A Rouen, piques et chiffres autour du Panorama XXL – LE POULPE

A Rouen, piques et chiffres autour du Panorama XXL

Ah, ce Panorama et ses oeuvres monumentales exposées en 360 ° ! Un équipement culturel mais aussi une foire d'empoigne politique à Rouen. Pendant que la Métropole socialiste met en avant sa bonne fréquentation, ses opposants, les centristes en tête, sortent les calculatrices et rétorquent que le gros bidon bleu ne tourne qu'à grands coups de subvention...

Par Gilles TRIOLIER | 27 Juil 2017

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Trop imposant, laid, mal placé dans la perspective qu’offrait l’avenue Pasteur sur la Seine, inadapté culturellement à la cité rouennaise, perçu par certains comme un simple divertissement… Lancé par Laurent Fabius alors président de feu la Crea et depuis porté et défendu par son successeur à la Métropole Rouen Normandie Frédéric Sanchez, le Panorama XXL n’a cessé de voir pleuvoir les flèches acides sur sa carapace bleue, que ce soit avant sa construction ou depuis son ouverture, il y a bientôt trois ans, en décembre 2014. Le Panorama ? Cette énorme rotonde posée sur les quais de la rive droite rouennaise et signée par l’artiste et homme d’affaires Yadegar Asisi. Y sont exposées des oeuvres monumentales en 360°.

L’autre projet phare de la collectivité, l’Historial Jeanne d’Arc, ouvert en mars 2015 et réuni avec le Panorama au sein de la régie des équipements culturels de la Métropole, a de son côté échappé aux critiques.

En fers de lance de l’opposition politique contre ce gros bidon azur, les centristes rouennais. Au-delà d’un esthétisme par définition toujours subjectif et d’une pertinence culturelle elle aussi ouverte au débat, l’Union des démocrates et indépendants (UDI) locale a régulièrement ciblé le coût de cet équipement. Tout comme l’importante et indispensable subvention publique qui lui permet de tourner. C’est peu dire que la belle communication de la Métropole autour du Panorama, notamment la barre des « 500 000 visiteurs » (Panorama et Historial) dépassée début juin 2017 depuis leurs ouvertures respectives, a le don de les agacer.

“Un coût de 8,05 euros par visiteur” pour la collectivité

Un des membres de l’UDI, Mathieu Dranguet, par ailleurs producteur radio sur RCF, avait rédigé une lettre ouverte à Frédéric Sanchez en mai 2016. Plus récemment, en juin, il est remonté au créneau, calculette en main, dans un long et détaillé post sur Facebook suite au conseil métropolitain où les rapports d’activité des deux équipements ont été présentés. « Ce chiffre (500 000), en valeur absolue, ne veut rien dire s’il n’est pas mis en contexte », écrit-il.

Et de se charger de le contextualiser sur le plan financier. Après une première erreur de calcul corrigée depuis, un chiffre retient l’attention : 8,05 euros, soit le « coût par visiteur » pour la Métropole. Bref, ce que la collectivité et donc le contribuable doit débourser à chaque fois qu’une personne franchit le seuil de ces deux structures, les données comptables présentées étant globales pour le Panorama et l’Historial. « Si on prend la subvention totale 2017 de la Métropole à la régie, soit 1,86 million d’euros, à laquelle on soustrait la redevance qui revient à la Métropole (385 000€), on arrive à 1,475 M€. Si on fait le ratio entre ce montant total dépensé par la Métropole sur un an et la fréquentation totale (Panorama XXL + Historial) sur année complète (57 125 + 126 008 = 183 133 en 2016), on arrive à 8,05 €. Chaque visite coûte donc à la collectivité plus de 8 € (soit en gros le prix du ticket d’entrée), un coût important pour une institution qui n’est pas culturellement prioritaire et qui n’est donc pas investi dans autre chose… Et on ne compte pas ici le coût de la subvention initiale, à savoir les travaux ! », rédige le jeune homme, reconnaissant par ailleurs « que les chiffres de recettes et dépenses dont (il) dispose sont globaux et confondent Panorama et Historial, 8 € est donc un chiffre moyen qu’il faudrait préciser avec des chiffres plus détaillés ».

Interrogée sur ce point, la Métropole nous a répondu par courriel via son service communication : «  Le « coût » unitaire visiteur calculé par vos interlocuteurs est tous équipements confondus, sans prise en compte des charges réelles de fonctionnement respectives du Panorama et de l’Historial, ces dernières étant deux fois plus élevées que celle du Panorama. Par conséquent, le « coût » d’un visiteur du Panorama XXL se situe en fait très en deçà de 8€, et le « coût » d’un visiteur de l’Historial très au-delà. Formulé autrement, ce sont les recettes du Panorama XXL qui financent les coûts d’exploitation de l’Historial. Le Panorama XXL est un succès public et il est devenu de fait l’une des locomotives du développement touristique du territoire de la Métropole, dont il est la première attraction payante par la fréquentation. »

Certes, un succès public mais – pour l’heure – un échec financier. Car la Régie qui chapeaute les deux sites ne pourrait actuellement vivre qu’avec la seule billetterie. Et serait bel et bien déficitaire sans la subvention annuelle. Même si l’on pourra toujours arguer que les retombées économiques de ces visites dépassent le cadre des comptes de la Métropole et profitent par ricochet au commerce rouennais. Tout comme s’interroger intellectuellement sur la nécessité de rentabiliser, ou ne serait-ce qu’amortir, les dépenses culturelles.

+ 300 000 euros de subvention en 2017

Toujours concernant la subvention allouée par la Métropole, on note dans le rapport d’activité qu’elle augmente de 300 000 euros entre 2016 et 2017. « L’augmentation de subvention s’explique notamment par l’arrivée du Donjon de Rouen dans la régie au 1er janvier 2017 et la baisse des recettes attendues à l’Historial Jeanne d’Arc. Le contexte national (baisse de 15% de fréquentation de tous les musées en France) notamment nous a conduits à cette prévision prudente », se justifie la Métropole. Comme en écho, Mathieu Dranguet rétorque : « Les recettes de billetterie sont en large baisse (- 350 000 €) mais, ô miracle, la subvention de la Métropole compense cette baisse en augmentant, elle, de 300 000 € ! La recette est donc maintenue à coup de subventions, et quand on voit les chiffres, on peut dire que l’on ne regarde pas à la dépense. Le monde de la culture métropolitain appréciera ! »

Un dernier point interpelle et cristallise les reproches des opposants : la faible part des visiteurs étrangers au Panorama (4,9 % en 2016, 3 % en 2015), contre 18 % pour l’Historial en 2016. Traduction : le Panorama attire surtout les Hauts-Normands (76 % en 2016). « Cela montre que les Rouennais et les Normands sont venus une fois par curiosité. Ce qui aurait été intéressant, c’est d’arriver à attirer les touristes. Or, ce n’est pas le meilleur outil pour cela », avance un autre centriste et conseiller municipal rouennais, Robert Picard. La Métropole, pour sa part, préfère retenir la hausse  des visiteurs étrangers entamée sur l’année 2017. Et rappeler que ces 4,9 % portent seulement sur les visiteurs individuels et non sur les groupes.

Prenons les paris : les élections municipales de 2020, dont découlera le futur visage du conseil métropolitain, devraient à coup sûr faire revenir le Panorama sur le tapis…

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