Région Normandie : turbulences autour d’un voyage à 89 000 euros – LE POULPE

Région Normandie : turbulences autour d’un voyage à 89 000 euros

Hervé Morin ainsi que plusieurs membres de son équipe doivent s'envoler pour l'Asie dans les prochains jours. L'opposition régionale s'étonne du coût de cette escapade mais aussi que six journalistes y soient invités au frais du contribuable. La Région dénonce "une polémique politique". Au milieu, Filfax compte les points.

Par Manuel SANSON | 18 Oct 2017

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Attention, polémique en vue à la Région Normandie ! C’est Nicolas Mayer-Rossignol, fer de lance de l’opposition socialiste, qui a allumé la mèche lors d’un discours prononcé devant l’assemblée plénière de la Région qui se tenait ce lundi 16 octobre.

Au détour de sa prise de parole, l’ancien président glissait un petit taquet à l’exécutif à propos de ses choix budgétaires : “Les associations qui vont voir d’un côté leurs subventions régionales diminuer l’année prochaine vont se demander, légitimement, pourquoi de l’autre côté on dépense 90 000€ pour emmener, aux frais de la Région c’est à dire du contribuable normand, trois élus, trois collaborateurs de cabinet et six journalistes (oui, six!) en Corée, en Chine et en Australie.” Si l’on n’est pas dupe des intentions politiciennes de l’élu socialiste, on peut tout de même s’interroger sur ce voyage et son prix.

Une délibération adoptée en commission permanente, dont Filfax a pu prendre connaissance, permet d’en savoir un peu plus. La mission économique et institutionnelle normande se rendra en Corée du Sud (Incheon, Séoul), en Chine (Shanghai) et en Australie (Sydney, Adélaïde) du 28 octobre au 4 novembre. Ce déplacement vise, entre autres, “à promouvoir l’excellence des filières économiques normandes ou à développer l’attractivité de la Normandie”.

La délégation normande sera conduite par Hervé Morin, le président, François-Xavier Priollaud, vice-président en charge des coopérations interrégionales et David Margueritte, vice-président en charge de la formation. Seront en outre du voyage Laurent Ronis-Le Moal, directeur de cabinet d’Hervé Morin, Alexandrine Salvi, conseillère presse de l’élu centriste, et un chargé de mission en coopération internationale. Et donc six journalistes. A l’inverse de la flopée de chefs d’entreprises et de personnalités diverses et variées qui se déplacent, elles, à leurs frais, les individus mentionnés précédemment seront « subventionnés » par la collectivité régionale.

Selon les termes de la délibération, il est prévu “de prendre en charge aux frais réels les frais relatifs au déplacement de la délégation (transport, hébergement, repas …) et aux activités organisées avec des personnes externes et internes à la Région durant cette mission (dîners officiels, interprétariat, événement de promotion, visites, transports …).” Le budget global de l’escapade s’établit très exactement à 89 000 euros.

Interrogé par la suite sur le fond de sa pensée, Nicolas Mayer-Rossignol se montre plus précis : “Sur le principe, je n’ai rien contre les voyages pour aller promouvoir les entreprises normandes à l’étranger. Je l’ai fait moi-même lorsque j’étais en responsabilité. Je m’interroge néanmoins sur la pertinence d’emmener six journalistes. Quelle est la valeur ajoutée pour la Région ?”, questionne-t-il. Et d’estimer “qu’ils ne vont pas aider les entreprises à vendre à l’export, mais plutôt servir la communication politique de l’élu. “Tout cela me semble cher, cela va être un beau voyage”, conclut-il, un tantinet cynique. “On n’est pas vraiment dans la sobriété”, approuve de son côté Claude Taleb, élu écologiste régional.

Sollicitée, la collectivité contre-attaque en dénonçant “une polémique politique”“Tout cela est très classique, ce n’est pas le premier voyage de la sorte que nous faisons et cela n’a jamais fait l’objet de critiques particulières”, s’offusque la conseillère presse d’Hervé Morin. Et de rappeler que Nicolas Mayer-Rossignol et Laurent Beauvais “faisaient de même” lorsqu’ils étaient aux manettes. “Tous deux étaient partis pour l’exposition universelle de Milan en 2015 pour 48 h au prix de 25 000 euros”, illustre-t-elle. Selon elle, les 89 000 euros dépensés aujourd’hui produiront “des retombées économiques pour le territoire normand”.

A la question de savoir s’il y a nécessité d’embarquer six journalistes, la conseillère presse affirme “que cela ne change pas de ce qui s’est fait auparavant”, rappelant que “les médias n’ont pas les finances pour emmener les journalistes à leurs frais”“Dommage que les rédactions n’aient pas les moyens de leur indépendance”, commente Claude Taleb. Les heureux élus seront-ils là pour assurer la com’ de l’ancien ministre de la Défense comme le laisse entendre l’ex-président de région ? “En aucune manière. Ils sont libres de faire ce qu’ils veulent. Nous sommes attachés à la liberté de la presse. Nous ne les invitons pas pour faire la promo d’Hervé Morin”, tente Alexandrine Salvi.

Seront du voyage des confrères de Paris Normandie, Ouest France, Publihebdos, France Bleu et France 3. A notre grande stupeur, Filfax ne fait pas partie des heureux élus. “Vous le serez certainement un jour”, assure la conseillère du président. On attend l’invitation avec impatience…

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