février 2018 – LE POULPE

A Vieux-Manoir, un rapport étrille le projet de Cap Seine sur les risques de pollution de l’eau potable

Voilà qui, à coup sûr, devrait apporter de l’eau au moulin des opposants au projet de gigantesque plate-forme de produits chimiques et toxiques, porté par le géant des céréales, la coopérative Cap Seine et sa filiale Odièvre, au nord de Rouen à Vieux-Manoir. Un rapport, réalisé par le bureau de recherche géologique et minière (BRGM), à la demande de la préfecture de Seine-Maritime, torpille le dossier en ce qu’il comporte des risques très sérieux en matière de pollution de l’eau potable dans les environs immédiats du site mais aussi dans certaines communes de la Métropole de Rouen.

Le bâtiment de 6430 m2, en cours d’achèvement, doit accueillir à terme plus de 4 000 tonnes « de produits dangereux pour l’environnement aquatique, des produits liquides et solides très toxiques et toxiques et des produits inflammables ». Ces joyeusetés sont, pour l’essentiel, des substances phytopharmaceutiques à destination des agriculteurs du nord et de l’ouest de la France. Après de longs mois d’instruction, la préfecture de Seine-Maritime avait délivré une autorisation d’exploitation le 21 juin 2017.

Les services de l’Etat ont voulu « passer en force »

Jusque-ici, les opposants au projet n’étaient pas parvenus à mettre la main sur le rapport du BRGM validé en juin 2017. Alors même que la mention document public figure en toutes lettres sur la première page du rapport. Après plusieurs courriers en provenance de FNE Normandie à l’adresse de la préfecture  et une demande officielle auprès de la commission d’accès aux documents administratifs (CADA), le rapport a finalement été mis ligne, sans doute en début d’année, sur le site du BRGM. « On nous a fait lanterner pendant de longs mois. La préfecture nous a pris pour des c… », souffle Guillaume Blavette, administrateur chez FNE Normandie. Selon lui, les services de l’Etat se sont bien gardés de transmettre le document pour, dit-il, « passer en force » dans ce dossier.

La méthode ne paraît pas très « sport ». Mais on peut aisément comprendre les raisons qui ont poussé la préfecture à traîner des pieds pour transmettre le document qu’elle avait elle-même commandé pour dissiper les inquiétudes des opposants écologistes mais aussi – fait plus rare – de l’agence de l’eau comme Filfax s’en était fait l’écho dans un précédent article. Son représentant s’était en effet abstenu lors de l’examen du projet devant le conseil départemental de l’environnement, des risques sanitaires et technologiques (CODERST) organisé en préfecture.

Le rapport du BRGM ne fait que confirmer ses craintes. On peut notamment y lire ceci : « Le projet est situé en tête de bassin, dans un secteur à enjeux forts et, a priori, très sensible vis-à-vis de la ressource en eau, en particulier au regard de l’ampleur de l’impact que pourrait avoir sur celle-ci et les captages AEP (NDLR : alimentation eau potable) qui l’exploitent, le déversement de grandes quantités de polluants dans l’environnement en cas d’accident majeur ou d’incendie qui pourrait survenir sur le site, et en cas de défaillance du dispositif de sécurité et/ou de prévention. » En clair, le secteur est particulièrement sensible au regard de la protection de la ressource en eau.

« Le risque est a priori élevé »

Mais ce n’est là qu’un l’apéritif. Un peu plus loin dans le rapport, les spécialistes du BRGM sortent l’artillerie lourde : « Il ressort que le risque est a priori élevé, que des polluants introduits dans le sous-sol au droit du site du projet Odièvre, se retrouvent à court, moyen ou long terme dans plusieurs captages destinés à l’alimentation en eau potable situés en aval, en particulier dans ceux situés dans les vallées du Crevon, du Haut-Cailly, voire du Robec. Ceci conduirait à mettre en péril l’alimentation en eau potable du secteur, et notamment au niveau de la Métropole Rouen Normandie. »  On ne peut pas être plus clair… Le projet de plate-forme de stockage menace directement l’approvisionnement de bon nombre de communes situées au nord de Rouen dont celle de Mont-Saint-Aignan, Bois-Guillaume mais aussi Canteleu ou encore Déville-lès-Rouen.

« Il apparait en effet, au stade des connaissances actuelles, très probable que des polluants déversés en grande quantité dans le sous-sol du site prévu pour le projet se retrouvent à court, moyen ou long terme dans un ou plusieurs des captages destinés à l’alimentation en eau potable. Simplement, le manque d’information actuel, ne permet pas de préciser vers quels forages ces polluants iraient », insistent encore les auteurs du rapport pour être bien sûr que le message soit entendu.

Hormis ce risque avéré, le document du BRGM pointe en effet le manque de connaissance du milieu, des circulations aquatiques et des points de pénétration entre la surface et le sous-sol. En l’état actuel, souligne le BRGM, subsistent de nombreux doutes sur le sens d’écoulement des eaux au droit du site Cap Seine Odièvre. Les données sur lesquelles s’appuient l’Etat et l’entreprise pour assurer que tout est sous contrôle ne sont pas suffisamment fiables.

Maigre connaissance du milieu

« Concernant le sens d’écoulement de la nappe de la craie au droit du site, le DDAE (NDLR : dossier de demande d’autorisation environnementale) s’est appuyé sur une seule carte : la carte piézométrique départementale de Seine-Maritime de 1990. Les cartes piézométriques départementales et régionales sont réalisées à des échelles qui ne permettent pas une interprétation précise du sens des écoulements souterrains au niveau local, et notamment localement au droit du site Odièvre. Ces cartes ne donnent que le sens régional des écoulements souterrains, qui peut être fort différent de celui en place au niveau local », assènent les experts du BRGM.

Cette maigre connaissance du milieu n’est pas sans incidence en ce qui concerne la surveillance des eaux.« Le nombre de piézomètres ou qualitomètres envisagés (deux) par l’entreprise est insuffisant pour déterminer les sens des écoulements souterrains et suivre la qualité de la nappe au droit du site en termes d’impacts potentiels de l’activité prévue », considèrent ainsi les experts du BRGM. Autrement dit, en l’état actuel, les mesures de surveillances des masses d’eaux souterraine envisagées par les porteurs de projet ne reposent pas sur des données suffisamment précises.

Autre souci pointé dans le rapport, les risques d’infiltration dans la nappe liés à la présence de conduits karstiques. Comme Filfax l’avait documenté dans la zone du pays de Caux, ce sont des points d’engouffrement rapide des eaux de surface vers les profondeurs autrement appelés betoires. Le secteur de Vieux-Manoir en recèle un très grand nombre, augmentant par la-même les risques de contamination en cas de pollution accidentelle ou résiduelle. Malheureusement, aucun recensement exhaustif de ces zones de communication n’a été effectué par les porteurs de projet à ce stade.

Des bétoires sous les bassins de rétention…

Comme le précise le rapport du BRGM, hormis les points d’engouffrement existants, certains peuvent se former avec le temps. Il arrive notamment que des betoire se créent sous les bassins de rétention destinées, justement, à contenir les eaux polluées. « Pour mémoire, dans son recensement de 2001, l’agence régionale pour l’érosion et l’amélioration des sols (AREAS) a noté que sur 413 ouvrages de lutte contre les inondations recensés (bassin, prairies inondables etc…), 62 avaient connu une ouverture de bétoires », indique le BRGM. Si cela devait se reproduire dans l’enceinte du futur site Cap Seine, les dispositifs de prévention mis en place n’auraient donc plus aucun effet pour protéger la ressource en eau. A votre bonne santé…

Plus loin dans son rapport, le BRGM fourre aussi son nez dans le calcul des garanties financières liées à ce dossier. Quezaco ? Pour les installations classées Seveso seuil haut, en l’occurence le site Odièvre, le porteur de projet doit apporter des assurances pécuniaires qui permettent de justifier que l’entreprise sera en mesure de prendre à sa charge les coûts des dommages éventuels induits par ses activités.

Dans le cas qui nous intéresse, Cap Seine retient un coefficient de 0,8. « Concernant la sensibilité de l’environnement, l’hypothèse a été prise « d’un terrain plutôt imperméable où il n’y a pas de nappe d’eau souterraine utilisée à proximité » amenant au choix d’un coefficient de 0,8. Cette hypothèse ne peut pas être validée car le site se trouve au droit de la nappe de la craie, aquifère d’intérêt régional utilisé pour l’alimentation en eau potable », tranche le BRGM.

Révélations « accablantes »

A la lecture de tout ce qui précède, les réserves du BRGM sur le projet Cap Seine à Vieux-Manoir apparaissent particulièrement nombreuses. Cela étant, si le site devait effectivement être exploité – et c’est ce qu’il semble devoir se passer puisque les travaux sont presque achevés – le bureau d’études préconise toute une série de mesures destinées à mieux prendre en compte le risque de pollution des sols et des eaux souterraines. Notamment de recourir à une tierce expertise des dispositifs de prévention et de sécurité ou encore la recherche d’éventuelles marnières sur les zones prévues pour accueillir les bassins de rétention.

Tout cela a-t-il été fait ? A ce stade, rien ne permet de le dire. Sollicité, l’interlocuteur préfectoral compétent n’était pas en mesure de répondre à nos interrogations avant la mise en ligne de l’article. De son côté, la société Cap Seine n’a pas donné suite à notre demande d’interview. En tout état de cause, ces nouvelles révélations – « accablantes », dixit Guillaume Blavette de chez FNE Normandie – devraient donner une cartouche supplémentaire aux opposants au projet, mentionné par ailleurs par le Figaro comme l’un des cinquante sites surveillés comme le lait sur le feu par les hautes sphères du ministère de l’Intérieur, craignant de voir pousser ici et là de nouvelles « ZAD » sur le modèle de Notre-Dame-des-Landes.

Sans avoir encore construit de cabanes et de chicanes, l’association de défense et de promotion des cinq communes du plateau de Buchy peaufine en ce moment avec son avocat le prochain recours qu’elle devrait introduire contre l’autorisation d’exploitation accordée par la préfète de Seine-Maritime. Nul doute que les arguments développés par le BRGM devraient figurer en bonne place dans leur future requête…

France 3 Normandie éjecte un journaliste « qui dérange »

Jean-Marc Pitte, grand reporter à France 3 depuis trente ans, aura échappé aux snipers de Bosnie-Herzégovine, aux chars irakiens du despote Saddam Hussein ou encore aux attentats talibans en Afghanistan. Au final, c’est la direction de France 3 Normandie, là où il était revenu travailler depuis 2015, qui aura eu « sa peau ».

Le journaliste de 53 ans a reçu sa lettre de licenciement pour faute simple jeudi dernier. Officiellement, on lui reproche d’avoir insulté un supérieur et d’avoir commis une entorse au code de la route – sans infraction à la clé – au-dessus du tunnel de la Grand-Mare au niveau de Bois-Guillaume. Voilà, après plusieurs décennies passées à sillonner le globe pour rendre compte des tourments de l’humanité, sur quoi s’achève sa mission de reporter au sein de la maison France 3. De quoi sourire légèrement aux entournures…

« Un très bon journaliste, tenace et rugueux »

Pas grand monde, aujourd’hui, ne croit à cette version des faits. En tous les cas pas les syndicats de France Télévisions au niveau national. CGT, CFDT, SNJ et FO viennent en effet de se fendre d’un communiqué de presse commun pour dénoncer un dossier vide « de fautes avérées et une honte pour l’info du réseau France 3 et la direction de France Télévisions ». Selon Danilo Commodi, cégétiste à France 3 Normandie, cet unanimisme syndical, « très rare », témoigne du profond émoi qui s’est emparé des salariés de la chaîne en Normandie et au siège national du service public de l’audiovisuel.

« C’est un très bon journaliste et un fort caractère, tenace et rugueux, qui n’hésite pas à dire les choses à sa hiérarchie et à poser des questions qui fâchent aux politiques », rapporte Danilo Commodi évoquant un collègue « qui dérange ». En tous les cas, ce solide tempérament ne l’avait pas empêché d’être élu président de la société des journalistes au moment où il officiait au service monde de la chaîne. La crédibilité professionnelle du bonhomme n’a, à notre connaissance, encore jamais été remise en cause.

Jean-Marc Pitte, qui dément formellement avoir insulté son supérieur, avance trois raisons qui auraient conduit à son licenciement. « Ça se passait mal avec le rédacteur en chef, nous nous sommes opposés sur notre conception du métier. Il n’a pas aimé ma liberté de ton et notamment que je refuse de faire de la communication ou que je dise que certains sujets n’avaient pas été anticipés et qu’en conséquence, on ne pouvait pas faire un travail de qualité », explique-t-il. Revenu en terres normandes, là où il avait débuté en 1988, le journaliste avait entrepris de mener des enquêtes, de constituer un réseau de contacts, de sortir des scoops… En somme le b.a.-ba du journaliste. De toute évidence, ça ne plaisait pas à tout le monde.

Prise de bec avec Frédéric Sanchez

Deuxième motif avancé par l’intéressé pour expliquer son débarquement : plusieurs accrochages qu’il a eus avec le président de la Métropole Rouen Normandie, le socialiste Frédéric Sanchez. Notamment lors d’un sujet consacré au bilan du panorama XXL, le « bébé » culturel du maire de Petit-Quevilly. « Il n’avait pas apprécié que je lui soumette des questions en lien avec les positions de Catherine Morin Desailly (NDLR : sénatrice de Seine-Maritime et ancienne adjointe au maire de Rouen pour les affaires culturelles). Il avait mis en cause ma déontologie de journaliste », se souvient le reporter qui, visiblement, avait peu goûté qu’on le cherche sur ce terrain.

Toujours est-il que, selon le grand reporter, le président de la Métropole s’est plaint de lui à plusieurs reprises auprès de Stéphane Gaillard, directeur de la chaîne en région. « Ce n’est pas la raison de son licenciement, mais c’est un élément de contexte important », indique Danilo Commodi tout en confirmant les appels courroucés de Frédéric Sanchez à l’adresse de Stéphane Gaillard. Sollicités par Filfax, les deux hommes n’ont pas donné suite.

Selon Jean-Marc Pitte, son éviction s’explique enfin par la politique de dégraissage massif décidée dans les hautes sphères de la télévision publique française : « Le service RH est devenu un Etat dans l’Etat. Ils veulent faire des économies en se séparant des journalistes justifiants d’une longue ancienneté. » « Ils ont pris des prétextes fallacieux pour lui faire la peau », résume Danilo Commodi. Et le syndicaliste CGT de s’étonner « que l’on licencie d’office quelqu’un alors même qu’il n’a jamais fait l’objet d’une quelconque sanction auparavant ». La rédaction a tenté de joindre Olivier Godard, directeur des ressources humaines du réseau France 3, pour l’interroger sur ce point. Nous attendons toujours son retour…

« Préavis de grève national »

Cette question de la disproportion de la sanction a été évoquée lors d’une commission de discipline réunie le 8 février dernier à Paris. Mais la direction de la chaîne n’a pas bougé d’un iota.  « Tout était joué d’avance », résume Jean-Marc Pitte. Les multiples témoignages de soutien de collègues – dont celui de Mémona Hintermann, ancienne journaliste de France 3 aujourd’hui membre du CSA – n’y auront rien changé. Seul lot de consolation, le journaliste se voit finalement congédier pour faute simple et non plus pour faute grave comme prévu initialement. Sur le papier, il demeure salarié de la station régionale jusqu’au 15 mai. « C’est la durée de son préavis, mais il ne vient plus au travail. La direction ne veut plus le voir dans les murs de la chaîne », souffle Danilo Commodi.

Mais l’affaire n’est pas encore pliée. Jean-Marc Pitte annonce à Filfax qu’il va saisir une commission arbitrale pour négocier au mieux les conditions de son départ. En parallèle, il devrait saisir le conseil des prud’hommes compétent. Au niveau de l’entreprise, les organisations syndicales citées précédemment demandent expressément à la direction du groupe France télés « de faire un geste » faute de quoi « elles déposeront un préavis de grève national pour dénoncer ces méthodes de management des rédactions indignes d’un service public ». De quoi, sans doute, enquiquiner encore un peu plus la direction du groupe France Télévision confrontée, depuis plusieurs semaines, à de fortes turbulences politiques et sociales…

Tambouille politique à la Métropole, nouvel épisode

La prise de tête née lors du conseil de la Métropole Rouen Normandie du 6 novembre, autour d’une délibération technique assez banale sauf à y regarder de plus près, s’est réinvitée trois mois plus tard, toujours au sein de l’assemblée communautaire, le 12 février. Avec plus ou moins les mêmes effets : l’opposition de droite et du centre a cette fois refusé de participer au vote, quand elle avait carrément quitté la salle en novembre.

Banale ? Pas tant que cela. Le schmilblick a pour origine le recasage de Nelly Tocqueville au bureau de la Métropole. Loi sur le non-cumul des mandats oblige, la sénatrice socialiste de Seine-Maritime ne pouvait plus assurer son poste de vice-présidente de la Métropole chargée des petites communes, un rôle stratégique dans une intercommunalité comptant quarante-cinq communes de moins de 3500 habitants, qu’il vaut mieux caresser dans le sens du poil. Contrainte de quitter l’exécutif, Nelly Tocqueville démissionne en octobre dernier. Jusque-là, rien de flou. Sauf que, ni une ni deux, la voilà qui ressurgit aussitôt au sein du bureau de la métropole. « Le président m’a sollicitée pour je continue », nous confirmait l’intéressée, en novembre. « La majorité socialiste a trouvé un artifice qui consiste à l’intégrer au bureau, chose qui reste autorisée par la loi », taclait en retour dans nos colonnes Patrick Chabert, conseiller métropolitain d’opposition (UDI).

Mais bon, si vous n’aimez pas les tours de passe-passe, ne faites pas de politique et ne vous y intéressez pas. Ce n’est d’ailleurs pas ce point qui a cristallisé la grogne des élus de la minorité, la compétence de Nelly Tocqueville en matière de relations avec les « villages » ne faisant visiblement pas débat. Non, ce sont les répercussions, par ricochet, de la manoeuvre sur la composition de l’exécutif qui les ont interpellés. Comme nous l’indiquions dans un précédent article, en novembre, en 2014, au moment des élections municipales et communautaires, un accord politique avait été trouvé à l’agglomération (feu la CREA). A la majorité des 2/3, les délégués se sont entendus sur la gouvernance de l’institution : 40 membres, 20 vice-présidents et 20 membres du bureau. Or, cette répartition s’est retrouvée faussée avec la nomination de Nelly Tocqueville au bureau, puisque son siège de vice-présidente, bien que vacant, avait été maintenu. Au final, on se retrouvait donc avec 41 postes, 21 de vice-présidents et 20 de membres du bureau.

Fragile équilibre de la majorité métropolitaine

Au sortir du conseil de novembre, face au refus du président socialiste Frédéric Sanchez de supprimer le poste de vice-présidente de la sénatrice, l’opposition, dénonçant « une mascarade », a saisi la préfète de Seine-Maritime Fabienne Buccio afin que l’Etat y fourre son nez au titre d’un contrôle de légalité. Bingo. Dans un courrier adressé le 23 janvier au maire de Bois-Guillaume, Gilbert Renard (LR), conseiller communautaire, la préfète leur donne raison et enjoint la Métropole à rectifier le tir. « En ce qui concerne le remplacement d’un poste vacant de vice-président, il appartient à l’organe délibérant conformément à l’article L2122-14 du CGCT de procéder à son remplacement. Il peut également proposer sa suppression. En cas de remplacement, il a le choix entre conserver l’ordre du tableau ou le modifier. Je vous informe que j’ai saisi M. le président de la métropole de ce sujet qui m’a confirmé son inscription au prochain conseil communautaire », écrit la représentante de l’Etat. « Ça fait de la polémique, c’est dommage que Frédéric Sanchez ait eu cette attitude à notre égard et n’ait pas rectifié directement en séance en supprimant le poste, ce que nous proposions », grince aujourd’hui Gilbert Renard.

Et l’on se retrouve le 12 février en conseil communautaire, avec une nouvelle délibération actant cette fois la suppression de la vice-présidence vacante. « On avait compris qu’on pouvait conserver ce poste vacant, mais la préfète nous a indiqué que cette période provisoire ne pouvait pas durer », se justifie le directeur général adjoint de la Métropole, Olivier Rousseau, missionné pour nous répondre. Provisoire ? Il n’en avait pourtant jamais été question…

Reste que, malgré cette correction, les élus de l’opposition ont refusé de participer au vote. A leurs yeux, le compte n’y est toujours pas. Et ce, pour plusieurs raisons. « Cette nouvelle délibération n’est pas complète, car nous aurions dû revoter sur la question de l’installation de Mme Tocqueville au bureau, car elle était basée sur une mauvaise délibération », argue Patrick Chabert. Mais c’est un autre point, beaucoup plus politique, qui crée l’émoi. Où il est question de l’organigramme des vice-présidences, le fameux ordre de tableau. En clair, à chaque vice-président correspondent une délégation et un numéro. « Le numéro 2 (celui de Nelly Tocqueville) ayant disparu, nous estimons qu’il aurait fallu remonter tout le monde d’un cran », pose Gilbert Renard. « Et pour cela, il faudrait revoter vice-président par vice-président, poursuit Patrick Chabert, mais M. Sanchez, qui connaît de gros problèmes dans sa majorité, ne veut rien bouger. Il sait que certains vice-présidents ne seraient plus élus aujourd’hui… » Et l’opposant de regarder en direction de Déville-lès-Rouen et de Bonsecours où les maires respectifs, Dominique Gambier et Laurent Grelaud, ont rejoint la République en marche…

Sur cette question de l’ordre de tableau, le directeur général adjoint de la Métropole s’inscrit en faux. « C’est un défaut de jugement, estime-t-il. La remontée est automatique et n’implique pas de revoter pour chaque vice-président. La préfecture a la même lecture. » Quant à la « mauvaise délibération » qui a servi de base à l’installation de Nelly Tocqueville au bureau, Olivier Rousseau nous assure qu’il n’y aurait, là non plus, pas matière à s’y repencher : « Lorsqu’un point est modifié, l’ensemble des délibérations (qui y sont relatives) est abrogé. »

Pour en avoir le coeur net, les élus de la droite et du centre vont à nouveau saisir la préfète. C’est reparti pour un tour. Et dire que la campagne des municipales n’a même pas commencé, officiellement.

« Pas d’écran avant 3 ans ! » met en garde le psychiatre Serge Tisseron

Serge Tisseron, 69 ans, psychiatre et docteur en psychologie, ausculte depuis des années les relations des enfants avec les écrans. En 2007, il a imaginé les repères dits « 3-6-9-12 pour apprivoiser les écrans », pour lesquels il a reçu en 2013 un Award à Washington du Family Online Institute. Celui qui est également chercheur associé à l’Université Paris VII Denis Diderot animera une conférence – gratuite – sur ces questions le lundi 19 février à partir de 18 h au théâtre Charles-Dullin du Grand-Quevilly. Rencontre.

Quand on évoque les écrans, de quoi parle-t-on exactement ? Est-ce que la télévision, l’ordinateur de salon, les tablettes et smartphones sont à prendre sur le même plan ? 

Non. A chaque tranche d’âge correspond un écran différent, même si tous posent le même problème. Il est simple : comment réguler le temps d’écran et comment faire en sorte que l’enfant l’utilise au mieux ? Il faut à la fois cadrer et accompagner. Ces deux conseils sont valables pour toutes les formes d’écran, mais les problèmes de chaque écran sont assez spécifiques.

Quels sont les risques avérés ? Que disent les études scientifiques et a-t-on suffisamment de recul ?

Les écrans pour lesquels l’on bénéficie d’un recul indiscutable, à long terme, ce sont les télévisions, présentes depuis longtemps dans les foyers. C’est la fameuse étude de Linda Pagani, qui a commencé à travailler sur les relations des enfants aux écrans en 1996 – 97. Elle a demandé à des familles nord-américaines de noter le temps que leurs enfants âgés de 2 à 3 passaient devant les écrans. En les suivant sur de longues années, elle a montré que les enfants qui avaient passé plus d’une heure par jour devant les écrans présentaient à l’âge de 13 ans  des troubles de l’attention et de la concentration. Et également une tendance au repli sur soi, à l’isolement, à se laisser victimiser par des camarades. Pour résumer, des séquelles à la fois dans le domaine des apprentissages et dans celui de la vie relationnelle.

On entend parfois parler de troubles autistiques…

Je m’inscris en faux. Allez voir sur mon blog. Le trouble autistique, c’est un abus de langage. D’ailleurs beaucoup d’associations de professionnels s’insurgent contre l’utilisation du mot. C’est comme un homme politique qui accuse un de ses adversaires d’autisme. Ça a à peu près autant de valeur, c’est-à-dire aucune. C’est du buzz pour internet. Il faut bannir ce mot, l’autisme est une vraie maladie.

Nous le retiendrons. Mais que disent les études plus récentes, suite à l’apparition des smartphones ?

Actuellement, il y a tout un débat pour savoir si les effets de certains outils numériques seraient semblables à ceux d’une substance toxique. Tout le débat est résumé autour du mot drogue. Les smartphones seraient-ils l’équivalent d’une drogue ? Le problème est plus un problème de définition qu’un problème scientifique. On sait qu’il est très compliqué pour un fumeur d’arrêter de fumer, pour un alcoolique d’arrêter de boire, en revanche, on sait que si on enlève les écrans à quelqu’un qui en consomme trop, très vite il fait autre chose. C’est-à-dire qu’il est très difficile de s’en séparer dans l’instant, tous les joueurs de jeux vidéo l’ont bien analysé, mais lorsqu’on s’arrête de les utiliser pendant quelques heures, eh bien on s’en passe très bien. En clinique, on a beaucoup d’exemples d’enfants en garde alternée : chez l’un des deux parents, ils passent leur temps à jouer aux jeux vidéo, chez l’autre pas du tout, parce qu’ils font des tas d’autres choses.

Si on privilégie la difficulté à se détacher de l’activité, on peut établir une analogie avec la drogue. Mais dans le long terme, le fait de priver un utilisateur d’outil numérique n’entraîne pas les mêmes effets. Pour le dire en termes spécialisés, il n’existe pas de syndrome de sevrage physiologique dans le cas des abus d’écrans. Et puis d’autre part, il n’y a pas de risque de rechute. Je me félicite que l’on mette autant l’accent sur les dangers de la surconsommation des écrans, mais il ne faut pas oublier que les jeux vidéo sont apparus dans les années 80. Je me souviens que, dès les années 90, mes amis parents d’adolescents m’alertaient sur le fait que leurs enfants étaient scotchés devant leur console, et que sont devenus ces ados ? Des adultes qui jouent modérément aux jeux vidéo voire plus du tout. Alors il ne faut pas confondre l’utilisation frénétique des écrans par les ados avec le risque qu’ils ne développent pas, plus tard, de vie sociale.

Votre discours est finalement assez rassurant…

Il peut l’être dans la mesure où il faut apprendre aux gens à utiliser les écrans, à établir des cadres. Le problème n’est plus celui des ados. Il y a d’ailleurs une étude, appelée « media in life », qui montre que ceux qu’on désigne comme les « millenials » – les jeunes âgés de 18 à 35 ans – passent leur temps sur leur téléphone et, en même temps, qu’ils vont plus souvent manger au restaurant, voir des expositions, sont mieux entourés d’amis que toutes les autres catégories d’âge confondues. Cela veut dire que les « millenials » ont peut-être un usage excessif de leur téléphone mobile, mais qu’ils n’en ont pas un usage pathologique, car ça n’appauvrit pas leur vie sociale.

En revanche, là où je suis très alarmiste – ce que je dis depuis 2007 – c’est pour les tout-petits et les préados. Un adulte qui utilise beaucoup son smartphone ne doit pas le laisser à son bébé. Je n’ai rien contre le fait qu’un adulte l’utilise, ce n’est pas un problème… s’il est tout seul. Mais dès qu’il a un bébé, ça devient très très problématique : le bébé, voyant le papa ou la maman utiliser sans arrêt son smartphone, n’aura qu’une idée, s’en servir aussi. Et tôt ou tard, il va le faire. Or, un bébé n’a aucun besoin d’un outil numérique, c’est forcément toxique pour lui.

Et justement, pour ces tout-petits, de quelles informations dispose-t-on au sujet de ces méfaits numériques ?

Le principal problème des écrans, dont aucune étude ne montre qu’il s’agit en soit d’un produit toxique, c’est le temps que l’on y passe. Plus on est jeune, plus ce temps est « enlevé » pour d’autres activités. Prenons l’exemple des personnes âgées qui passent leur journée devant la télé : il n’y a pas de campagne pour leur supprimer le poste. Parce que l’on pense, ma foi, que ces personnes ont fait leur vie, qu’elles ne vont pas oublier les recettes de cuisine qu’elles connaissent, qu’elles ne vont pas apprendre à marcher ou à parler, elles savent déjà le faire. Mais, plus un enfant est petit, plus il a des acquisitions à faire, donc plus il faut l’élever sans écran. Avec le temps perdu, il n’apprend pas à parler, à interagir avec un adulte, à se concentrer sur une tâche. C’est dramatique. Alors qu’entre 0 et 3 ans, il y a énormément de capacités mentales qui se mettent en place. Et c’est difficile à rattraper. Pas impossible mais difficile.

Pas d’écran avant 3 ans ! Entre 3 et 6 ans, on passe de 1/4 h à 1/2 h – 1 h par jour, tous écrans confondus. Les parents ont bien sûr ces temps à gérer, mais n’oubliez pas que certaines crèches et écoles élémentaires mettent les enfants devant les écrans pendant 45 minutes à l’heure de la pause méridienne… Il y a vraiment un effort collectif à faire.

Cela peut aller jusqu’à des troubles neurologiques ?

Non, mais on voit beaucoup, et c’est d’ailleurs l’étude du docteur Ducanda, de troubles relationnels et cognitifs, c’est-à-dire des enfants qui n’arrivent pas à se concentrer, qui ont des problèmes manuels, certains réduisent leurs gestes à deux gestes seulement, tenir un objet d’une main et de l’autre frotter… C’est normal si on ne laisse pas à un bébé le temps de prendre des objets à la main, de les flairer, de les jeter, évidemment il aura un retard dans les capacités manuelles.

Pouvez-vous m’en dire plus sur la règle que vous avez créée, celle du « 3 – 6 – 9 – 12 » ?

Ce sont des balises que j’ai imaginées en 2007. Elles sont calées sur quatre âges. Pourquoi ces âges-là ? 3 ans, c’est l’entrée en maternelle, 6 en élémentaire, 9 l’enfant sait à peu près lire et écrire, et 12 il est préado et choisit de plus en plus ses repères en dehors de la famille. A chaque tranche d’âge correspondent des conseils pour utiliser les écrans en famille. Avant 3 ans, on les évite. Moins l’enfant y est confronté, mieux c’est. La consigne ? Jouer, parler, arrêter la télé. Entre 3 et 6 ans, l’idée est de développer des activités manuelles. On introduit petit à petit les écrans, toujours en respectant deux conseils : fixer une tranche horaire dans la journée, et respecter cette portion. Entre 6 et 9 ans, il va falloir lui parler d’internet, puisqu’il commence à en entendre parler, le mettre en garde. Si on le met devant YouTube, vérifier dans son dos qu’il ne va pas voir autre chose. Bref, toujours accompagner, expliquer, choisir des programmes de qualité. Et ça continue à 12 ans. Tant qu’il reste dans la maison des parents, il n’est pas encore autonome.

A quel âge leur offrir leur propre téléphone portable ?

Il est difficile de donner un âge précis, mais deux choses sont à savoir. Certains parents pensent à tort que l’enfant sera plus proche d’eux s’il a un téléphone. C’est exactement le contraire qui arrive. Et, quel que soit l’âge choisi, il est très important d’anticiper les choses en établissant un contrat d’utilisation. C’est d’ailleurs ce que je suis en train de mettre au point avec Bouygues Telecom, qui a fait appel à moi. Aujourd’hui, l’âge moyen de la première acquisition est 11 ans et 8 mois. Certains en ont un beaucoup plus tôt, souvent à la demande des parents et plus souvent à la campagne qu’en ville. Et puis ce n’est pas parce qu’il n’en a pas qu’il ne pourra pas voir des horreurs, que lui montreront des copains qui, eux, ont un téléphone. Ne pas être naïf…

Que pensez-vous d’une interdiction pure et simple des écrans avant 10 ans ?

Je viens de le dire : il faut que ces familles sachent que leurs enfants consomment des écrans ailleurs. Il faut se demander si c’est la meilleure solution pour parler des écrans avec leurs enfants.  Moi, mon fils, quand il avait 8 ans, rentre un jour d’un anniversaire chez un copain. « Vous avez fait quoi ? Ben on a joué à un jeu… » Comme je connais les jeux vidéo, j’ai vite compris qu’il avait joué à GTA, un jeu réservé aux plus de 18 ans. Si vous n’avez pas d’écran, si vous n’y connaissez rien, votre enfant rentre de chez son copain, raconte qu’ils ont joué, et vous vous dites « c’est super… » Si votre enfant en est privé, à chaque fois qu’il va le faire ailleurs, il ne vous parlera pas, et c’est là le problème. Il faut que les écrans soient un élément de discussion.

Vous allez me dire « dans la Silicon Valley les enfants n’ont pas de tablette, pas de télé ». Oui, mais dans ces écoles, leurs copains n’en ont pas non plus.

Que pensez-vous de ces pontes, ou surtout anciens pontes, californiens de Google, Facebook et autres qui disent bannir les écrans dans l’éducation de leurs enfants ?

C’est à l’américaine, il faudrait aller voir de plus près. Il y a ce qu’ils disent et ce qu’ils font. Les Américains sont très forts pour le buzz… C’est comme cet ancien de Facebook qui y a travaillé dix ans, qui en est renvoyé et qui, quelques années après, dit que Facebook est de la « merde ». Non, mais enfin ! Il se venge, mais il n’avait pas eu d’états d’âme pour la concevoir, cette « merde ».

Et puis le téléphone mobile est quand même un formidable outil. J’en ai un, vous en avez sûrement un, on en a tous. Il faut simplement connaître les règles : nous sommes espionnés en permanence, sous surveillance, et tout est fait et pensé psychiquement sur les applications pour que j’y reste, que je n’ai plus les moyens d’en sortir.

Ce sont des outils qui peuvent être extrêmement utiles et dangereux à la fois, comme l’automobile.  Il faut leur demander uniquement ce qu’ils peuvent donner. Même si les publicitaires veulent nous faire croire qu’ils peuvent tout nous apporter. Nous ne sommes pas désinformés, nous sommes sous-informés.

Pour les petits, entre 3 et 6 ans par exemple, existe-t-il tout de même des aspects positifs à leur utilisation ?

Une étude anglaise montre qu’un enfant accompagné sur une tablette, sur des périodes courtes et sur des jeux interactifs, pouvait gagner en motricité fine. Mais je pense qu’il aurait pu y parvenir avec des activités de pliage – découpage. Je n’y crois pas vraiment.

Que pensez-vous des applications dites éducatives ?

Là aussi tout dépend des tranches d’âge. Et le problème, c’est que ces applications ne sont jamais validées par des études indépendantes. Les fabricants disent qu’elles sont testées par des psychologues, mais ils sont juges et parties. Soyons donc très prudents. La seule qui peut être utile est celle où l’on joue à deux, parents et enfants, qui nous permet de rigoler et de passer un bon moment. Laisser un enfant seul devant une appli sous prétexte qu’elle peut être bénéfique, c’est être le gogo des publicitaires.

Ces dangers liés aux écrans sont de plus en plus évoqués dans les médias. Peut-on parler de prise de conscience ? 

Oui. Il y a deux manières de voir la situation actuelle. Elle est catastrophique pour les tout-petits, ce qui est vrai, mais elle est devenue tellement problématique que beaucoup s’en rendent compte et que les choses vont bouger. Je m’en réjouis. Mais en même temps, le smartphone tel que nous le connaissons sera vite remplacé par d’autres technologies, notamment les commandes vocales, qui feront disparaître des problèmes précédents, tout en en créant de nouveaux.

En tout cas, la campagne actuelle permet de redire avec force que les outils numériques sont conçus par des adultes pour des adultes, et pas pour des enfants.

Appelez-vous à la mise en place d’un plan de prévention national ?

Ça fait des années que je demande que l’Institut national pour la prévention et l’éducation à la santé se mobilise. On l’a fait avec l’Académie des sciences en 2013 et l’Institut ne s’est pas mobilisé. J’ai demandé aussi à ce que les carnets de santé soient refondus en intégrant une diététique des écrans, ce qui à ma connaissance n’a pas été fait. Il faut espérer que tout cela soit mis en place et que les écrans deviennent un objet de débat public. Comme le climat.

Crue de la Seine à Rouen : « méleaudie » en sous-sol au 108

Construire en zone inondable expose indubitablement au risque d’avoir un jour les pieds dans l’eau. Et même si les équipements de protection sont en place, encore faut-il qu’ils fonctionnent correctement. Sur les quais de la rive gauche, entre les ponts Guillaume-Le-Conquérant et Flaubert, le nouveau siège de la Métropole Rouen Normandie, le 108 (coût officiel : 25 millions d’euros), a pu en faire l’humide expérience, lors de la crue de la Seine observée les 3 et 4 janvier derniers et non lors de celle, plus récente, du 31 janvier.

Il n’est pas question ici du rez-de-chaussée du bâtiment dessiné par l’architecte Jacques Ferrier, resté au sec car surélevé à 1,20 m de hauteur avec comme base la crue de référence de 1910, mais du parking en sous-sol « semi-enterré ».

«  En effet, nous avons eu une infiltration d’eau dans le parking, de 10 à 12 cm environ. Les voitures de service qui y étaient garées ont été rapidement sorties et l’eau a pu être pompée », nous confirme Frédéric Boyere, responsable des travaux à la direction des bâtiments de la Métropole. A l’écouter, un « clapet antiretour n’a pas fonctionné » : « Cela marche plus ou moins comme une chatière, qui permet d’évacuer vers la Seine les eaux de pluie descendant au niveau du sous-sol dans une cuve de récupération. C’était la première fois que le bâtiment a été confronté à ce genre de crue, qui arrive une fois tous les deux ans. Et cela nous a servi de test, en quelque sorte. Le problème a été corrigé et il ne s’est pas répété lors de la dernière crue. »

« Les véhicules de service ne pouvaient rester dehors la nuit »

A l’inverse de la salle de concerts le 106, posée à deux pas sur ces mêmes quais rive gauche, et aussi des restaurants situés en face dans les hangars des quais rive droite, la Métropole a fait le choix de disposer d’un parking sous son nouveau siège. « Les véhicules de service ne pouvaient rester dehors la nuit », justifie Frédéric Boyere. Risqué ? Non, jure-t-il, excepté cette défaillance du clapet : « En hauteur, le bâtiment a été calé sur les scénarios les plus défavorables (en termes de montée des eaux possible). Les murs sont étanches et, pour accéder au parking, il faut d’abord monter au rez-de-chaussée (surélevé, donc) avant de redescendre. Bref, il peut y avoir de l’eau tout autour du bâtiment sans que cela pénètre dans le parking. »

Au niveau des règles d’urbanisme, le 108 se trouve dans un secteur dit Na2, qui correspond au sillon de la Seine, et s’avère donc soumis au Plan de prévention des risques naturels prévisibles d’inondation (PPRI), adossé au Plan local de l’urbanisme rouennais. Ce PPRI identifie deux types de zones, la rouge, « particulièrement exposée », et la bleue, « moins exposée et où il convient essentiellement d’y préserver l’expansion des crues ». Si à cet endroit, les abords immédiats du fleuve sont classés en zone rouge, le bâtiment de l’intercommunalité, lui, se situe en zone bleue. Y sont autorisés « les sous-sols à usage de parkings collectifs, à condition que les dispositions constructives en empêchent la submersion ou qu’un système d’alerte et d’évacuation, de mise en eau et de vidange soit prévu ». Encore faut-il que cela fonctionne.

A Caen, la place de la République des copains ?

Depuis plusieurs mois – c’est peu de le dire –  la ville de Caen s’agite autour d’un grand projet d’aménagement de la place de la République, sise dans l’hypercentre de la cité. Désigné à l’automne 2016 à la suite d’un appel à candidatures organisé par la Ville, le promoteur local Sedelka Europrom doit y ériger 18 000 m2 de locaux en investissant la modique somme de 57 millions d’euros.

Avec le soutien plein et entier de la municipalité dirigée par l’élu LR Joël Bruneau. Et au grand dam d’une palanquée de contestataires- citoyens et élus d’opposition – qui déplorent, ici « une privatisation du centre-ville », ou là, l’abatage à venir d’une cinquantaine d’arbres. Plusieurs pétitions circulent pour faire pression sur la mairie afin qu’elle revoie ses plans tandis que trois recours ont été introduits devant la justice administrative pour contester les conditions dans lesquelles le plan local d’urbanisme (PLU) a été modifié afin de permettre ce bétonnage en règle de la place. Deux d’entre eux ont été formés par l’ancien adjoint à l’urbanisme Xavier Le Coutour (PRG). De quoi faire dire à Joël Bruneau « que son opposition instrumentalise ce dossier en vue de préparer les prochaines élections ». Voilà pour la partie emmergée de l’iceberg…

Un adjoint au maire, ancien collaborateur de Sedelka

Au fond des eaux troubles de l’urbanisme caennais, d’autres éléments interrogent. En même temps qu’ils apportent de l’eau au moulin des opposants. Et d’abord les liens de proximités entre la ville et le promoteur retenu. Où l’on apprend que l’actuel adjoint au maire pour les finances et les marchés publics de la commune, un certain Michel Le Lan, a travaillé pendant plusieurs années pour le compte de Sedelka-Europrom. « J’ai été sollicité pour commercialiser des programmes immobiliers entre 2010 et 2014 », confirme-t-il auprès de Filfax. « Mais j’ai quitté mes fonctions dès le jour de l’élection en 2014 », ajoute-t-il.

Est-il intervenu pour pousser le dossier de son ancien employeur au moment de l’appel à projets ? « En aucune manière, soutient-il. J’ai toujours veillé à bien séparer mes différentes activités. » A ce stade, rien ne permet d’affirmer que Michel Le Lan, par ailleurs membre du cercle Turgot – un think thank ultralibéral bien introduit dans les instances du pouvoir parisien- , a joué un rôle dans l’attribution de l’appel à projets au groupe Sedelka. « Il y a matière à avoir des doutes sur son rôle dans ce dossier », pique néanmoins un élu municipal sous couvert d’anonymat.

Etonnamment, Michel Le Lan n’a jamais fait mention de cet emploi. Quelques semaines après son entrée en mairie, Ouest France publiait un portrait du bonhomme. Y était récapitulé, dans le détail, son cursus professionnel. Mais curieusement, rien n’apparaissait sur ses fonctions passées chez le promoteur. « C’est une activité annexe et secondaire que j’ai effectuée lorsque j’ai pris ma retraite », tente de justifier aujourd’hui celui qui se définit par ailleurs comme « un passionné d’immobilier ».

Le petit monde de l’urbanisme caennais…

Autre ramification avérée entre Sedelka et la ville : l’identité du directeur général délégué du groupe, un certain Guillaume Guérin. En poste depuis juillet 2014, c’est le fils de Gilles Guérin, l’ancien patron du service de l’urbanisme de la ville de Caen. « Un homme très courtisé des promoteurs, qui pendant très longtemps, a eu la main sur tout le foncier de la ville », rapporte sous couvert d’anonymat un membre du collectif de défense de la place de la République. Le bonhomme est parti à la retraite au début de l’année 2015, soit quelques mois avant le lancement de l’appel à candidatures pour l’aménagement de la place de la République. « Gilles Guérin n’a pas eu à connaître la consultation d’opérateurs pour le projet République dont l’idée est née postérieurement à son départ », assure Malek Rezgui, le président de Sedelka. Selon les confidences d’un élu municipal à un membre du collectif pour la défense de la place de la République, « le projet était déjà dans les cartons de la majorité avant même l’élection de 2014 ».

Au passage, on apprend, de la plume même du promoteur (lire ci-dessous), que Guillaume Guérin est entré chez Sedelka en 2007. Pendant sept années donc, le promoteur qui employait le fils traitait avec le père sur des projets immobiliers municipaux. Comme un léger parfum de conflit d’intérêts familial… Depuis l’été 2015, Gilles Guérin officie à son compte en tant qu’urbaniste indépendant. Et l’on aperçoit son nom accolé à celui du promoteur sur un autre projet d’aménagement mené en ce moment à Bretteville-sur-Odon, dans l’agglomération de Caen. Pour l’occasion, on retrouve, associés à ce même projet, deux amis de trente ans du maire de Caen, Bruno Coutanceau, son ancien directeur de campagne en 2014 et Thierry Nerrembourg, son conseiller en com’ officieux à la même période. Le monde de l’urbanisme caennais est décidément bien petit…

« Pas d’anguille sous roche »

L’appel à candidatures lancé pour la place de la République a-t-il été pipé dès le départ au profit de Sedelka Europrom ? Rien, en l’état, ne permet de l’affirmer. Mais les liens mis au jour, ci-dessus, entre la municipalité et le promoteur ont de quoi semer le doute. Sauf dans l’esprit de Joël Bruneau. « Je vois très bien sur quel terrain vous voulez m’emmener mais tout a été fait dans les règles. Il n’y a pas d’anguille sous roche », clame l’édile.

Cela étant, Sylvie Orcier, ancienne présidente de l’association commerçante des Vitrines de Caen et invitée à la procédure de sélection des candidats, se souvient du « peu d’implication » du finaliste retenu face au promoteur Sedelka : « Alors que, selon moi, son projet paraissait correspondre le mieux au cahier des charges fixé, le porteur de projet (NDLR : groupe Virgil) est venu sans son architecte au moment de l’ultime présentation. » Etrange que, lorsque « le money time » arrive, un finaliste ne jette pas toutes ses forces dans la bataille…

Interrogé sur ce point, Joël Bruneau dit aujourd’hui « ne pas se souvenir » de cette absence. Contacté par mail, Patrick Stéphan, président de Virgil, n’a pas donné suite. D’après l’élu municipal cité plus haut, « les jeux étaient faits dès avant le lancement officiel de la sélection ». « Joël Bruneau a fait le choix du promoteur local, par souci de clientélisme, escomptant en tirer quelques bénéfices électoraux en ayant fait travailler le tissu économique du cru », avance-t-il.

En tout état de cause, le groupe Sedelka Europrom, fondé par l’autodidacte Claude Jean, oeuvre, depuis plusieurs décennies, en parfaite symbiose avec la ville de Caen. « Aussi bien avec la droite que la gauche », témoigne Bruno Hergas, ancien président de l’association Hastings Saint-Nicolas toujours très au fait des us et coutumes du microcosme de l’urbanisme caennais. Une lune de miel qui n’est pas exempte de quelques anicroches. En 1999, Claude Jean et son architecte avaient été condamnés par le tribunal correctionnel de Caen pour avoir construit sans permis un bâtiment lors de la réhabilitation de l’ex-clinique Saint-Martin. Tous deux avaient écopé d’une amende de 40 000 francs tandis que l’objet du litige avait dû être démoli. A l’époque, les permis de construire rectificatifs accordés par la ville était apparus irréguliers…

« Un cadeau », selon Xavier Le Coutour

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Ce sont les enfants du fondateur qui ont repris le bébé via une kyrielle de sociétés spécialisées dans l’immobilier. Le groupe Sedelka Europrom est désormais conduit par Malek Rezgui, lui-même époux de l’une des filles de Claude Jean. « Un homme très avenant toujours très proche de ceux qui sont au pouvoir », commente un élu municipal.

De là à lui faciliter la vie une fois son dossier de centre commercial retenu ?  Certains éléments, là encore, interrogent. D’abord le prix de vente de la parcelle ( 7 000 m2) où devrait s’implanter le futur ensemble. Celui-ci a été fixé à 5,2 millions d’euros, d’après Malek Rezgui qui rapporte « que le service des domaines l’a validé »« Un cadeau, estime pourtant Xavier Le Coutour, élu d’opposition PRG et ancien adjoint à l’urbanisme du maire PS Philippe Duron. Normalement dans ce type de transaction, on prend en compte le potentiel de construction. » Soit tout de même 18 000 m2 de surface prévue à l’arrivée.

Bruno Hergas rapporte « qu’un terrain de 595 m2 a été vendu à un promoteur, qui y a depuis édifié un immeuble de quatre étages, pour 525 000 euros en périphérie de la ville à la fin 2016 ». Soit un foncier au m2 plus élevé dans une zone bien moins attractive… Selon Rudy L’Orphelin, élu municipal EE-LV, « le maire de Caen a laissé entendre que le prix de vente du terrain serait établi à l’aune de l’équilibre général du projet d’aménagement ». Comprendre, aux dires de l’opposant écolo, la rentabilité économique ne serait pas la première priorité de l’édile caennais. Ce que l’élu LR, sans faire mention d’un avis positif des Domaines, confirme : « Les considérations en lien avec la qualité du projet et l’attractivité du centre-ville qui en découle priment sur le seul gain économique immédiat. » Et tant mieux pour Sedelka…

350 000 euros de fouilles payés par la Ville

En la matière, ce n’est pas la seule attention dont bénéficiera le groupe Sedelka. Selon nos informations, les fouilles archéologiques préventives, obligatoires dans ce secteur classé, seront prises en charge par la ville donc par le contribuable. On parle tout de même d’une enveloppe de près de 350 000 euros. « C’est un cadeau totalement injustifié », s’insurge Rudy L’Orphelin. « Cette somme sera prise en compte dans le prix de vente de la parcelle », rétorque Joël Bruneau. Nul doute que les opposants au maire éplucheront la transaction à venir dans ses moindres détails…

En attendant, le calendrier prévisionnel pour la livraison des bâtiments semble plus que jamais compromis. Annoncé sur le site de la Ville pour 2021, les recours en justice risquent fort de ralentir le projet. « L’acte de vente du terrain n’interviendra qu’une fois l’ensemble des recours purgés », déclare Joël Bruneau. Sachant que les premières décisions du tribunal administratif ne sont pas attendues avant l’été prochain et que les jugements sont susceptibles d’appel, ce n’est vraisemblablement pour demain. En attendant que la justice tranche, le conseil municipal aura à se prononcer sur la promesse de vente. « Ce sera lors d’un prochain conseil municipal, avant l’été prochain », annonce Joël Bruneau. A n’en pas douter, la place de la République sera, une fois encore, l’objet d’une belle passe d’armes.

Le promoteur et la plume

Dans le cadre de notre enquête, nous nous sommes, bien évidemment, efforcés de prendre attache avec le président de la société de promotion immobilière Sedelka. Ce dernier n’a pas souhaité échanger en direct. En revanche, après plusieurs relances, le président Malek Rezgui s’est fendu de sa plus belle plume pour répondre aux nombreuses questions qui se posent dans ce dossier. Et que nous nous étions résolus à lui adresser par courriel. Nous en reproduisons ci-dessous l’essentiel :

« C’est bien volontiers que je réponds à vos différentes interrogations ayant trait à la réalisation du projet République de la ville de Caen. Au terme de celles-ci, il semble que l’on vous ait présenté ce projet comme étant le résultat d’un favoritisme, voire d’irrégularités, au bénéfice de la société Sedelka, ce que j’entends contester en vous apportant les réponses ci-après.

Au préalable je tiens à préciser que la société Sedelka exerce l’activité de promotion immobilière sur la ville de Caen depuis 40 ans mais plus largement sur les régions Normandie, Centre et Ile de France. La société Sedelka a été conduite à présenter des projets sous plusieurs municipalités de couleurs politiques différentes mais avec un respect entre les personnes qui a toujours conduit à une relation de confiance facilitant le développement des dossiers sans que ces couleurs politiques n’aient interféré sur les choix. Je tiens à préciser que la société Sedelka a toujours voulu conduire sa politique de développement en s’affranchissant de toutes considérations politiques, voulant que les projets qu’elle souhaite réaliser s’imposent par leur qualité et non par le résultat d’influences qui n’ont jamais eu lieu.

Concernant les personnes sur lesquelles vous voulez avoir des précisions je suis en mesure de vous faire part des indications suivantes : Monsieur Michel Le Lan, retraité, est devenu collaborateur de la société Sedelka en tant que conseiller commercial et a présenté sa démission le 4 avril 2014 dans la mesure où il venait d’être élu sur la liste de Monsieur Joel Bruneau. Alors qu’aucune obligation ne lui imposait, il a souhaité ne plus intervenir au profit de la société Sedelka pour des considérations de disponibilité. Au surplus, Il ne faisait pas partie de la commission chargée de désigner le lauréat de la consultation d’opérateurs.

Monsieur Guillaume Guérin est entré au sein de la société Sedelka en 2007, à l’issue de son cursus à l’école de management de Normandie et de son stage de fin d’étude en qualité de commercial puis a gravi plusieurs échelons pour aboutir au poste de directeur général délégué depuis juillet 2014.

Monsieur Gilles Guérin, retraité de la Ville de Caen, à titre indépendant depuis début 2015 profère des conseils urbanistiques et techniques auprès de plusieurs opérateurs immobiliers sur la ville de Caen et sa région, dont la société Sedelka. Au sein de la ville, il n’a pas eu à connaître la consultation d’opérateurs pour le projet République dont l’idée est née postérieurement à son départ.

La Ville de Caen a décidé d’organiser, en mars 2016, une consultation d’opérateurs sous forme d’un appel à projets en vue de retenir « un opérateur à qui la ville cédera l’emprise foncière (située à l’ouest de la place de la République) en vue de réaliser un programme de construction à dominante commerciale répondant aux volontés d’attractivité et de redynamisation du centre-ville avec un concept de halle gourmande et de restauration ».

Compte tenu de la spécificité du projet et de son importance pour la Ville de Caen, la société Sedelka, associée au groupe Jel Diffusion (commerçant à Caen), a décidé de participer à la consultation et de s’adjoindre les services d’un architecte reconnu nationalement et internationalement en la personne de Jean-Paul Viguier et d’un architecte local la SCP Bienvenu. C’est fort de la compétence et de l’investissement sans faille de l’équipe projet et du personnel de Sedelka que cette dernière a ainsi pu présenter un projet qui répond en tous points aux critères du cahier des charges émis par la Ville de Caen.

La déclaration d’attribution de lauréat de la consultation a été prise par une commission indépendante composée d’élus, notamment M. Bruneau, mais aussi  M. Duron, ancien maire de Caen et opposant aux dernières élections à M.Bruneau, auxquels se sont ajoutées des personnes d’horizons divers ; tels les membres de la CCI, la chambre des Métiers, des riverains, les représentants des associations de commerçants, de l’architecte des bâtiments de France et de l’architecte conseil de la ville. C’est donc une instance indépendante qui a été conduite à prendre une décision sur la base des projets qui lui ont été présentés.

Alors que la consultation ne le prévoyait pas, la commission a décidé de réentendre les 2 équipes, sur les 6 en concurrence, dont les projets étaient les plus proches des critères retenus par la ville à savoir les groupes Sedelka/Jel Diffusion d’une part et Virgil d’autre part. C’est donc dans ces circonstances que le groupement Sedelka/Jel Diffusion a été déclaré lauréat de la consultation.

Le prix du terrain a été proposé par la société Sedelka, purgé d’aléas techniques (fouille archéologique, pollution…) à concurrence de 5 200 000 €, montant dont je tiens à préciser qu’il a été validé par le service des domaines confirmant l’adéquation de la proposition de la société Sedelka aux valeurs du marché.

L’opération se réalisera mais est actuellement bloquée par le recours effectué par un élu de l’opposition à titre personnel et individuel, ce qui ne nous permet pas de déterminer avec précision le calendrier du projet et de procéder au commencement des travaux. Pendant ce temps nous continuons à présenter le projet dans différentes réunions publiques durant lesquelles nous constatons une forte adhésion, dont vous pourriez vous convaincre vous-même, en votre qualité de journaliste, en participant à ces réunions.

Enfin, pour répondre à votre question sur le fait de savoir si je suis un ami personnel de Monsieur Bruneau, je peux vous indiquer que mes relations avec le maire sont cordiales mais nous ne pouvons pas parler d’amitié car elles supposeraient une intimité qui n’existe pas, comme ce fut aussi le cas avec les précédents maires.

J’espère vous avoir rassuré sur l’absence d’avantages particuliers dont Sedelka est supposé avoir bénéficier selon vos sources et qu’à présent vous aurez à cœur de nous questionner sur l’intérêt du projet pour la Ville de Caen. Dans l’attente, je vous adresse mes cordiales salutations. »

Harcèlement : les dirigeants d’une association dédiée aux majeurs protégés renvoyés devant la justice pénale

L’association tutélaire des majeurs protégés de la Manche (ATMPM) dans la tourmente… judiciaire. Le 7 mars prochain, Colette Duquesne, présidente, et Arnaud Péronne, directeur, doivent comparaître devant le tribunal correctionnel de Coutances pour des faits de harcèlement moral. Autrement dit « des agissements répétés ayant pour objet ou effet une dégradation des conditions de travail pouvant porter atteinte aux droits, à la dignité, à la santé ou à l’avenir professionnel d’autrui », selon les termes exacts du Code pénal. Les deux mis en cause encourent jusqu’à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende.

Ce procès à venir découle d’une plainte contre X déposée par l’ancienne responsable du pôle juridique et patrimoine licenciée pour faute grave en 2016. Agée de 53 ans aujourd’hui, la victime présumée, en poste depuis 1995, a notamment évoqué devant les policiers une accumulation des brimades régulières tendant à la rabaisser ou encore des dénigrements constants sur fond de surcharge de travail permanente et d’une ambiance délétère en interne. Poussée à bout, de mal en pis, la victime a été contrainte de s’arrêter, à plusieurs reprises, à partir de 2014. « M. Peronne me mettait la pression, je rentrais à la maison de plus en plus tendue », a-t-elle, entre autres, rapporté devant le policier chargé de l’interroger. Dans son viseur, le directeur et la présidente de l’association, aujourd’hui poursuivis comme auteurs présumés de l’infraction.

Déjà deux condamnations de l’association pour harcèlement moral

La plainte initiale a donné lieu à l’ouverture d’une enquête préliminaire conduite sous la houlette du procureur de la République de Coutances. D’après les éléments dont Filfax a pu prendre connaissance, ça ne tourne pas rond dans cette association d’envergure à l’échelle départementale. Si la plaignante reste, à ce jour, la seule à demander justice par la voie pénale, d’autres salariés ont déjà eu maille à partir avec leur direction. Au moins trois condamnations sont intervenues devant la chambre sociale de la cour d’appel de Caen, en 2009, 2013 et 2016. Ils faisaient suite à de premiers jugements défavorables aux requérantes rendus par le conseil des prud’hommes de Cherbourg. Selon plusieurs témoignages livrés à la police, Colette Duquesne aurait siégé dans la juridiction. De là à y voir un lien…

En tous les cas, l’association et ses dirigeants apparaissent comme des jusqu’au-boutistes de la procédure. Dans au moins un de ses dossiers, ils se sont pourvus – sans succès – devant la cour de cassation, la plus haute instance judiciaire française. A deux reprises, l’ATMPM a été condamnée à verser des dommages et intérêts aux victimes pour des faits de harcèlement moral. Au total, les sanctions financières dans ces trois affaires prud’homales s’élèvent tout de même à près de 75 000 euros.

S’il n’y avait que ce seul élément… Un rapport sur les risques psychosociaux, établi en 2009 sur demande de plusieurs médecins du travail, semble attester d’un profond mal-être des agents doublé de dysfonctionnements dans le management. Où il est question d’un sentiment de dévalorisation des salariés, de menaces en provenance de la direction, d’un état de suspicion permanent, ou encore de décompensation psychique et psychosomatique rencontrées chez certains employés. Bref, le signe de très fortes tensions internes. Tous ces éléments à charge ont incité les policiers de Saint-Lô à préconiser auprès du procureur de la République de Coutances un renvoi devant le tribunal correctionnel. Et le magistrat les a suivi.

« Très marquée par cette affaire »

« J’espère que le procès à venir aboutira à des condamnations à de la prison ferme et que cela obligera les dirigeants en place à en tirer toutes les conséquences », explique auprès de Filfax Me Biville, avocat de la plaignante au pénal. A n’en pas douter, les deux mis en cause défendront chèrement leur peau à l’audience. Selon nos informations, la présidente est restée droite dans ses bottes lors de son audition au commissariat de Saint-Lô en 2017. Malgré les condamnations antérieures et les témoignages à charge, elle a nié avoir harcelé quiconque. Idem pour le directeur.

Sollicités par la suite, Colette Duquesne et Arnaud Péronne n’ont pas souhaité s’épancher. Seul Arnaud Péronne a fini par rappeler pour ne finalement rien dire ou presque. « Je suis tenu par une obligation de discrétion professionnelle, ose-t-il. Impossible de m’exprimer sur la situation interne de l’association en lien avec certains dossiers de majeurs protégés. Il faut attendre l’audience. » Le directeur souffle toutefois qu’il n’est « pas inquiet » et « qu’il bénéficie du soutien de ses collaborateurs ». Juste avant de raccrocher, il dénonce les méthodes de son accusatrice qui, selon lui, l’aurait « enregistré à son insu ». De quoi, sans aucun doute pimenter les débats lors du procès à venir…

En prévision de l’audience du 7 mars, Me Biville a, de son côté, fait citer à comparaître plusieurs membres actuels du conseil d’administration, afin, dit-il, « de comprendre précisément le degré d’information de ce dernier sur la situation interne de l’association ». En plus de la prochaine audience pénale, le cas de l’ancienne responsable juridique doit également être examiné par le conseil des prud’hommes de Coutances. Son avocat réclame plus de 180 000 euros pour l’ensemble des préjudices que sa cliente aurait subis. « Elle  reste très marquée par cette affaire », soutient aujourd’hui Me Biville.

Les factures judiciaires de l’association pourraient donc encore s’alourdir. Indirectement, ce sont les majeurs protégés qui pourraient avoir à régler la douloureuse puisqu’ils contribuent – pour partie – au budget de la structure. Il n’y a que les éventuelles amendes pénales et dommages et intérêts en découlant qui, eux, seraient prélevés sur le patrimoine personnel du directeur et de la présidente. On respire. Au moins un peu.