Le préfet de Seine-Maritime écrit au Poulpe à propos de Lubrizol – LE POULPE

Le préfet de Seine-Maritime écrit au Poulpe à propos de Lubrizol

À la suite de la reprise d'un article de Mediapart sur le site du Poulpe le 23 juillet concernant la pollution provoquée par l'incendie de l'usine Lubrizol, nous avons reçu le droit de réponse suivant du préfet de Seine-Maritime, Pierre-André Durand. Nous le publions dans son intégralité. Nous maintenons évidemment l'ensemble de nos informations.

Par LePoulpe | 12 Août 2021

recommander

A la suite de l’ article du 22 juillet 2021 sur l’incendie de l’usine Lubrizol publié par Mediapart et repris le lendemain par Le Poulpe, nous avons reçu, le 11 août, le droit de réponse ci-dessous du préfet de Seine-Maritime, Pierre-André Durand, daté du 29 juillet.

Dans le cadre du suivi des conséquences de l’incendie du 26 septembre 2019, dès le jour de l’incendie et au cours de la phase opérationnelle de gestion du sinistre, les impacts sanitaires et environnementaux de cet incendie ont été pris en compte sur mes instructions et en application de la circulaire interministérielle du 20 février 2012 relative à la gestion des impacts gestion des impacts environnementaux et sanitaires d’événements d’origine technologique en situation post-accidentelle.

C’est ainsi que de très nombreux prélèvements et analyses de l’air, des suies, des eaux de consommation humaine ont été réalisés en suivant les recommandations des agences nationales d’expertise (INERIS et ANSES). Dans la phase de suivi post-accident, des prélèvements complémentaires dans les sols, les végétaux, les productions animales, les captages d’eaux pour la consommation humaine, les boues des stations d’épuration, dans une large zone ayant été sous le panache des fumées, ont été réalisés.

Au-delà des mesures d’urgence prises dès le 26 septembre 2019, plusieurs arrêtés préfectoraux, dès le 14 octobre 2019, ont exigé des exploitants la production d’études complémentaires sur les eaux et boues issues de l’extinction, les sols et les végétaux. Outre ces prélèvements sur différentes matrices, il a été veillé à ce que soit définie la signature chimique de l’incendie par une analyse des lichens qui constituent un bio indicateur de référence. Cette étude, qui n’a que cette finalité, s’est déroulée en 2 volets pour permettre de mesurer dans une approche comparative, ce qui relevait effectivement de l’imprégnation de l’incendie en discriminant ce qui relevait de l’environnement local (pollutions historiques notamment).

De plus, une interprétation de l’état des milieux (IEM) constituant notamment en des prélèvements de sols sur deux horizons 0 –5 cm et 0 – 30 cm, a été réalisée sur le territoire des communes situées sous le panache et auprès de communes «témoins ». Les résultats ont fait l’objet d’une information spécifique de chaque commune concernée.

Une évaluation quantitative des risques sanitaires (EQRS) a été également prescrite aux exploitants, elle est en cours de tierce expertise par l’INERIS. Cette tierce expertise sera achevée avant la fin de l’année et sera, elle aussi, rendue publique.

Cette IEM et cette EQRS ainsi que le rapport rendu par ATMQ et le rapport « Lichens », mais aussi tous les résultats des diverses mesures effectuées à partir du 26 septembre 2019 ont été transmis à Santé publique France (SpF), qui a, pour répondre à la saisine de la Direction Générale de la Santé en date du 8 octobre 2019, déployé un dispositif d’évaluation des conséquences sanitaires de l’incendie, à court, moyen et long terme avec :

– Une enquête de santé perçue auprès de la population exposée. SpF a souhaité associer à la définition de la méthodologie de l’étude, des représentants des élus, des représentants des associations agissant dans le domaine de la santé et des représentants des professionnels de santé;
– Le suivi de la santé des travailleurs potentiellement exposés, dans le cadre des travaux du Groupe d’Alerte en Santé Travail Normandie;
– Une étude de la pertinence de mettre en place une étude de biosurveillance en population générale.

Tous ces éléments ont permis, pour Santé publique France, de disposer d’une vision très fouillée de la situation et d’ engager une surveillance épidémiologique de la santé de la population riveraine et des travailleurs potentiellement exposés via le Système National des Données de Santé.

Sur la méthode de communication qui semble être mise en cause dans votre article, je tiens à préciser que les réunions du comité pour la transparence et le dialogue (9 comités en 17 mois) ont été l’occasion de présenter à l’ensemble des acteurs concernés tous les résultats des études, toujours en présence de la presse qui assiste à ces réunions dans leur intégralité. Cette assemblée est composée de 108 membres au sein de laquelle siègent des élus, des associations, des organisations syndicales, les chambres consulaires, les professionnels de santé, les acteurs économiques, le monde agricole, les exploitants et les services de l’État (moins de 20% des membres).

Tous les membres du comité sont invités à s’exprimer et à réagir le cas échéant lors de réunions qui durent le temps nécessaire à l’expression de chacun. Les services de l’État assistent à ces restitutions en apportant les éléments d’éclaircissements qui peuvent être sollicités par les membres du comité. À l’issue des réunions, copie des présentations est remise à chacun des participants et toutes les études et rapports sont publiés et mis à disposition du public. Le format de publication des rapports est toujours repris in extenso, et si nécessaire, au regard de la technicité du sujet, accompagnés d’un résumé non technique ou d’une note de synthèse pour rendre le document intelligible à tout public, même non spécialiste.

Dans votre article, vous écrivez: « C’est le plus gros accident industriel en France depuis 20 ans et, officiellement, il n’a pas contaminé l’environnement. Presque deux ans après l’incendie de l’usine Lubrizol et de l’entrepôt de Normandie Logistique à Rouen (Seine-Maritime), où 10 000 tonnes de produits chimiques sont parties en fumée, l’État assure qu’il n’existe pas de “contamination en lien avec l’incendie” qui soit “différenciable d’une pollution industrielle historique” ».

Cette affirmation est incomplète car vous ne reprenez qu’une partie de la synthèse de Santé publique France. En effet, dans les points clés de la synthèse « SANTÉ POST INCENDIE 76 : Pertinence d’une étude de biosurveillance suite à l’incendie survenu à Rouen le 26 septembre 2019 », Santé publique France note : « L’analyse complémentaire conduite par Santé publique France converge avec les conclusions des différents intervenants et opérateurs impliqués indiquant qu’en l’état, et sans totalement l’écarter, aucun élément ne permet de conclure à l’observation d’une contamination apportée par l’incendie différentiable d’une pollution industrielle historique. Aucun élément objectif n’apparaît en faveur d’une surexposition à long terme des populations riveraines aux substances identifiées. »

Par ailleurs, les mesures effectuées ont bien fait apparaître des pollutions historiques ne correspondant pas à des produits marqueurs de la signature chimique de l’incendie, tel que le plomb ou l’arsenic. Ces données ont toutes été communiquées aux municipalités et aux propriétaires des terrains concernés.

S’agissant de la note de la DREAL qui accompagne les études dites « Lichens », publiées in extenso, que vous commentez dans votre article, il est écrit : «Ces analyses ont permis de mettre en évidence un impact réel mais ponctuel de l’incendie sur la qualité de l’air, qui s’est manifesté notamment par un marquage des lichens. Elles ont permis d’affiner la signature chimique de l’incendie, en mettant en évidence quelles substances avaient marqué les lichens au cours de la période et lesquelles ne les avaient pas marqués. Les conclusions, sur ce point, permettent de confirmer l’examen de la signature chimique de l’incendie déjà effectué au travers des modélisations, des analyses d’air; de suie et des eaux d’extinction. Ainsi, la liste des substances recherchées dans les différentes matrices se trouve confortée par cette étude.» Et de préciser : «Si cette étude permet de conclure sur la nature des substances et sur le caractère ponctuel du marquage, en revanche, iI convient de rappeler que le lien avec l’impact sanitaire ne peut pas être obtenu directement à partir de ce type d’analyses, qui n’apporte qu’un éclairage complémentaire à d’autres types de mesures.»

Je tiens donc à préciser, s’il en était besoin, que les services de l’État n’ont en aucun cas pour objectif de minimiser les impacts de cet incendie comme l’indique de façon inexacte le titre de votre article. Les objectifs poursuivis par les services de l’État consistent notamment à s’assurer de la bonne mise en œuvre par les exploitants des mesures d’évaluation tant sanitaires qu’environnementales qui ont été prescrites à la suite de cet incendie majeur et de rendre publique la totalité des résultats d’analyses effectuées, quelle qu’en soit la teneur, que cela convienne ou non aux intérêts des différentes parties en cause, notamment dans le cadre de contentieux.

C’est ainsi que les réunions du comité de transparence et de dialogue et les publications mises en ligne sur le site internet de la préfecture ont pour objectif de communiquer en toute transparence l’ensemble des rapports d’études et résultats connus et vérifiés qui ont été réalisés. Il convient de souligner que jamais un incendie industriel en France n’a fait l’objet d’autant d’investigations et dont toutes les données ont été communiquées et publiées. Au total, ainsi que le souligne Santé publique France, l’État a imposé plus de 6500 prélèvements représentant 368 000 données, analysées et intégralement rendues publiques.