconisations et les grandes masses financières qui y figurent permettent néanmoins de se faire une idée assez claire de ce que sera le budget primitif 2018. Malgré l’arrêt de la baisse des dotations de l’Etat annoncée par le gouvernement Philippe, la ville veut réduire ses coûts tous azimuts, que ce soit en matière de dépenses de fonctionnement ou d’investissement.

-5,75% sur les dépenses de fonctionnement général

Niveau fonctionnement, les objectifs sont mentionnés noir sur blanc. Obligation est faite aux services de faire des économies à hauteur “de 1 million d’euros” en ce qui concerne “le fonctionnement général”. En moyenne, la DGS de la ville fixe comme impératif la diminution de ces dépenses de 5,75% par rapport à l’année 2017. Et encore, il est à préciser qu’il s’agit d’un objectif “a minima”. Si certains directeurs ont envie de jouer les élèves modèles, rien ne les empêche d’aller plus loin dans leurs efforts.

Dans le détail, en appliquant la diminution de 5,75%, ce sont les pôles attractivité et cadre de vie (secteurs jeunesse et culture notamment) ainsi que celui du management des ressources (logistique, patrimoine bâti…) qui auront le plus d’effort à fournir, à savoir plus de 800 000 euros à eux deux.

Il n’y a pas que les services qui devront se serrer la ceinture… La DGS indique qu’il va falloir trouver “un million d’euros d’économies” sur les dépenses de personnels. Des réunions sont prévues avec chaque direction, sous la houlette de la direction générale et de celle des ressources humaines afin d’identifier des pistes d’économies. Le document cible en particulier les “recomposition/suppression de postes, les heures supplémentaires ou bien encore le recours au contractuel”.

Autre gisement de coupes ? Les subventions de fonctionnement aux associations. A ce propos, “il appartient aux services concernés d’examiner attentivement les enveloppes de crédits dont ils disposent en 2017 et de formuler des propositions d’économies”, indique la note de cadrage. On ne peut être plus clair. Le secteur associatif doit s’attendre, lui aussi, à recevoir de mauvaises nouvelles.

Pour le moment, 20 millions d’euros en investissement

En ce qui concerne les investissements, même topo, toute la machine municipale devra se serrer la ceinture. “Le montant global maximum de crédits d’investissement” est fixé à “25 millions d’euros”, hors remboursement de la dette. Dans l’annexe consacrée à cette catégorie de dépenses, les inscriptions, à ce jour, pour le budget 2018 s’établissent seulement à un peu plus de 20 millions d’euros. Dans le détail, c’est la direction des espaces publics et naturels qui subit la plus forte baisse de ses dépenses d’investissement, qui, selon les projections retenues, passeraient de plus de 4,2 à 1,8 millions d’euros.

Des efforts sont également demandés en matière de recettes, tant en fonctionnement qu’en investissement. Sur les premières, il est indiqué “que l’optimisation doit impérativement être poursuivie”. Ici, optimiser signifie, en réalité, augmenter. C’est l’annexe 2 de la note de cadrage qui compile les recettes tarifaires “pouvant faire l’objet d’une optimisation”.

L’ambition de la DGS est on ne peut plus claire : “Vous veillerez à proposer dans votre note explicative des scénarios d’augmentation en chiffrant les recettes supplémentaires qui en résulteraient sur 2018.” Dans la compilation présente en annexe 2, on trouve pléthore de domaines où des augmentations de tarifs ne sont pas à exclure. Redevances d’occupation pour les 24 heures motonautiques ou la foire Saint-Romain, crèches, piscines, cantines, activités périscolaires, location de salle municipale… Les multiples usagers des services publics municipaux peuvent s’attendre à une progression de leur douloureuse.

Au passage, la DGS invite toutes les directions “à mobiliser autant que possible les recettes en provenance de nos partenaires publics et privés (subventions et participations, mécénat…)”. Si la ville de Rouen ne demande pas l’obole, cela y ressemble sacrément. Sans doute le prix à payer pour “maîtriser” une situation financière…

*Sollicitée pour réagir sur le sujet, le cabinet du maire de Rouen n’a pas donné suite estimant “que l’heure était au travail technique” et “qu’il n’y avait pas grand chose à ajouter par rapport au contenu de la note”

0