A Lisieux, Bernard Aubril en bout de course – LE POULPE

A Lisieux, Bernard Aubril en bout de course

Et Bernard Aubril a finalement perdu... Malgré les dernières indiscrétions laissant imaginer une inversion de tendance, le maire de Lisieux - ancien UMP aujourd'hui sans étiquette -, candidat à la présidence de la communauté d'agglomération Lisieux Normandie, n'aura pas gagné son pari. Il ne sera que 1er vice-président.

Par Manuel SANSON | 10 Jan 2017

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1383349_217820955052190_1563103182_nDans le sud du pays d’Auge, un territoire rural et plutôt marqué à droite, c’est bien le socialiste François Aubey, maire de Mézidon-Canon, qui rafle la mise. Et le maire de la ville centre qui encaisse une sévère défaite. Un échec qui s’analyse d’abord comme la fin d’un cycle. Après avoir perdu sa vice-présidence au Département en 2015, Bernard Aubril subit une nouvelle défaite stratégique. Et cela malgré les soutiens d’Hervé Morin, président UDI de la région Normandie, ou encore Sébastien Leclerc, vice-président LR du Calvados et maire de Livarot Pays d’Auge.

Installé dans le paysage politique depuis vingt ans, l’homme fort de Lisieux n’est, de toute évidence, pas parvenu à entraîner et fédérer autour de son nom. “C’est la défaite d’un personnage et d’une équipe en bout de course”, juge Jean-Pierre Lecomte, opposant UDI à la ville et élu vice-président lors du conseil communautaire d’hier soir. Au-delà du rejet de Bernard Aubril, c’est une gifle pour tout son staff.

Plusieurs adjoints municipaux de poids ont en effet été sèchement exclus du nouvel exécutif intercommunal. On peut citer Emmanuel Thillaye, Isabelle Raynaud, Arianne Poynard et surtout Paul Mercier, fidèle du maire depuis plus d’une décennie. Seul Jean-Paul Soulbieu, l’indéboulonnable adjoint aux finances, a décroché un poste de vice-président. Détail croustillant, il a dû affronter Isabelle Raynaud, l’une de ses collègues de la majorité municipale. Les fissures de cette dernière apparaissent désormais au grand jour. Comme une ambiance de fin de règne…

Le scrutin d’hier l’illustre bien : le maire de Lisieux et ses fidèles n’ont plus la “grinta” de leurs débuts. “Dans sa campagne, Bernard Aubril a manqué de créativité. A part promettre des postes, il n’a rien proposé”, analyse un fin connaisseur des affaires lexoviennes. A l’évidence, cette stratégie n’a pas suffi pour rassurer les élus ruraux du territoire, inquiets de voir se développer l’hégémonie de la ville centre sur le reste de l’agglomération.

A l’inverse, François Aubey a su convaincre. Enfant du pays et homme de consensus, il creuse son sillon depuis de nombreuses années. Son élection s’apparente à une consécration au regard du travail fourni, notamment au Scot sud pays d’Auge. « Il a, sans doute, également bénéficié d’une prime à l’injustice”, évalue la même source. Elu sénateur en 2014, ce dernier a finalement été déchu de son mandat suite à l’invalidation de ses comptes de campagnes par le conseil constitutionnel. Une sanction jugée particulièrement sévère compte tenu des faits qui lui étaient reprochés.

De l’histoire ancienne doit-il se dire aujourd’hui. Depuis hier, le président a plutôt les yeux rivés sur l’avenir. De fait, il devient le nouvel homme fort du sud pays d’Auge. “C’est à l’agglomération que vont se concentrer l’essentiel du pouvoir et des grandes infrastructures”, estime un bon connaisseur du territoire.

De son côté, Bernard Aubril va terminer son troisième mandat affaibli et plus isolé que jamais. “Il n’aurait pas dû s’accrocher à son siège comme il l’a fait, juge le même interlocuteur. Cela s’est retourné contre lui.” En 2014, ce passionné de vélo avait maintenu sa candidature municipale sans avoir obtenu l’investiture de son parti. S’il a emporté la mise face à Eric Lehéricy, candidat désigné par l’UMP à l’époque, cette dernière victoire signait, paradoxalement, le début de la fin…

Quid des relations futures entre la ville centre et son agglomération ? Il est encore trop tôt pour le dire. Le risque d’une paralysie est néanmoins bien réel. A l’image de ce qui s’est toujours pratiqué à Rouen, les directions bicéphales donnent rarement entière satisfaction… Qui plus est lorsque les deux entités affichent des couleurs politiques différentes en leur sommet. Et si les deux chefs se détestent cordialement, alors-là…

*A l’heure de boucler cet article, malgré deux appels, Bernard Aubril n’avait pu être joint

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