Frédéric Sanchez, cet inconnu qui dirige Rouen – LE POULPE

Frédéric Sanchez, cet inconnu qui dirige Rouen

Filfax se penche sur le cas du président de la Métropole de Rouen, dernier représentant du système Fabius en poste en Seine-Maritime. De quoi faire bien des envieux parmi ses camarades socialistes. Contrairement à nombre de ses camarades, l'homme a toujours cultivé une certaine discrétion. D'où cette envie de creuser autour de son parcours et de sa personnalité. Récit au long cours d'une ascension politique au sein de la gauche réformiste locale à l'heure où son avenir politique suscite moult interrogations.

Par Manuel SANSON | 11 Jan 2018

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Frédéric Sanchez n’aime pas trop parler de lui. En fouillant sur le web, bien difficile de trouver des éléments de portrait concernant cet animal politique aujourd’hui patron tout puissant de la Métropole Rouen Normandie. A part une succincte et formelle biographie affichée sur le site de l’intercommunalité, rien de très probant à se mettre sous la dent. A la différence de nombre de ses homologues, aucune trace, par exemple, d’une quelconque fiche Wikipédia, l’encyclopédie participative en ligne.

Finalement, on en sait peu sur lui. Comment l’expliquer ? « Pendant de longues années, Laurent Fabius était le maitre de l’agglomération », avance Bernard Vigier, président du conseil d’administration du CDN et ami personnel de l’actuel patron de la Métropole. L’écrasante tutelle de l’ancien Premier ministre n’a sans doute pas aidé Frédéric Sanchez à sortir de l’ombre. Cela étant, ce n’est pas la seule explication. Le socialiste est aussi l’acteur de son propre mystère.

Affable lorsqu’il s’agit de vanter les grandes réalisations de l’intercommunalité qu’il dirige, il se fait des plus réservé au moment d’évoquer sa propre personne. « Je tiens à ma vie privée et j’évite de parler de moi », glisse le président de la Métropole confiant « préférer s’adresser à la raison plus qu’aux passions ». A 56 ans, il dit apprécier de passer inaperçu. « Pour être anonyme, j’enlève le costume », souffle-t-il. « C’est un homme discret », observe un de ses collègues au PS. Didier Marie, sénateur PS de Seine-Maritime, l’attribue à « une forme de réserve inhérente à son tempérament ». « C’est quelqu’un d’insaisissable », surenchérit de son côté un cadre de la Métropole. Mais les choses bougent…

L’élu socialiste domine la vie politique locale

De toute évidence, le président a décidé de se livrer. « On sent ces derniers temps qu’il tente d’affirmer sa personnalité », souligne Didier Marie. Sa rentrée politique et médiatique a été particulièrement dense. Le fait que Filfax ait été invité, à sa demande, à passer plus de deux heures en tête à tête avec lui constitue une information en soi. Jusque-là, les relations s’établissaient par mail, voire ne s’établissaient pas du tout lorsque les sujets apparaissaient trop sensibles.

Ce lundi d’octobre, derrière les vitres de son bureau, son regard fixe le lointain. Assis sur un large canapé niché dans un vaste espace aux connotations boisées, Frédéric Sanchez toise les quais de Seine et les hauteurs de la cathédrale de Rouen. Que de chemin parcouru depuis les salles de classe des collèges normands. Voici l’ancien professeur de philosophie arrivé tout en haut de la pyramide. Depuis le troisième étage du nouveau siège – certains de ses détracteurs diront palais… –   l’élu socialiste domine la vie politique locale comme jamais. D’où également la volonté de Filfax d’en savoir plus sur le personnage.

Sur le papier au moins, le président de la Métropole de Rouen, costume bleu marine et tempes grisonnantes, s’avance en position de force, voire de toute puissance. Jamais il n’a eu à gérer un trésor aussi conséquent. Il est assis sur un magot – le budget annuel de la collectivité – de plus de 800 millions d’euros (dont 260 millions en investissement). Le tout agrémenté d’une majorité politique plutôt confortable et docile. Des marges de manœuvres et une capacité d’action, rien ne semble pouvoir lui causer du tort. Surtout que derrière lui, c’est presque le désert.

Le dernier survivant du système Fabius

« La Métropole de Rouen, c’est un peu le village gaulois d’Astérix », commente aujourd’hui son ami Bernard Vigier, par ailleurs président du conseil d’administration du centre dramatique national. Autour d’elle, la République en Marche et la droite ne cessent de grapiller du terrain. Et tous les leaders socialistes – ou presque – ont été défaits lors des récentes élections locales ou nationales tandis que Rouen, ville centre de l’intercommunalité dirigée par le socialiste Yvon Robert, n’est plus que l’ombre d’elle-même, tant elle est plombée par ses difficultés politiques et financières.

Frédéric Sanchez ou le dernier survivant de ce que l’on a appelé le système Fabius. Un développement assidu d’un réseau d’affidés et une conquête méthodique des pouvoirs locaux, doublée d’un exercice des responsabilités en « bonne coordination » entre structures amies. L’ancien monde diront certains. Plus que jamais, l’enfant d’Oran s’érige en dernier mohican du système socialiste. Est-il, lui-aussi, condamné à la défaite à plus ou moins long terme ? Difficile de l’affirmer dans un contexte de recomposition effrénée. En tous les cas, l’élu ne se rendra pas sans combattre. Pas question de se laisser avaler par le nouveau monde.

En fin politique, ce soutien à la candidature de Manuel Valls lors de la primaire de la gauche prépare déjà la suite. Comme il le disait lui-même lors de sa conférence presse de rentrée, la Métropole de Rouen est « à l’offensive ». La collectivité, sans doute. Son patron, assurément. De fait, Frédéric Sanchez a lancé une grande opération de communication. L’élu socialiste a sans doute compris que s’il voulait conserver son siège, il allait devoir mettre les bouchées double en matière d’exposition. Et, au passage, se livrer un peu plus lui-même. A l’inverse de ce qu’est sa profonde nature.

Comme souvent, Frédéric Sanchez est le produit d’une histoire où s’entremêlent la grande et la petite. Dans son cas, la première est sans doute un peu plus prégnante. En 1962, le très jeune garçon – 10 mois – quitte Oran en Algérie pour la Normandie. Presque un hasard. « Une sœur de mon père résidait au Havre », explique l’intéressé. Sa famille, d’origine espagnole, doit se résoudre à abandonner l’Algérie sur fond de décolonisation. « C’était devenu dangereux », glisse celui qui a perdu son parrain sur place. En quoi cette histoire, « un traumatisme total », l’a-t-elle influencé pour le reste de sa vie ? « Je suis d’ici et d’ailleurs, répond-il du tac au tac aujourd’hui. Viscéralement attaché à Rouen et, en même temps, citoyen du monde. »

Au fil du temps, Frédéric Sanchez a pris ses marques sur la rive gauche de Rouen, entre cours de tennis de table et école Cavelier de la Salle. Deux grands-pères maçons, une mère couturière qui s’occupe de l’éducation des enfants et un père agent chez EDF dans la région rouennaise.  « Je suis issu d’un milieu populaire », revendique-t-il. Un pur produit de l’école républicaine qui « lisait beaucoup ». En grandissant, le gamin d’Oran devient un fan de romans de science-fiction. « J’en lisais trois à quatre par semaines », se souvient-il. Il apprécie également la logique. « J’étais passionné d’échecs », confie-t-il. « Bon élève », il sera le 1er bachelier de la famille en série scientifique.

« A l’époque, j’étais très antinucléaire, rapporte l’intéressé. Ce qui donnait lieu à des discussions animées avec mon père. » Si ses parents l’imaginent en ingénieur, le jeune homme bifurque à l’heure de se choisir une orientation supérieure. « J’ai eu la chance d’avoir un très bon professeur de terminale », se souvient-il. Exit les sciences, direction la philo. « Une école de rigueur dans la pensée et l’argumentation », se remémore l’intéressé. En 1981, l’étudiant « très seconde gauche » vote Huguette Bouchardeau, la candidate PSU, au 1er tour de l’élection présidentielle.

“On vit toujours avec des gens qui nous ressemblent”

Contrairement à ce qu’il escomptait, cette dernière réalise un score très modeste. Une désillusion. « J’ai mesuré ce jour-là quelque chose de très important : on vit toujours avec des gens qui nous ressemblent, nos proches, nos amis. Partant de là, nos expériences sont très spécifiques. Si l’on veut s’intéresser à la cité et à la politique, il faut multiplier les rencontres, les points de vue. Sinon, on reste dans des cercles où la majorité des gens pensent comme vous. »

Après cette leçon de vie, le surveillant au lycée Marcel Sembat de Sotteville-lès-Rouen, poursuit son chemin. Maîtrise, CAPES et dans la foulée, un enfant. Frédéric Sanchez embrasse la carrière de professeur en même temps qu’il devient père de famille. Il enseigne d’abord dans des établissements de la région – Bernay, Louviers… – puis au lycée français de Valence. « On se sent tous très vivants dans une salle de cours. », explique-t-il. En citoyen du monde, le jeune professeur de philosophie abandonne donc sa chère Normandie. « Une expérience particulièrement enrichissante qui m’a montré, paradoxalement, à quel point j’étais attaché à Rouen. »

C’est sous le soleil espagnol que se cristallise son intérêt pour la question politique. « J’adhère au PS le 10 mai 1991 », se souvient-il. Soit dix ans jour pour jour après l’accession à la présidence de la République de François Mitterrand. La force du symbole. « A ce moment, je prends conscience des problèmes de la société française, notamment des questions du racisme et de la montée du Front national », se remémore-t-il. C’est la première brique d’une carrière politique en béton.

Le début des années 90 signe les prémices d’une solide trajectoire politique. Avec quelques amis professeurs de Valence, il crée une section socialiste affiliée à la fédération des français de l’étranger. En 1994, après la lourde défaite du PS aux législatives, il participe aux états généraux du PS organisés à Lyon. « C’est ici que je l’ai rencontré pour la première fois », se souvient Christophe Bouillon, député PS et ancien 1er secrétaire fédéral de Seine-Maritime. « Il était dans une démarche militante. Il voulait participer à la refondation intellectuelle de notre parti. »

Très vite, Frédéric Sanchez ambitionne d’aller plus loin. « J’avais envie de passer de la théorie à la pratique », explique-t-il. Le philosophe, spécialiste de Spinoza, se décide à revenir en France. Ce sera à Petit-Couronne. Sa femme, professeure des écoles, y est nommé en 1994. Lui trouve un nouveau point de chute au lycée Blaise Pascal de Rouen. En parallèle, il se rapproche de Gérard Letailleur, l’édile socialiste de Petit-Couronne. « Il voulait s’engager en politique », se souvient celui qui s’est affilié depuis à la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Et ça tombe plutôt bien.

“Il a appris la langue de bois”

A l’horizon, la bataille municipale de 1995 se profile. Gérard Letailleur le prend sous son aile. « Je l’ai placé à la tête de la présidence de l’association Petit-Couronne Ensemble dans le but de se faire connaître », souffle l’ex-édile. Quelques mois après, le spinoziste intègre sa liste. A l’arrivée, il devient adjoint au maire en charge de la vie des quartiers, de l’information et de la communication. Rentrée scolaire de 1995, il signe l’édito du fanzine municipal. « Le temps est révolu d’une démocratie où l’on s’en remet aux élus pour tout ce qui concerne la vie collective. Nous nous efforcerons d’associer systématiquement les habitants aux décisions qui les concernent », écrit-il notamment.

S’il est un bleu, le jeune élu maitrise déjà les ficelles de la com’… Par petite touche, il se forme aux grandeurs et aux misères de la politique locale. « Il a bien fait le job, je me souviens de quelqu’un d’assez obstiné qui n’aimait pas trop le conflit », confie Gérard Letailleur. Mais, bien vite, Frédéric Sanchez vise plus haut. « Je ne connaissais presque rien du fonctionnement de l’organisation territoriale française. Je voulais parfaire ma connaissance en préparant un examen préalable au concours externe de l’ENA. » « Il a voulu grandir et occuper un poste plus important, il avait des ambitions », décrypte de son côté Gérard Letailleur. Finalement reçu à l’ENA, « un peu par inadvertance » selon lui, il abandonne alors Petit-Couronne. « Je ne pouvais pas faire les deux », justifie aujourd’hui le président de la Métropole.

« Avec l’ENA, il a appris la langue de bois, à parler pour ne rien dire », sourit aujourd’hui l’ancien maire de Petit-Couronne. Fin de cette première expérience d’élu local. Enarque, il entame une carrière de diplomate. « J’ai travaillé sur les questions européennes puis sur tout ce qui concernait les exportations sensibles, autrement dit les contrats d’armement. Je travaillais avec des militaires, avec des membres des services secrets. J’étais un fonctionnaire avec une habilitation secret diamant », lâche-t-il. A l’époque, l’ancien professeur travaille dans un domaine des plus stratégiques pour la sûreté de l’Etat. Mais tout cela ne dure qu’un temps. Rapidement, le haut fonctionnaire revient dans le jeu local. Sans doute moins confidentiel mais tout aussi sensible…

Après Petit-Couronne, le désormais énarque change de port d’attache. Direction Petit-Quevilly. « Chez nous, l’horizon était un peu bouché pour quelqu’un qui voulait grandir », se souvient Gérard Letailleur en référence à celui qui occupait le siège de député. Un certain Laurent Fabius… Petit-Quevilly est une cible autrement plus attrayante. La municipalité dépasse les 22 000 habitants. « Surtout, le jeu politique apparaissait plus ouvert dans cette circonscription », résume l’ex 1er magistrat de Petit-Couronne. A l’époque, c’est François Zimeray qui préside aux destinées de la ville. Et l’avocat de formation est bien embêté…

« Il allait être touché par une loi sur le cumul l’empêchant de conserver son siège de maire et celui de député européen », se remémore Nicolas Rouly, aujourd’hui 1er secrétaire fédéral du PS en Seine-Maritime. François Zimeray, désormais ambassadeur de France au Danemark, cherche donc quelqu’un de solide pour le suppléer à la tête de la commune. « J’ai été recommandé auprès de lui par des collaborateurs du cabinet de Laurent Fabius alors président de l’Assemblée Nationale », glisse Frédéric Sanchez qui avait déjà approché le patron politique du département au temps de ses pérégrinations à Petit-Couronne. « Il était déjà dans les radars de Laurent Fabius », souligne Christophe Bouillon.

Depuis son retour d’Espagne, Frédéric Sanchez a toujours retenu les options politiques de l’actuel président du conseil constitutionnel. « Notamment lors des choix de congrès socialistes », se souvient le dernier député socialiste de Seine-Maritime. Dès lors, rien ne pouvait s’opposer à la montée en gamme du gamin de la rive gauche rouennaise. « Il est venu se présenter à moi, se remémore par téléphone François Zimeray depuis l’ambassade de France au Danemark. Il voulait aller plus loin. Je me souviens d’un garçon délicat, réfléchi et sensible qui n’avait rien de l’ambitieux aux dents longues. » Et de glisser, au passage, que son successeur lui a adressé « un petit message de soutien très amical » à la suite de l’attentat terroriste où l’ambassadeur de France au Danemark a frôlé la mort.

“Le sens du dialogue et de la concertation”

« Ce sont deux personnalités qui se sont plu, ils avaient des atomes crochus, un peu iconoclastes qui ne sont pas des apparatchiks mais plutôt des intellectuels et qui détonaient dans le paysage politique local », analyse Christophe Bouillon qui rapporte que son camarade « citait régulièrement Spinoza ». En 2001, François Zimeray conduit la liste socialiste et l’emporte. Mais ce n’est pas lui qui s’assied dans le fauteuil de maire. Frédéric Sanchez est désigné par le conseil municipal. Une nouvelle étape dans son ascension politique.

A ce poste, il continue de parfaire sa connaissance de la politique locale. « C’est d’abord un homme de dossiers, décrypte Guillaume Grima, ancien élu écologiste rouennais. Il n’a pas suivi le chemin classique d’une montée en puissance en labourant le terrain pendant des années comme la plupart de ses congénères dans la galaxie Fabius. » « Il avait le sens du dialogue et de la concertation », rapporte de son côté François Zimeray qui, au rayon défauts, pointera, « peut-être, son excès de patience et le temps passé à discuter qui tranchait avec mon impatience ». Rien de rédhibitoire.

Peu à peu, Frédéric Sanchez intègre les hautes sphères de la politique locale et du système Fabius. Outre le patron, il apprend les ficelles du métier auprès d’Alain Le Vern, lieutenant de l’ex-Premier ministre en Seine-Maritime. « Il a contribué à le façonner », témoigne Pierre Bourguignon, ex-maire socialiste de Sotteville-lès-Rouen et opposant farouche à la maison Fabius. Aujourd’hui, l’ancien maire rocardien n’a pas de mot assez dur pour décrire l’animal politique en partie responsable de sa chute à Sotteville-lès-Rouen : « Quelqu’un qui n’a pas d’empathie, un sentiment permanent de supériorité et surtout qui n’est attiré que par le pouvoir. » L’intéressé appréciera…

“Quelqu’un de lisse, froid et qui aimait diriger”

En intégrant le premier carré de fidèles de la Fabiusie, le « socialiste philosophe » touche aussi du doigt les avantages matériels qui en découlent… Grâce à ses connections, il intègre le Département de l’Eure à la faveur de l’élection du diplomate Jean Louis Destans en 2001. Il en devient le directeur de la communication. Quelques années plus tard, il change de casquette et passe directeur général adjoint aux finances et ressources. « Au total, il a travaillé près d’une dizaine d’années à mes côtés avant qu’il ne prenne une trop grande envergure au niveau régional », rapporte aujourd’hui l’ancien député PS de l’Eure, qui n’aura jamais à s’en plaindre. « D’excellentes qualités intellectuelles, une grande capacité de travail et une bonne appréhension des rapports de force politiques », dit de lui Jean Louis Destans qui se souvient également de « quelqu’un de lisse, froid et qui aimait diriger ».

Dans son giron et celui de François Zimeray, Frédéric Sanchez intègre « le premier cercle fabiusien », dixit un élu socialiste de l’agglomération. Quand Laurent Fabius opte pour un retour aux affaires locales en prenant la tête de la communauté d’agglomération de Rouen en 2008, il s’appuie tout de suite sur le maire de Petit-Quevilly. « En faisant l’ENA, il a changé de dimension à ses yeux. Laurent Fabius accorde de l’importance à ce type de cursus », analyse Christophe Bouillon qui note « qu’à l’époque, il n’y avait pas pléthore de personnalités sur lesquelles s’appuyer au niveau de l’agglomération ». « Cette promotion est le fruit d’une décision personnelle de Laurent Fabius assortie d’une validation collective », détaille Didier Marie.

Avant cette promotion, l’actuel président du conseil constitutionnel a sondé ses plus fidèles lieutenants sur l’opportunité d’une telle montée en grade. Didier Marie, alors président du Département, fut de ceux-là. De manière assez naturelle, l’enfant d’Oran s’impose vite comme le bras droit d’un homme politique d’envergure nationale en quête d’un retour à Paris. « J’ai toujours adhéré à ses idées », explique-t-il aujourd’hui confiant avoir appris de lui « une exigence de rigueur ». « On travaille beaucoup à ses côtés », sourit-il. « Frédéric Sanchez est un type discret, calme. Pas du genre à renverser la table. Autant de qualités qu’appréciait Laurent Fabius », justifie Christophe Bouillon qui ajoute « qu’il n’avait pas de cadavres dans le placard ». Un atout de poids aux yeux du patron.

Fondu dans le moule socialiste local

Jean-Michel Bérégovoy, élu EE-LV au conseil municipal de Rouen, le croise pour la première fois à cette période. « Je m’attendais à rencontrer un apparatchik froid et dénué de substance. Au fil du temps, j’ai découvert quelqu’un de très cultivé, doté d’une grande habileté dans le débat », se souvient-il. D’un point de vue politique, “c’est un représentant de l’ancienne gauche pas vraiment désintoxiquée du productivisme ». Et de l’attaquer « sur son soutien sans faille au projet de contournement est de Rouen ». A dire vrai, rien de très étonnant. Le socialiste tendance seconde gauche n’a jamais fait de vagues. Sur ce sujet comme sur d’autres, il s’est toujours fondu dans le moule socialiste local.

Au mitan de l’année 2008, ce social-démocrate bon teint, « réformiste et attentif à la justice sociale », selon ses propres termes, se trouve aux premières loges quand il s’agit de faire rentrer Valérie Fourneyron, tout juste élue maire de Rouen, dans le rang. C’est l’affaire dite de la médiathèque. Laurent Fabius et ses proches – dont Frédéric Sanchez – décident de couper les vivres à la ville de Rouen qui doit, contrainte et forcée, abandonner un projet imaginé par Pierre Albertini, le précédent maire. L’ancien adjoint écologiste Guillaume Grima se souvient d’avoir trouvé l’édile socialiste du moment “effondrée en larmes” dans son bureau.

Par la suite, le patron met Frédéric Sanchez à l’épreuve en lui confiant un dossier aussi stratégique que « casse gueule » : celui de la formation d’une communauté urbaine en élargissant la communauté d’agglomération de Rouen aux intercommunalités voisines. Pendant de longs mois, il prend son bâton de pèlerin pour aller convaincre les élus périphériques. Cette tentative est un demi-échec. Certes, il parvient à attirer plusieurs nouvelles structures, mais sans pour autant atteindre le seuil fatidique des 500 000 habitants, condition impérative à l’époque pour opérer la bascule. « Objectivement, ce n’est pas de sa faute », estime Didier Marie, sénateur PS de Seine-Maritime. Laurent Fabius et son vice-président se heurtent en réalité à l’intransigeance de Michel Bentot, l’édile de Barentin. Le patron n’en tiendra pas rigueur à son lieutenant.

“Par le fait du prince”

Il continue de s’appuyer sur lui dans tous les dossiers politiques intercommunaux. « Il diffusait la parole du chef sans lui faire de l’ombre », analyse Antoine Rensonnet, universitaire spécialiste du système Fabius en Seine-Maritime. En parallèle, le diplomate développe son ancrage local au Petit-Quevilly. Il circule dans la ville à vélo et s’assoit parfois à la terrasse d’un café au milieu des « vrais gens ». « Il fait le job à l’aide de coups de com’ bien sentis et de politique sociale ambitieuse », résume un bon connaisseur des affaires locales soulignant « qu’il est apprécié d’une majorité d’habitants ». Et tant pis si le maire ne réside pas à Petit-Quevilly comme ne manquent jamais de le souligner ses détracteurs…

En 2011, Frédéric Sanchez, qui n’est pas effrayé par le cumul des mandats et des indemnités, accède également au poste de 1er vice-président du Département de Seine-Maritime en charge des solidarités. « Il lorgnait sur la présidence », rapporte aujourd’hui un socialiste normand bien introduit dans le 1er cercle fabiusien. Didier Marie, installé dans le fauteuil à l’époque, n’a pas « souvenir d’une telle ambition ». En tout état de cause, cela ne s’est pas fait. Rien de grave.

Car un an plus tard, il succède à Laurent Fabius lorsque celui-ci est appelé au quai d’Orsay par le nouveau président François Hollande. C’est son heure de gloire. « Sans combattre, mais par le fait du prince », pique Guillaume Grima. De fait, l’édile de la rive gauche s’assoit sur le trône de l’intercommunalité sur décision personnelle de l’homme fort politique du département. Pourquoi lui ? Tout simplement parce qu’il n’y avait pas vraiment d’autres options. « Dans le dispositif, chacun était déjà à son poste », résume Christophe Bouillon à propos de l’organisation fabiusienne d’alors. Pour le dire autrement, Frédéric Sanchez était là au bon moment. Tout simplement.

Voilà Frédéric Sanchez parvenu au sommet. A 50 ans, il devient officiellement le patron d’une communauté d’agglomération de près de 500 000 habitants. Si, désormais, il a le titre de président, il n’a pas encore les coudées franches.

Depuis le ministère des affaires étrangères, Laurent Fabius continue de se mêler de la vie locale. « A cette époque, il était très présent, y compris physiquement », rapporte un maire socialiste de l’agglomération. Le patron revient chaque mois dans la capitale normande pour faire le point sur les grands dossiers. De fait, le fidèle lieutenant n’est pas encore un président de plein exercice. Il se contente de poursuivre les chantiers imaginés par son prédécesseur, tels l’écoquartier Flaubert, le panorama XXL ou l’édification d’un nouveau siège métropolitain sur les quais. « Il s’est inscrit dans la continuité sans coup d’éclat particulier », rapporte Gilbert Renard, maire LR de Bois-Guillaume et chef de l’opposition de droite dans l’enceinte communautaire.

Au niveau politique, là-encore, l’ancien Premier ministre n’est jamais très loin. Il presse Frédéric Sanchez de trouver un terrain d’accord avec les élus communistes rouennais. Objectif : faire en sorte que ces derniers partent dès le premier tour sur la liste du candidat PS Yvon Robert. C’est la bataille municipale de 2014 qui s’annonce. Partout en France, déjà, le parti socialiste tremble sur ses bases. A Rouen, la maison tient et le maire du Petit-Quevilly conserve son fauteuil de président de l’agglomération.

Qui plus est, il contribue, avec d’autres de ses camarades, à torpiller la candidature de Pierre Bourguignon, l’emblématique maire de Sotteville-les-Rouen et par ailleurs adversaire de toujours de Laurent Fabius. Lâché par le PS et ses alliés communistes, l’ancien député sera battu. Si au plan national, la séquence municipale se révèle catastrophique, au niveau local, le PS fabiusien fait plus que sauver les meubles. « J’ai contribué à piloter ces élections à l’échelle de l’agglomération », revendique aujourd’hui le maire de Petit-Quevilly.

“Il est très apprécié des milieux économiques”

Un an plus tard, une fois encore grâce à l’intervention du ministre Fabius, l’intercommunalité rouennaise accroche le wagon de la métropolisation. La CREA se transforme en Métropole. A la clé, plus d’argent et davantage de compétences. Progressivement, Laurent Fabius prend ses distances et laisse le champ libre à son poulain. Peu à peu, ce dernier s’éloigne de Petit-Quevilly. Dans les faits, il n’a plus le temps de mener les deux mandats de front. Aujourd’hui, c’est Gautier Poupon, son directeur général des services, qui tient la boutique.

« A la manière de ce que faisait François Zimeray avant lui », note avec malice un fabiusien de la première heure. Décidemment, les vieilles habitudes ont la vie dure. A la Métropole, Frédéric Sanchez est désormais libre. Il en profite pour développer ses réseaux. « Il est très apprécié des milieux économiques locaux », rapporte Didier Marie. « En particulier de Jean-Louis Louvel qu’il pousse beaucoup en ce moment », relève un socialiste normand. Pour le reste, il prolonge l’expérience fabiusienne. « Il applique les mêmes méthodes que Fabius, mais sans en avoir l’envergure », pique Gilbert Renard.

« Il est assez solitaire », constate un socialiste de l’agglomération. Ce que dément l’intéressé indiquant « qu’il n’y a qu’à consulter son agenda pour y découvrir une profusion de réunions avec des élus ». Ces critiques – « elles font partie du jeu » -, lui dit ne pas s’en préoccuper : « Les états d’âmes, les rancœurs, tout cela ne m’intéresse pas. » En revanche, le président cherche à garder le contact avec le terrain. « Je le vois de temps en temps dans un cadre très informel. Je crois qu’il apprécie ce type d’échange direct et sincère », explique son ami Bernard Vigier qui l’a déjà entendu « regretter qu’on ne parle plus à Frédéric Sanchez, mais toujours au président ». De l’isolement des hommes de pouvoir…

“Il vaut mieux avoir bossé son sujet pour le faire bouger”

Au quotidien, le patron de la Métropole cède peu au vague à l’âme. Frédéric Sanchez avance plutôt en mode bulldozer. « Plus le temps passe et plus je deviens impatient », confesse-t-il, indiquant « se fixer un cap et s’y tenir malgré le quand dira-t-on dans les cercles de pouvoir ». « Il vaut mieux avoir bossé son sujet et amener des arguments irréfutables pour le faire bouger », confirme l’écologiste Jean-Michel Bérégovoy. Infatigable travailleur, le président connaît ses dossiers sur le bout des doigts et gouverne avec quelques fidèles amis socialistes.

Parmi eux, Dominique Randon, le maire de Petit-Couronne, David Lamiray, celui de Maromme, ou Laurent Bonnaterre, l’édile de Caudebec-lès-Elbeuf. En interne, il s’entoure de plusieurs de ses proches collaborateurs au Petit-Quevilly. Cécile Revert, sa directrice de cabinet, et Olivier Rousseau qui a abandonné ses fonctions de DGS pour celle de DGA en charge des ressources à la Métropole. Si Frédéric Sanchez s’est inscrit dans les pas de Laurent Fabius, il est au moins un point sur lequel les choses ont évolué. « L’interventionnisme forcené de Laurent Bonnaterre (NDLR : directeur de cabinet de Laurent Fabius), c’est terminé », rapporte un cadre métropolitain.

Ce qui ne signifie pas que le président associe plus les élus aux décisions. « Il a du mal à faire confiance. On le sent toujours sur la réserve », note Noël Levillain, président du groupe Front de gauche à la Métropole. « Il n’est pas rare que les élus soient informés des dossiers par voie de presse », critique également un maire socialiste. En dépit de ses dénégations, le président est perçu comme un animal politique solitaire.

En parallèle, Frédéric Sanchez tient sa majorité politique en maniant, avec habileté, la carotte et le bâton. Avec les communistes, les rencontres de « calinothérapie » sont fréquentes. « On arrive à discuter même si nous ne sommes pas toujours d’accord », résume Noël Levillain. Fidèle aux accords du passé, l’ancien professeur laisse les communistes gérer le syndicat mixte d’élimination des déchets de l’agglomération rouennaise (SMEDAR), véritable chasse gardée des cocos depuis plusieurs décennies. En revanche, pas question d’accéder à leur demande sur la gratuité dans les transports en commun.

“Sa main ne tremble pas”

Avec les écolos, même stratégie. D’un côté, il a opportunément fait modifier le règlement intérieur du conseil communautaire pour abaisser le seuil permettant de bénéficier d’un groupe et des moyens financiers afférents. De l’autre, dès après sa réélection à la présidence en 2014, il a imposé l’abandon du dispositif Vélor, un système de location de vélo électrique plutôt populaire à l’échelle du territoire. « Sa main ne tremble pas lorsqu’il s’agit de trancher », dit de lui son ami Bernard Vigier. Dans le cas présent, il a mis en fâcheuse posture son vice-président à l’environnement Cyrille Moreau qui, à l’époque, se voit attaqué de toutes parts dans les milieux associatifs. Si les enjeux financiers sont bien moindres, on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec l’affaire de la médiathèque et Valérie Fourneyron quelques années auparavant. “Dès le départ, faire mettre un genou à terre à ses alliés pour leur montrer qui est le patron”, décrypte un observateur averti de la vie politique locale. Frédéric Sanchez a été formé à bonne école…

En apparence, au moins, sa majorité semble assez solide. « Il n’y a pas de vaisselle cassée et de portes qui claquent », observe Christophe Bouillon. Le patron a fait la démonstration de son intelligence politique ces derniers mois en cajolant toujours plus les maires, en particulier les petits. Sentant la fronde monter dans un contexte de difficultés financières croissantes, il a mis sur pied plusieurs fonds de concours d’investissement pour venir en aide aux élus. Suffisant ? « Non », selon Gilbert Renard. « Il n’est pas vraiment apprécié chez les petits maires y compris dans son propre camp », croit savoir le chef de file de la droite au conseil métropolitain, indiquant que « beaucoup d’entre eux se taisent ». Derrière les belles images de concorde, cela tangue en effet quelque peu comme le révélait récemment Filfax à propos du déroulé du dernier conseil communautaire.

Et le chef de file de l’opposition à la Métropole de tacler son président : « Il n’a jamais réussi à se placer au-dessus de la mêlée politicienne. » Selon lui, celui-ci a tout mis en œuvre « pour faire échec » au projet de fusion entre sa municipalité et celle de Bihorel. Une accusation que Frédéric Sanchez balaie d’un revers de la main préférant rappeler que « les citoyens consultés par référendum s’étaient opposés, dans leur grande majorité, à ce rapprochement ». Comme dit le dicton, la meilleure défense c’est l’attaque.

“Vu comme quelqu’un de froid et distant”

Derrière le vernis de la com’, le président n’a pas la réputation d’être un tendre. « Il peut être très dur, voire violent dans ses propos », souligne une source anonyme ayant déjà participé à des réunions en sa présence. L’un de nos interlocuteur se souvient « d’une engueulade mémorable » entre lui et Alain Le Vern à propos de la fille de l’ancien président de Région.

En d’autres occasions, Frédéric Sanchez sait également manier l’ironie. Notamment lorsqu’il annonce avant l’été, à la CGT de la Métropole, qu’il abandonne le projet d’absorption de la direction des espaces publics et naturels de la ville de Rouen (DEPN). « Il l’a joué fine en pointant du doigt les contradictions entre la CGT de la ville et celle de la Métropole », rapporte un syndicaliste de la maison décrivant, à l’occasion, un président « calme et énervé à la fois ». « Lorsqu’on l’attaque, il se crispe facilement », constate pour sa part Gilbert Renard qui se remémore son coup de sang en conseil communautaire quand avait été évoqué le recrutement à la Métropole de Marie Le Vern, la fille de l’ancien président de Région…

« Il a poursuivi le copinage et l’embauche par affinités politiques », embraye un syndicaliste. « Cela est tout de même moins marqué aujourd’hui », tempère l’un de ses homologues. Pas de quoi, en tous les cas, s’assurer un soutien plein et entier dans la maison. « Frédéric Sanchez n’est pas très apprécié des agents. Il est vu comme quelqu’un de froid et distant », confie une source syndicale CGT qui relève « une forme de mépris » de sa part à l’endroit des élus du personnel. « Lorsque quelqu’un ne lève pas les yeux de son téléphone alors que vous êtes en train de parler, je ne vois pas ce que cela peut-être », tacle ce même interlocuteur. « Il est perçu comme quelqu’un de pédant, voire de suffisant », confirme un autre syndicaliste maison. Peu ou prou, le genre d’amabilités que l’on entend dans la bouche de certains élus socialistes, notamment du côté de la ville de Rouen. Mais c’est une autre histoire…

« J’assume une séquence de travaux sans précédent, je suis en risque d’impopularité réelle », affirmait Frédéric Sanchez lors de sa conférence de presse de rentrée à propos des lourds travaux du centre-ville rouennais. Une prise de risque, d’accord. Mais aussi une formidable opportunité de capitaliser sur l’éventuel succès de ces nombreux chantiers. De fait, une partie de son avenir politique, ainsi que ses chances d’être réélu à la tête de la Métropole, apparaissent, au moins en partie, conditionnées à la réussite de son action.

Certes, le temps de dresser son bilan n’est pas encore venu. Il reste deux ans pour y voir plus clair. Cela étant, le maire de Petit-Quevilly dirige l’intercommunalité rouennaise depuis maintenant cinq ans. Et l’on peut déjà se risquer à un premier inventaire. A écouter le président, la collectivité déploie un activisme débordant pour faire bouger le territoire. « Nous avons lancé beaucoup de projets », revendique à ce stade son président citant le parc des Bruyères, le pôle des musées, le panorama XXL mais aussi l’opération Cœur de Métropole.

Depuis sa prise de pouvoir, il n’a pas démérité sans pour autant avoir inventé l’eau chaude. « Pour l’essentiel, il a poursuivi le travail de ses prédécesseurs. J’ai du mal à identifier ce que nous lui devons personnellement », estime Gilbert Renard, chef de file de l’opposition de droite à la Métropole. Le meilleur exemple en est la poursuite de l’aménagement du quartier Flaubert, à l’ouest de Rouen sur la rive gauche de la Seine, lancé par Laurent Fabius. Si Frédéric Sanchez prolonge l’œuvre de ses prédécesseurs, on peut tout de même lui faire crédit de plusieurs réussites personnelles.

“Un gestionnaire prudent et avisé”

En premier lieu, celle d’avoir réalisé – à peu près sans encombres – la transformation d’une communauté d’agglomération en une Métropole. « Ce n’était pas gagné d’avance. Cela n’a pas marché partout », rappelle le sénateur socialiste Didier Marie. Aujourd’hui, même si tout n’est pas parfait, il n’y a pas eu de défaillance majeure. Au niveau financier, là encore, l’intercommunalité affiche plutôt une bonne santé. « C’est un gestionnaire prudent et avisé », observe Gérard Letailleur, l’ancien maire de Petit-Couronne. « Il tient bien la maison », confirme un élu socialiste communautaire. Même Gilbert Renard, pourtant chef de file de l’opposition, le reconnaît, « la Métropole de Rouen se porte plutôt bien d’un point de vue financier ».

D’autres sujets semblent plus propices à la polémique. Ainsi, le Panorama XXL et le siège de la Métropole sur les quais n’en finissent pas de susciter les critiques des centristes rouennais. Le premier sur des aspects esthétiques et commerciaux, le second sur la supposée folie des grandeurs du président qui dépense 30 millions d’euros pour cet ouvrage. In fine, les électeurs citoyens trancheront. En matière de développement économique, Noël Levillain, chef de file du Front de Gauche, reste clairement sur sa faim. « Citez-moi le nom d’une entreprise qui soit venue s’installer chez nous avec des emplois », lance-t-il.

« C’est dommage qu’il n’ait pas pu prendre plus de champ par rapport à l’héritage fabiusien », regrette pour sa part Guillaume Grima, pour qui « il aurait pu se saisir de l’occasion pour devenir une sorte de Jean-Marc Ayrault à Nantes ou d’Anne Hidalgo à Paris ». « Il aurait pu être beaucoup plus ambitieux en matière environnementale et en termes de démocratie locale », précise-t-il. Trois ans après, le trésorier de l’association Effet de Serre toi-même ne peut que constater l’échec : « La Métropole fonctionne toujours sur l’ancien mode clientéliste avec les maires, et non via un projet politique envisagé à l’échelle du territoire métropolitain. ». Plus mesuré, Jean-Michel Bérégovoy tient à saluer « le travail réalisé en matière de logement, d’énergie ou encore de transports en commun avec notamment le lancement du chantier de la ligne T4 ». C’est l’un des rares projets d’infrastructure d’envergure que l’on doit à la volonté du président Sanchez.

“L’essentiel du travail a été effectué par Laurent Fabius”

« Il a enclenché un virage, en initiant la mutation d’un territoire industriel vers l’économie touristique et culturelle », lui reconnaît Guillaume Grima. Frédéric Sanchez, via des évènements ou la création d’un pôle des musées, souhaite ainsi rivaliser avec les grandes agglomérations françaises en misant sur l’attractivité et la qualité de vie. « Nous voulons être l’une des métropoles les plus agréables de France et d’Europe », osait-il lors de sa conférence de presse de rentrée. « Nous ne sommes pas au niveau », tempère aujourd’hui un cadre métropolitain. Il reste encore beaucoup à faire. Et de pointer « le manque d’initiative de (s)on patron » pour développer des synergies entre Rouen, Caen et le Havre, seul moyen, selon lui de peser dans la compétition nationale et internationale.

Dans la perspective des élections de 2020, Frédéric Sanchez attend beaucoup de la remise à niveau du centre-ville de Rouen. Selon le dernier calendrier prévisionnel, les travaux seront achevés en 2019. Un an pile poil avant la séquence électorale. Sans doute un pur hasard… « Quoiqu’il en soit, le bilan métropolitain sera collectif et non personnel », prévient dès à présent Nicolas Rouly, secrétaire de la fédération socialiste de Seine-Maritime, qui, opportunément, souligne que « l’essentiel du travail a été effectué par Laurent Fabius ». En filigrane, une manière de remettre le président d’aujourd’hui à sa place d’héritier…

A l’heure de ce premier bilan, comment ne pas évoquer, aussi, la dégradation de ses relations avec le maire de Rouen, le socialiste Yvon Robert ? C’est à l’évidence un élément majeur de la présidence Sanchez. Si les relations entre Valérie Fourneyron et Laurent Fabius, on l’a vu dans l’épisode 3 de notre série, n’étaient pas toujours faciles, au moins, cela restait cantonné aux coursives socialistes locales. Désormais, la brouille s’affiche au grand jour, offrant au grand public le spectacle d’une querelle entre “camarades”.

“Le président a tendance à se croire maire de Rouen”

Sûr de son fait, sûr de son pouvoir, Frédéric Sanchez prend rarement de gants. En particulier avec le maire de Rouen. Il semble loin le temps où le président de la Métropole déclarait à l’Express « être ami avec Yvon Robert » et « se voir en privé » avec lui. Cette supposée bonne entente a laissé place à une guerre de tranchées de moins en moins discrète. « Une querelle d’égo », estime un élu écolo sous le sceau de l’anonymat. « Je ne connais pas la raison de la brouille mais j’ai du mal à comprendre le pourquoi du comment », avoue Christophe Bouillon ajoutant que « les deux hommes présentent finalement le même profil, celui de l’énarque sérieux, fabiusien et par ailleurs quelque peu technocrate ».

« Il n’y a aucun enjeu personnel là-dedans », soutient le président de l’intercommunalité qui renvoie la balle, expliquant que la ville “n’est pas toujours claire” quant à ses intentions au sujet des transferts de compétence depuis la municipalité en direction de l’intercommunalité. « Le conflit s’explique assez facilement, décrypte pour sa part Didier Marie, sénateur de Seine-Maritime. Vous avez d’un côté une Métropole puissante, avec du pognon, qui aspire à prendre de nouvelles compétences et de l’autre une ville de Rouen aux abois qui n’a plus les moyens de ses ambitions. » De là, selon lui, découleraient les tensions. Frédéric Sanchez ne manque jamais l’occasion de rappeler « que la Métropole investira près de 150 millions d’euros, au cours de ce mandat sur la seule ville de Rouen ». « Le président a tendance à se croire maire de Rouen », avance Gilbert Renard pour expliquer les tensions avec Yvon Robert. C’est sans doute l’une des raisons.

Derrière, il y a sans doute d’autres considérations. Valérie Fourneyron et Yvon Robert ne font pas partie du 1er cercle de Laurent Fabius qui leur en a fait baver à la mairie de Rouen. Avec aux premières loges, dans la roue du patron, un certain Frédéric Sanchez… Aujourd’hui, la situation apparaît des plus tendues, en témoignent les récentes prises de bec au sujet des parkings sous-terrain de la ville. « Il a fait œuvre de mépris à l’encontre d’Yvon Robert en même temps qu’il la joue trop perso », tacle un socialiste normand à l’endroit du président de la Métropole. Selon nos informations, le maire de Rouen se serait même plaint des agissements de son « camarade » auprès de plusieurs responsables du PS local. Ambiance…

“Celui qui paye décide”

« Pour faire sortir Yvon de ses gonds, il faut y aller », souligne un autre socialiste rouennais. « Frédéric peut être cash », souffle Didier Marie. Comme à l’accoutumée, le maire du Petit-Quevilly n’a pas pris de pincette. Selon un élu écolo municipal, il n’est pas le seul responsable dans cette dégradation des relations : « Dans un contexte de fin de règne, Yvon Robert s’est également beaucoup raidi et isolé ces derniers temps. » « Yvon Robert demande de l’argent à la Métropole mais il veut conserver la maitrise de la gouvernance des politiques et des équipements, cela pose problème », estime Didier Marie qui rappelle une règle simple : « Celui qui paye décide. »

Et les échanges de se faire toujours plus compliqués entre les deux collectivités alors même qu’elles devraient être, ensemble, les deux locomotives du territoire. D’un point de vue rationnel, ces mauvaises relations augurent mal des résultats des prochaines élections municipales pour le PS. Pour garder la main sur l’intercommunalité, il serait pourtant bien utile de conserver la ville de Rouen dans son escarcelle. A ce stade, rien n’indique que la raison soit en mesure de l’emporter. « Les deux arrivent quand même à causer », souffle Didier Marie. On paierait cher pour assister à l’un de ces échanges tenus à bonne distance des caméras…

Dans cette bataille à fleurets mouchetés, le président de la Métropole vient de réussir un joli coup en débauchant Kader Chekhemani, très proche de Valérie Fourneyron et d’Yvon Robert. Depuis quelques semaines, ce dernier officie au cabinet de l’édile de Petit-Quevilly et aura, entre autres, comme lourde tâche de faire gagner Charlotte Goujon, celle que le maire actuel a choisi de mettre sur orbite en prévision de 2020. « Quand le roi se meurt, les princes vont voir ailleurs », souffle, sourire aux lèvres, un élu écolo rouennais. Ce transfert est-il de nature à apaiser les conflits avec les socialistes rouennais ? Rien n’est moins sûr.

« Avec le temps, Frédéric Sanchez ne s’est pas fait que des amis à Rouen », observe un socialiste normand. De notoriété publique, Nicolas Mayer-Rossignol, conseiller municipal PS rouennais et pressenti pour être candidat à Rouen en 2020, ne l’apprécie que modérément. Beaucoup de ses camarades lui reprochent un exercice trop personnel du pouvoir. « Dans intercommunalité, il y a inter », appuie une élue socialiste rouennaise, manière d’insister sur le peu d’appétence du président à travailler avec les autres. « Il faut la jouer collectif », l’exhorte à son tour Nicolas Rouly. Le message est passé. Sera-t-il entendu ? On peut légitimement en douter. Si la bataille judiciaire autour des parkings s’est éteinte, d’autres sujets pourraient remettre le feu aux poudres, notamment « les difficiles négociations » dixit le maire de Rouen – en cours actuellement – autour d’un nouveau pacte financier qui prenne mieux en compte les charges de centralité qui pèsent sur la ville centre. « Cela va exploser de nouveau », prédit un édile socialiste de la Métropole. Il n’a pas forcément tort…

Et déjà, les prochaines batailles, municipale et métropolitaine, se préparent dans les arrière-cuisines de la politique locale. Si rien ne bouge d’ici là, ces élections doivent se tenir en 2020. Autant dire demain. A l’heure d’écrire ces lignes, un grand flou demeure. « Tout le monde est dans le brouillard », confirme Christophe Duboc, élu écologiste rouennais. La dernière séquence nationale a largement rebattu les cartes. La République en Marche a fait une irruption fracassante dans le paysage tandis que les vieilles formations politiques, de droite comme de gauche, apparaissent usées jusqu’à la corde.

Dans ce contexte pour le moins troublé, quel avenir pour Frédéric Sanchez ? Jusqu’à juin dernier, beaucoup d’observateurs lui prêtaient l’ambition de rejoindre le palais Bourbon à la faveur d’un désistement de Luce Pane dans la 2eme circonscription de Seine-Maritime. « C’était le plan », affirme un élu de l’agglomération. « Sinon, pourquoi était-il son suppléant ? », interroge de son côté Pierre Bourguignon, ex-maire socialiste de Sotteville-lès-Rouen. Questionné sur le sujet, le président jure qu’il n’a jamais envisagé un tel scénario : « J’étais suppléant pour aider à l’élection de Luce Pane. J’ai essayé d’être utile à un collectif. C’est aussi simple que ça. » « C’est un mandat qui l’attirait », se souvient néanmoins Gérard Letailleur, l’ancien maire de Petit-Couronne. Mais la déferlante En Marche est passée par là. Et l’hypothèse d’une arrivée à l’Assemblée nationale s’est envolée.

A ce stade, son horizon semble devoir se situer sur le terrain local. Le PS peut-il conserver son dernier bastion en Seine-Maritime ? « Il existe un espace politique pour un parti socialiste renouvelé. Et cette refondation doit partir des territoires », estime Frédéric Sanchez. Autre élément de contexte relevé par l’ancien professeur ? « Au niveau de la Métropole, les départs vers En Marche sont restés très limités ». Tout ne serait donc pas perdu… Certains l’imaginent en marche vers la mairie de Rouen, à l’image de l’écologiste Stéphane Martot. D’aucuns considèrent qu’il est plus intéressant pour lui de conserver son siège de président.

“Je me mets en situation”

Pour le moment, ce dernier affirme qu’il est « trop tôt » pour parler de son avenir personnel : « Cela dépendra de beaucoup de choses et notamment de mon envie. » Et d’assurer « qu’il s’interroge beaucoup sur la poursuite de ses activités politiques ». « Je pourrai reprendre ma carrière de diplomate », suggère-t-il. Manière de brouiller les cartes ? Derrière la rentrée très médiatique du président de la Métropole, tous les observateurs avisés ont cru déceler une farouche volonté de poser des jalons pour 2020. Le fait qu’il évoque des sujets qui ne touchent pas directement aux compétences métropolitaines – police municipale, question sociale ou le manque de médecins – laisse en effet à penser que l’intéressé est déjà en campagne et cherche à braconner sur des terres politiques plus parlantes auprès des électeurs que l’eau, les déchets ou l’assainissement qui sont le cœur du réacteur métropolitain.

« Je me mets en situation », lâche-t-il plaidant au passage pour « une certaine forme de stabilité » à la tête de l’intercommunalité. S’il a annoncé ne pas vouloir rester maire de Petit-Quevilly, Frédéric Sanchez figurera a priori sur la liste. De quoi lui permettre de glaner un nouveau mandat de patron de la Métropole dans le cadre de l’actuel mode de scrutin. Car si l’élu socialiste s’interroge, il déclare également « avoir envie de poursuivre le travail et de regarder les projets lancés aboutir ». « Il prépare déjà 2020 », estime un syndicaliste maison en référence à son omniprésence médiatique de ces dernières semaines.

Pour autant, est-il à ce jour le candidat naturel du parti socialiste pour la présidence de la Métropole ? Cela reste à voir. « En général cette expression n’a jamais réussi à ceux qui en étaient affublés au PS », sourit Nicolas Rouly. Pour Christophe Bouillon, le président de la Métropole doit encore faire ses preuves. « On ne peut pas se décréter candidat naturel. Il devra faire la démonstration qu’il est le plus légitime. A ce stade, il a encore beaucoup de cases à cocher. » « Il a du travail en matière d’empathie, il lui faudra aussi se départir de son aspect technocrate », tranche ainsi un socialiste normand. Et de la froideur qu’il a tendance à renvoyer. Un impératif pour lui, qui plus est si le mode de scrutin évolue vers une élection du président au suffrage universel direct.

“On peut se faire plaisir dans les interviews…”

Si l’hypothèse se confirmait, Frédéric Sanchez devrait aussi s’atteler à combler un déficit certain de notoriété. « Il manque de charisme et d’aura », pointe un cadre métropolitain sous couvert d’anonymat. « Sa personnalité n’imprime pas », note Christophe Bouillon qui l’incite « à fendre l’armure ». A ce stade, le dernier député PS de Seine-Maritime ne lui accorde pas un blanc-seing. « Il faudra qu’il ait un bon bilan et surtout qu’il soit désigné par les militants dans le cadre d’un vote démocratique et sincère. » « On peut se faire plaisir dans les interviews. Tout ce qui compte, c’est la légitimité accordée par les militants », embraye un autre poids lourd du PS rouennais.

A ce petit jeu, le président Sanchez ne part pas forcément gagnant. « A la différence d’un Christophe Bouillon par exemple, lui s’est toujours désintéressé des questions de boutiques », analyse Guillaume Grima. « Il ne s’est jamais beaucoup investi dans les instances dirigeantes et militantes du parti », confirme Gérard Letailleur. A l’approche du “money time”, il pourrait avoir à le regretter. « C’est un atout et en même temps une faiblesse », décrypte un fidèle de Laurent Fabius. L’élu du Petit-Quevilly ne s’est pas trop sali les mains dans des manœuvres d’appareil et, en même temps, il ne pourra pas compter sur des troupes très fournies à l’heure des désignations au sein du PS.

« Aujourd’hui, il y a d’autres personnalités qui émergent », relève Christophe Bouillon. Rien n’indique que Frédéric Sanchez soit le seul sur la ligne de départ dans le camp socialiste. « Il y a des rivalités, c’est certain », sourit Noël Levillain, patron des élus Front de Gauche. « Il n’y a pas beaucoup de fabiusiens qui s’apprécient entre eux », lâche, avec gourmandise, Pierre Bourguignon. « Chacun des acteurs va tenter de jouer sa carte », prédit Antoine Rensonnet, l’universitaire spécialiste de la Fabiusie.

“Il n’a jamais gagné une élection sur son seul nom”

Et les noms de Nicolas Mayer-Rossignol ou encore ceux de Guillaume Bachelay et de Nicolas Rouly de revenir avec insistance dans le landerneau politique. D’ores et déjà, le patron des socialistes de Seine-Maritime indique « faire partie » de la liste des personnalités « émergeantes et légitimes » pour briguer le poste. « Surtout si les métropoles absorbent les compétences départementales », ajoute l’actuel chef de file de l’opposition socialiste à Pascal Martin. « Nicolas Rouly serait parfaitement légitime », plaide un autre leader socialiste du cru. Selon l’universitaire, les petits camarades de Frédéric Sanchez seraient quelque peu jaloux. « Ils ont tous perdu leurs postes mais lui est resté en place », observe-t-il, notant qu’il souffre en plus « d’un déficit de légitimité ». « Il n’a jamais gagné une élection sur son seul nom, rappelle-t-il. Au Petit-Quevilly ou à la Métropole, il a hérité d’un mandat. »

« Ses camarades au PS l’accusent d’avoir pris la grosse tête », constate un fin connaisseur de la donne politique locale. Certains socialistes n’apprécient pas non plus sa supposée trop grande proximité avec les patrons du Département et de Région, Pascal Martin et Hervé Morin. « Il est tout le temps en train de copiner avec eux, bien au-delà de ce qu’impose la bienséance républicaine », grince un socialiste normand. Ces dernières semaines, l’ancien ministre de la Défense et lui-même n’ont eu de cesse de mettre en scène la supposée lune de miel qui unirait leurs deux collectivités. Quand vos amis se dérobent, il faut chercher les soutiens ailleurs…

A ce stade, le président Sanchez ne fait pas l’unanimité dans son propre camp. « Il est possible que d’autres candidatures émergent dans mon parti », concède d’ores et déjà Frédéric Sanchez. Mais l’élu de tout de suite prendre de la hauteur vis-à-vis de sa formation politique : « Il faut se rassembler derrière une majorité de projets qui parte de la société en mettant de côté les étiquettes partisanes », explique-t-il. La stratégie de l’homme au-dessus de la mêlée, celle-là même adoptée par un certain Emmanuel Macron…

“Il marque des points”

Si l’ancien professeur se souvient « avoir lu Karl Marx » dans sa jeunesse, il se positionne, aujourd’hui, plutôt à la droite du parti socialiste. Son soutien affiché à la candidature de Manuel Valls aux primaires de la gauche en témoigne et le rend « macroncompatible » au moins au niveau des idées. De quoi, peut-être, lui offrir de nouvelles perspectives en vue de des prochaines échéances de 2020.

Certes, le président est contesté jusque dans son camp. Cela étant, il apparaît, de manière objective, en position de force. « Il occupe l’espace médiatique donc il marque des points et met la pression sur tous les autres », analyse Jean-Michel Bérégovoy. « Celui qui pilote, dès lors qu’il fait bien le job et qu’il souhaite repartir pour un nouveau mandat, part avec un avantage certain », pointe Didier Marie assurant « que les éventuels concurrents y réfléchiront à deux fois avant de sortir du bois ».  « Il n’y a plus grand-monde de poids dans la Métropole », observe par ailleurs Jean Louis Destans, ancien député PS de l’Eure. En politique, notamment sur le créneau social-démocrate, la nature a toujours eu horreur du vide. Et le discret Frédéric Sanchez semble, au moins sur le papier, le plus à même de le combler.

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