Ils ont dû quitter la Normandie pour la santé de leur enfant – LE POULPE

Ils ont dû quitter la Normandie pour la santé de leur enfant

Face aux crises d'asthme carabinées de Lou, leur fils de 5 ans, les Anthoine ont été contraints de déménager en Auvergne. Loin de la pollution rouennaise.

Par Gilles TRIOLIER | 26 Jan 2017

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Pour les asthmatiques comme Lou, c’est fastoche. Même pas la peine de regarder le ciel, les prévisions d’Air Normand ou les alertes des politiques. La pollution atmosphérique et autres particules fines en suspension, le petit bonhomme de 5 ans les mesure directement avec ses bronches. Quand elles s’irritent au point de devoir filer à l’hôpital, c’est que ça ne va pas. Et ça n’allait sacrément pas en Normandie, à un degré tel que sa famille, auparavant installée à Sotteville-lès-Rouen, a dû se résoudre à déménager, l’an dernier, pour s’éloigner de la cuvette rouennaise en quête d’un air plus sain. Direction l’Auvergne et ses volcans.

Son père, Yann Anthoine, professeur de sport de 42 ans, se souvient de la galère que fut la prime enfance de son fils : « La première année, Lou faisait des bronchiolites à répétition, des otites, tout son système ORL s’irritait. Il était malade tous les deux mois, mis sous antibiotiques. A un moment, ça a dégénéré en grosse crise d’asthme, en insuffisance respiratoire avec un taux d’oxygène de 70 % seulement. Nous courions tous les trois mois aux urgences, à chaque nouvelle crise dès que le temps était pourri, humide, et qu’un rhume tombait sur les bronches. »

La vallée de Seine n’est évidemment pas seule concernée en France, mais le problème est particulièrement prégnant durant les pics de pollution. « Chez les personnes fragiles et en bas âge, cela crée des inflammations. Elles sécrètent et ont du mal à respirer, indique la pneumologue rouennaise rattachée au CHU Ourdia Toumi. En temps normal, elles sont équilibrées par leur traitement. Mais cela s’aggrave en cas de pic de pollution et d’épisode grippal, comme c’est le cas actuellement. Et elles sont contraintes de prendre des traitements beaucoup plus forts. »

En France, 48 000 décès par an liés à la pollution

Lors de ses crises, Lou se voit en effet prescrire un arsenal médicamenteux, Ventoline, cortisone et un cocktail d’antibiotiques. Une dose de cheval. « Nous avons calculé : dans ses quatre premières années, Lou a pris plus de trente traitements antibiotiques, estime le papa. Mais, au bout d’un moment, ils ne faisaient plus effet et son système immunitaire était impacté. On ne s’en sortait pas. »

Excédés, ses parents finissent par dire stop et décident de l’emmener en cure thermale en Auvergne, à La Bourboule. « Nous partions chaque année en famille pendant trois semaines », se remémore Yann. Le bienfait pour les bronches du petit Lou se fait sentir immédiatement au contact du climat auvergnat. Au point d’inciter la famille Anthoine à y emménager définitivement en août dernier. « Ici, ses crises d’asthme ne dégénèrent pas. On lui donne juste de la Ventoline. » Plus nécessaire, non plus, de courir à l’hôpital à tout bout de champ.

Ce départ forcé n’a tout de même pas été sans conséquence. Pas si simple de changer de vie. « Moi, en tant que professeur, j’ai pu obtenir une mutation rapidement au vu du dossier médical de mon fils, précise le papa. Mais ma femme, qui est ingénieur, a dû démissionner. Elle est au chômage aujourd’hui. Mon fils, lui, a perdu des copains.» Ces certificats médicaux destinés à appuyer la demande de mutation de parents désemparés, la pneumologue rouennaise Ourdia Toumi en a signés plusieurs…

Concerné au premier chef, Yann Anthoine juge avec sévérité les politiques publiques mises en oeuvre pour faire baisser la pollution : « La circulation alternée, l’appel au civisme… Ça me fait doucement rigoler. Je sais bien qu’il est difficile de ne pas prendre sa voiture et de diminuer l’activité économique, mais bon, la promotion du diesel ou le peu d’entrain à développer les voitures électriques, ça revêt bien un caractère politique, non ? On ne pourra pas tous vivre en hauteur, au dessus de 800 mètres. Un jour, on ne saura plus où aller s’installer pour y échapper. »

Selon Santé Publique France, 48 000 décès par an sont liés à la pollution atmosphérique au niveau national.

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