Kader Chekhemani dans la même foulée que Frédéric Sanchez – LE POULPE

Kader Chekhemani dans la même foulée que Frédéric Sanchez

L'ancien athlète, proche de Valérie Fourneyron et d'Yvon Robert, dont il est l'adjoint à Rouen, a rejoint le cabinet du maire du Petit-Quevilly, un certain Frédéric Sanchez. A l'aune de l'entente pas vraiment cordiale entre ces deux tendances de la famille socialiste locale, ce transfert interroge, politiquement.

Par Gilles TRIOLIER | 21 Nov 2017

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Il est des recasages plus rapides que d’autres. Et à ce niveau au moins hommes et femmes politiques font souvent preuve d’efficacité. C’est ainsi que, trois à quatre mois après la défaite de la députée socialiste Valérie Fourneyron aux législatives de juin, un de ses ex-collaborateurs parlementaires, Kader Chekhemani, 46 ans, a vite retrouvé un emploi en intégrant le cabinet du maire PS du Petit-Quevilly, Frédéric Sanchez, par ailleurs président de la Métropole Rouen Normandie.

« Aucun commentaire à faire » du côté du cabinet petit-quevillais de l’édile socialiste. L’intéressé, lui non plus, n’a pas envie de causer. « Je ne répondrai pas à vos questions. C’est dans le cadre de mon travail, de ma vie privée », balaye Kader Chekhemani au téléphone, que l’on tente de relancer sur la raison de ce refus : « Répondre à cette question serait déjà une réponse. » Les arcanes feutrés des cabinets détestent décidément la lumière. Quant au rôle qu’y exercerait l’ancien athlète spécialiste du 1500 mètres, d’aucuns évoquent une action en matière de démocratie locale. Un peu vague. D’autres sons de cloche laissent à penser qu’il viendrait épauler celle qui, en 2020, pourrait tenter de succéder à Frédéric Sanchez, lui qui a déjà annoncé qu’il ne se représentera pas au Petit-Quevilly, à savoir sa deuxième adjointe en charge des finances Charlotte Goujon. Un domaine que Kader Chekhemani connaît bien pour avoir été directeur de campagne d’Yvon Robert en 2014 puis de Nicolas Mayer-Rossignol lors des régionales de 2015.

« Quand le roi se meurt, les princes vont voir ailleurs »

Quoi qu’il en soit de son champ d’action, le transfert vers la rive gauche de celui qui est toujours adjoint de quartier auprès du maire de Rouen n’a pas manqué de susciter la curiosité du petit monde politique rouennais et métropolitain. « Quand le roi se meurt, les princes vont voir ailleurs », ironise avec délectation un élu écologiste rouennais. Allusion pas du tout voilée au rapport plus que tendu entre une ville de Rouen sans le sou et conduite par un Yvon Robert en fin de règne, et une Métropole riche et toute puissante dirigée par un Frédéric Sanchez dont les ambitions pour 2020 – Métropole ? Mairie de Rouen ? Les deux ? – ne font plus mystère.

La dimension politique et politicienne de ce débauchage, en effet, interroge. Très proche d’Yvon Robert et encore plus de Valérie Fourneyron, dont il fut l’adjoint aux sports entre 2008 et 2012, Kader Chekhemani rejoint un héritier pur jus du système Fabius, dans lequel le duo Robert-Fourneyron n’apparaissait pas au premier rang, c’est le moins que l’on puisse écrire.

« Après avoir perdu ses deux grandes figures, Laurent Fabius parti au Conseil constitutionnel et Valérie Fourneyron défaite aux législatives, la galaxie Fabius se reconfigure. Les grandes manoeuvres s’ouvrent pour 2020 », attaque le conseil municipal d’opposition UDI à Rouen, Robert Picard, qui poursuit dans la même veine  : Alors que la question de la succession d’Yvon Robert se pose, à l’aune également des ambitions personnelles de Nicolas Mayer-Rossignol sur les affaires rouennaises, rejoindre Frédéric Sanchez n’est pas un comportement totalement neutre. »

“Tous les socialistes sont socialistes ” 

Si Stéphane Martot estime d’abord « que ce garçon plutôt sympathique avait tout simplement besoin de trouver un travail » suite à la défaite de sa députée-patronne, l’élu rouennais EELV déroule tout de même une lecture politique de ce transfuge : « Si Frédéric Sanchez essaie ainsi d’établir des ponts avec Rouen, c’est peut-être la bonne méthode. Il n’y a en tous cas pas de hasard. Frédéric Sanchez voit loin et je fais partie de ceux qui estiment qu’il pense beaucoup aux élections municipales, et métropolitaines dans la foulée. Il ne pense même qu’à cela. »

Aucune considération de ce genre chez le communiste rouennais Didier Chartier. « Les pro-Robert, les pro-Sanchez… C’est le microcosme, ça ne m’intéresse pas, assure le conseiller municipal délégué. Il fallait qu’il trouve un travail et il a mis ses compétences au service de qui voulait. Et puis tous les socialistes sont socialistes. » Dans les rangs du PS local, justement, tous ne cherchent pas la petite bête. « C’est bien qu’il puisse rebondir au Petit-Quevilly, estime ainsi un élu socialiste de l’agglomération. Kader Chekhemani est un bon professionnel, réactif, rigoureux. Toutes qualités que l’on peut attendre dans un cabinet. » L’avenir dira rapidement si l’affaire se voulait simplement professionnelle…

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