Parc d’attraction viking à Evreux : les choix très étonnants de Guy Lefrand – LE POULPE

Parc d’attraction viking à Evreux : les choix très étonnants de Guy Lefrand

Le président de l'agglomération Evreux Portes de Normandie et ses services ont choisi un cabinet extérieur pour la réalisation d'une étude sur l'opportunité de créer cet équipement à vocation touristique. A plus d'un titre, la société retenue interroge...

Par Manuel SANSON | 03 Oct 2017

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Guy Lefrand, le maire LR d’Evreux, est un homme avisé. Un élu qui sait mettre toutes les chances de son côté pour parvenir à ses fins. Et si, au passage, il peut soutenir financièrement quelques amis politiques, il fonce…

Et l’on parle du bébé de l’édile ébroïcien, à savoir un parc d’attractions autour de l’identité médiévale et viking. Un vaste projet annoncé en grande pompe il y a un peu plus d’un an par l’ancien suppléant du député Bruno Le Maire. Ce parc, s’il se réalise, devrait s’étendre sur une surface de 40 ha à Gauville en banlieue ouest d’Evreux.

Jusqu’à la fin 2016, il demeurait une belle idée sous le casque à corne de l’élu de droite. Pour la concrétiser, le président de la communauté d’agglomération a confié à un cabinet extérieur la réalisation d’une étude de faisabilité. Jusque-là, rien que du très classique. Il est courant pour ce type d’investissement – 80 millions d’euros estimés à parts égales entre privé et public – de procéder de la sorte.

         “Un ami politique”

Lorsque l’on découvre, en revanche, le nom de l’heureux élu, on est en droit de s’interroger. C’est le cabinet GB2A, en fin d’année dernière, qui a remporté ce marché pour un peu plus de 80 000 euros. En fouillant, on s’aperçoit très vite que le fondateur et associé de cette société est un « ami politique » du maire d’Evreux.

Gregory Berkovicz figurait en effet sur la liste de la droite conduite par le centriste Hervé Morin aux dernières élections régionales en Normandie. Outre ses fonctions de conseiller municipal de Caen et de président de Caen Event, il est aussi vice-président du délégué national du parti radical valoisien. Une formation politique que Guy Lefrand connaît plutôt bien puisqu’il dirige la ville d’Evreux avec le responsable eurois du parti, en la personne d’Olivier Lepinteur. Celui-ci officie à ses côtés en tant qu’adjoint municipal en charge des finances et des marchés publics. Ça ne s’invente pas…

Ce qui ne manque pas de surprendre, c’est également le mode d’attribution de ce marché public. L’intercommunalité d’Evreux a en effet opté pour la “procédure adaptée”. Cette dernière, autorisée pour les marchés d’un montant inférieur à 209 000 euros, offre plus de souplesse aux collectivités publiques en termes de mesures de publicité et de formalités de mise en concurrence définies par le droit européen. Au vu du montant de ce marché, Evreux Portes de Normandie était parfaitement dans son droit. Sauf que, cette décision n’a pas été sans conséquence pour le contribuable local.

         Perte d’une subvention régionale

En procédant de la sorte, la collectivité s’est privée d’une subvention régionale de 30 000 euros au titre des fonds européens. Le refus du conseil régional a été entériné par sa commission permanente en février 2017 au motif que la sélection de l’entreprise aurait dû “faire l’objet d’un appel à projet”“Soit c’est de l’amateurisme et l’agglomération ne connait toujours pas les procédures européennes, soit c’était voulu et l’équipe du maire n’a pas souhaité passer par un appel à projet. Ce qui serait très inquiétant”, commente aujourd’hui Timour Veyri (PS), conseiller communautaire d’opposition, “très surpris” du choix effectué par la communauté d’agglomération.

Si l’on se penche sur les faits d’armes du cabinet GB2A, on s’étonnera également de ne trouver sur son site internet aucune mention d’une quelconque compétence en matière de tourisme. Pour l’essentiel, GB2A donne dans le conseil juridique, le montage juridique de partenariat public privé (PPP) ou encore le pilotage de projet en lien avec les fluides et les énergies renouvelables. A l’inverse, le cabinet trimbale quelques casseroles. Ainsi, le Parisien/Aujourd’hui en France évoquait « les couacs à répétitions du bureau d’études GB3E (NDLR : la filiale ingénierie de GB2A) » dans un article en date de 2011. Il était question, du côté de Bussy-Saint-Georges en Seine-et-Marne, d’un appel d’offres « mal goupillé » par le cabinet.

         “Gouffre financier”

Hugues Rondeau, l’ancien maire de cette charmante commune a été condamné en 2017 à six mois de prison avec sursis pour prise illégale d’intérêts. Dans cette affaire, l’édile avait payé ses factures personnelles d’avocats avec les deniers municipaux. L’entreprise en question n’était autre que le cabinet GB2A… Au détour de l’enquête, un collectif citoyen avait révélé qu’en 2010, le montant des honoraires versé par la ville à ce même cabinet s’élevait à plus de 900 000 euros. Pas mal pour une commune de 25 000 habitants. A l’époque, Hugues Rondeau était membre, tiens donc, du parti radical valoisien…

Les faits d’armes de GB2A n’ont, semble-t-il, pas refroidi le maire d’Evreux au moment d’accorder le marché. Rien de très surprenant. En plus de servir la cervoise à quelques compagnons, il s’assure, a priori, un avis des plus conciliant sur l’idée – controversée au niveau local – de créer un parc viking. “Ce projet est très inquiétant. L’immense majorité des parcs qui ont été lancés par des collectivités territoriales ont été de véritables gouffres financiers pour les habitants”, avance Timour Veyri. A ce jour, les conclusions de l’étude sur l’opportunité de créer ce parc viking ne sont toujours pas connues. Elles seront, à n’en pas douter, parfaitement impartiales…

         Du coté de la mairie…

Sollicitée ce matin pour obtenir quelques explications autour de ce marché public, ni Guy Lefrand ni aucun de ses collaborateurs n’ont pu se rendre disponible pour répondre à nos questions. A notre grande surprise, la direction de la communication nous a renvoyé vers Gregory Berkovicz, fondateur du cabinet GB2A. De bonne grâce, ce dernier s’est plié au jeu de l’interview. Le conseiller municipal caennais trouve “légitime” que l’on se pose la question d’un éventuel arrangement entre lui et le maire d’Evreux. Cela étant, il tient à démentir “formellement” toute forme de copinage. “J’ai dû rencontrer Guy Lefrand trois fois lors de la campagne des élections régionales et je ne sais même pas si l’on s’était parlé à ce moment”, explique-t-il précisant par ailleurs qu’il travaille toute l’année avec des élus de droite et de gauche. En revanche, il concède “mieux connaître” Jean-Claude Desloques, le directeur de cabinet de Guy Lefrand. “Il était à Hérouville-Saint-Clair auparavant”, rapporte l’avocat caennais. Sur le fait de savoir si l’étude de faisabilité était désormais achevée, Grégory Berkovicz refuse de répondre, se retranchant derrière le sacrosaint “secret professionnel”. Il indique simplement “que sa société, au sein d’un groupe d’entreprise, a en charge l’étude de faisabilité juridique et non pas technique” de ce projet de parc d’attraction.

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