A Rouen, une mauvaise odeur peut en cacher une autre – LE POULPE

A Rouen, une mauvaise odeur peut en cacher une autre

Chaque automne, le quartier de la préfecture et de la faculté de droit empeste le vomi. La faute à un arbre, joli, ancien, mais olfactif.

Par LePoulpe | 12 Nov 2019

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D’accord, l’affaire n’est pas d’une extrême importance. Mais bon, nous glissons tout de même cette petite information végétale et olfactive. D’autant que le sujet fait causer, l’automne venu, les nombreux étudiants de la faculté de droit et de sciences économiques de Rouen, dans le quartier Pasteur, près de la préfecture.

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A la tombée des feuilles, chaque année, l’endroit exhale très fortement une odeur de vomissure particulièrement désagréable. Avouons-le, l’effet est moins marqué cette année, les douces vapeurs provenant de l’usine chimique Lubrizol de de sa voisine Normandie Logistique, situées en face sur la rive gauche, ayant quelque peu masqué ces nauséabonds effluves.

Ces derniers proviennent des ovules produits par les arbres plantés le long de l’avenue Pasteur, en 2001, lors de la transformation du quartier. Originaires de Chine et vénérés par les moines bouddhistes, ces arbres, des Ginkgo biloba, autrement dénommés arbres aux 40 écus, formeraient, selon les botanistes, la plus ancienne famille d’arbres connue au monde. Ces spécimens végétaux seraient apparus il y a près de 270 millions d’années, avant même l’apparition des dinosaures. Le Ginkgo biloba est également connu pour être le seul élément vivant à avoir repoussé après l’explosion atomique d’Hiroshima, au Japon. 

Résistant à la pollution et apprécié pour son ornement jaune or, il est fréquemment utilisé en ville et dans les parcs et jardins. Le hic, c’est qu’il faut s’assurer de planter des arbres mâles et non femelles, ceux-ci produisant ces ovules de couleur jaune et de la taille d’une grosse cerise qui puent lorsqu’ils tombent à terre une fois mûrs. Les collectivités le savent. S’agit-il alors d’une erreur de livraison commise en 2001 ? 

La mairie de Rouen ne le « considère pas » ainsi : « Le fournisseur avait apporté la garantie de la fourniture de sujets exclusivement mâles (analyse génétique), suite à l’exigence de la Ville face à la caractéristique des graines produites par les sujets femelles à dégager une odeur forte et désagréable. » Alors ? « Aux termes de 7/8 ans, la maturité sexuelle des sujets atteinte, il a été identifié par la Direction espaces verts les premiers sujets femelles au sein de l’alignement. Il avait été procédé alors à 3 remplacements. A ce jour, il est identifié environ 1/3 des 72 sujets en arbres femelles. L’hypothèse, alors que la biologie considérait le caractère sexuel comme acquis, est que les arbres, dans un objectif de reproduction et pérennisation de l’espèce, se soient adaptés en « mutant » de sujets mâles à sujets femelles, ce que l’on pourrait appeler un dimorphisme sexuel ou différenciation sexuelle adaptative au milieu. Phénomène observé chez certains poissons et reptiles. Sur ce constat, il n’est pas envisageable de procéder au remplacement des sujets femelles qui serait vain. Le ramassage des fruits est la solution à cette nuisance olfactive très ponctuelle et passagère. »