S’estimant mis au placard, un enseignant-chercheur attaque en justice l’université de Rouen – LE POULPE

S’estimant mis au placard, un enseignant-chercheur attaque en justice l’université de Rouen

L’affaire, examinée le 5 décembre par le tribunal administratif de Rouen, oppose Richard Grisel, spécialisé en électronique, et la faculté rouennaise. Privé de recherche, il dénonce une exclusion arbitraire et illégale.

Par Gilles TRIOLIER | 22 Déc 2017

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Comme d’autres, n’allons pas lui jeter trop violemment la pierre, l’université reste un univers à part, feutré, discret, ne raffolant pas de la publicité, négative s’entend. Ses tourments ne sont que rarement exposés sur la place publique. Et il faut souvent que la justice soit saisie pour que la presse en ait vent et y fourre son nez. C’est le cas avec cette affaire examinée le 5 décembre dernier par le tribunal administratif de Rouen, qui doit bientôt rendre sa décision, suite à un recours pour « excès de pouvoir » formulé à l’encontre de l’Université de Rouen par un de ses enseignants-chercheurs en électronique, en l’occurrence Richard Grisel, 58 ans. Ce dernier conteste une « décision implicite d’exclusion de l’équipe de recherche ER2MP au sein de la structure dénommée Groupe de physique des matériaux » de l’Université de Rouen ». Autrement dit, il s’estime mis au placard sans qu’une procédure légale ait été entreprise. « J’ai été supprimé de la liste du laboratoire du jour au lendemain. Le conseil scientifique du laboratoire s’est un jour réuni, sans que je sois prévenu. Et cette décision, illégale, est sortie de nulle part. C’est dictatorial », affirme le quinquagénaire qui depuis lors n’exerce plus qu’en tant qu’enseignant.

Retour en arrière, en 2013, année où les « ennuis » de Richard Grisel ont commencé. A ses yeux, un élément fut déclencheur : il aurait mal voté, pas dans la ligne qu’il aurait fallu adopter. « Cette année-là, un enseignant est à recruter afin de prendre la tête de l’équipe ER2MP. Un comité de sélection composé de membres internes à l’université et de personnes extérieures est constitué, et  j’en fais partie, raconte le quinquagénaire. A la sortie, un candidat est désigné avec six voix contre trois. C’est le drame. S’ensuit une heure de discussion où ce candidat choisi se fait descendre en flammes. Un des membres du comité finit par modifier son choix et vote blanc. Et, au final, il a été décidé de ne recruter personne à ce poste cette année-là. »

“La direction ne souhaite pas communiquer sur ce point avant que les conclusions définitives soient transmises”

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais… « Quinze jours plus tard, le directeur du Groupe de physique des matériaux (GPM), Philippe Pareige, me convoque, dans une salle, entre deux cours, et me dit que je ne peux plus rester au labo, poursuit Richard Grisel. Pour quelles raisons ? On me dit que je n’ai plus assez de contrats de l’agence nationale pour la recherche. De fait, on ne me donnait plus de moyens et d’encadrants en doctorat… Cette affaire de vote fait également partie de la discussion. Et le directeur du GPM croit que j’ai influencé les gens du comité de sélection. Comment peut-on influencer des grands professeurs renommés de Caen, Marseille et Cergy ? Bref, ça ne lui a pas plu. Pour quel motif ? Je ne sais pas. »

Mis sur la touche, Richard Grisel s’émeut à plusieurs reprises par écrit de sa situation auprès de la présidence de l’université. « Pas de réponse », assure-t-il. En juillet 2014, il reçoit tout de même un courrier signé de l’ancien président de l’Université de Rouen, Cafer Özkul, qui lui indique « avoir sollicité monsieur Philippe Pareige, directeur de l’UMR GPM, afin que votre situation soit régularisée en votre qualité d’enseignant-chercheur membre du laboratoire ». « Mais cela n’a rien donné », se désole le chercheur en mal de recherches qui, au bout du compte, se décide à saisir la justice administrative, fin 2015.

Son avocate toulousaine, maître Stéphanie Hérin, fait valoir « que cette décision est illégale à la fois sur le fond, car il a assuré ses activités de recherche, et sur la forme, car on devait lui donner la parole ». Si le tribunal administratif ne s’est pas encore prononcé, le rapporteur public, lui, a rendu ses conclusions, dont maître Stéphanie Hérin a pris connaissance. « Manifestement, il a conclu à l’irrecevabilité du recours, ayant peut-être considéré que ce n’était pas une mesure faisant grief, s’étonne-t-elle. Cela me semble pourtant incontestable. » Le conseil s’est pour cela appuyé sur « une jurisprudence obtenue au tribunal administratif de Lille en 2014, où la décision de rétrograder un enseignant-chercheur avait été annulée ».

Filfax a cherché à joindre, sans succès, le directeur du Groupe de physique des matériaux. Quant à la présidence de l’université, elle ne veut pas s’exprimer pour l’instant : « L’affaire est en instance de jugement, la direction ne souhaite pas communiquer sur ce point avant que les conclusions définitives soient transmises. »

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