novembre 2017 – LE POULPE

Esprit du G6 normand, es-tu (encore) là ?

Quand l’hypercommunication revient, tel un boomerang, en pleine figure… Où l’on parle du G6 normand, réunion informelle des cinq présidents de Départements normands ainsi que du patron de la Région.

Lancée en grande pompe médiatique, au début de l’année 2016 à la faveur de l’accession d’Hervé Morin aux manettes de la Normandie, l’instance devait permettre, selon le communiqué de presse inaugural, « d’engager sans délais une stratégie de développement coordonnée et des partenariats « gagnant-gagnant » entre la Région et les Départements afin de renforcer l’efficacité des politiques publiques locales ainsi que leur lisibilité ». A peine deux ans plus tard, il semble que cette belle unité se soit évaporée dans les limbes du bocage normand. Le fameux G6 normand ne s’est plus réuni depuis mars dernier. Alors que, précédemment, les rencontres se déroulaient en moyenne tous les quatre mois. Pourquoi cette disparition ?

« Si la fréquence des G6 présidentiels a baissé, c’est tout simplement parce depuis plus de deux ans beaucoup de sujets ont été mis sur la table et qu’on est désormais entré dans une phase plus opérationnelle », justifie par email Pascal Lehongre, président LR du Département de l’Eure. « Il a été décidé collectivement de prendre un peu plus de temps afin de laisser les nouveaux présidents s’installer dans leurs nouvelles fonctions », glisse-t-on par ailleurs au cabinet du président de la Région citant la très récente désignation de Marc Lefèvre (DVD) à la tête du Département de la Manche, en lieu et place de Philippe Bas (LR). Des explications pas tout a fait concordantes et qui, à la lumière des éléments apportés par Filfax, apparaissent, sinon erronées, tout du moins parcellaires…

« Ça se bagarre beaucoup en ce moment »

Selon nos informations, les relations se sont sacrément refroidies dernièrement entre toutes ces huiles politiques locales. D’après une source bien renseignée dans l’entourage de la majorité régionale, « ça se bagarre beaucoup en ce moment ». En particulier « autour des compétences partagées et des budgets correspondants ». « Il y a des sujets de discussion », reconnaît-on à la Région usant de l’euphémisme à merveille. Les départements apprennent également à vivre avec des Région stratèges, très présentes sur le terrain. Certains le ressentent, à tort, comme une forme de concurrence. »

D’où, peut-être, quelques crispations. Et la disparition du G6 des radars. Selon un élu socialiste de l’opposition, « les Départements ne supportent pas le caporalisme de la Région, en particulier dans le domaine économique. Hervé Morin essaie en ce moment de substituer à un jacobinisme national un jacobinisme régional. »

Pas plus tard qu’hier, le président de la Normandie annonçait ses ambitions en matière portuaires. En résumé, regrouper dans un seul et même établissement public, piloté par la Région, l’ensemble des ports Normands. Dont plusieurs aujourd’hui demeurent dans l’escarcelle des Départements normands. Nul doute que cette sortie n’a pas dû plaire aux présidents normands qui ne cessent, à l’inverse, de marteler l’utilité de l’échelon départemental au sein du mille-feuille territorial français. De toute évidence, Hervé Morin ne défend pas cette thèse. En 2008, dans une interview à La Tribune, il déclarait ainsi soutenir l’initiative « de fondre les régions et les départements dans une seule et même collectivité ».

Si Alain Lambert, l’ex-président UDI de l’Orne reconnaît qu’au moment de son élection, l’ex-ministre de la Défense affichait plutôt l’ambition de construire « un modèle fédéral normand avec un pacte d’égalité entre départements et région », Hervé Morin aurait très vite changé de pied selon lui. « Dès les premiers mois de son mandat, il ne cessait de répéter à ses interlocuteurs, notamment les patrons d’intercommunalités, que nous ne servions à rien », rapporte le désormais vice-président au Département de l’Orne. De quoi tendre sérieusement les relations…

« Ils ne pensent que du mal d’Hervé Morin »

Au fil du temps, les griefs se sont accumulés. « Il n’y a pas un seul sujet où Départements et Région sont d’accord », assène aujourd’hui l’ancien sénateur. Filfax a tenté de joindre un à un les patrons de Département normands. Hormis Pascal Lehongre – qui soutient « que les départements normands ne rencontrent aucune difficulté dans leur relation avec la Région » – aucun d’entre eux n’a donné suite. « Ils ont une expression plus discrète que chez nous dans l’Orne mais ils ne pensent que du mal d’Hervé Morin », rapporte Alain Lambert qui s’est déjà écharpé par voie de presse avec le président de la Région mais qui dément toute « acrimonie personnelle » à son égard. « Alain Lambert est dans la rancoeur personnelle, ses propos n’engagent que lui, rétorque le cabinet d’Hervé Morin. La vérité c’est que sur 90 % des dossiers, Région et Départements sont d’accord. »

Reste les 10 %… Et sur ces sujets, visiblement, les crispations se multiplient. Surtout face à de forts caractères comme, par exemple, celui de Jean-Léonce Dupont, le patron UDI du Calvados. L’ancien questeur qui a récemment choisi de quitter les ors du Sénat pour se consacrer au local goûte assez peu les velléités hégémoniques de la Région. Avec le président Morin, les relations se sont distendues autour d’un dossier, en l’occurence celui de la SHEMA, une société d’économie mixte dédiée à l’aménagement et au développement économique. « En vertu de son rôle de chef de file en la matière, le conseil régional souhaite en devenir actionnaire majoritaire mais le Département ne veut pas laisser la place », glisse un élu du Calvados issu des rangs de de la majorité de droite. A tel point que la collectivité régionale envisage de créer une nouvelle société, en tous points identiques à la SHEMA, pour mener à bien les aménagements autour de l’axe Seine.

Et notre interlocuteur d’évoquer un Hervé Morin « très agacé » par la position de son camarade de parti. Qui de son côté n’est pas en reste. Jean-Léonce Dupont vient de se fendre d’un tweet fort en sous-entendu à l’occasion de l’élection de l’ancien ministre de la Défense à la présidence de l’association des Régions de France : « Félicitations à Hervé Morin, il a désormais aussi un devoir d’exemplarité dans les relations avec les départements. » Limpide comme de l’eau de roche pour qui sait décrypter les circonvolutions du langage politique… Selon nos informations, les deux hommes devaient dîner ensemble hier soir pour tenter d’arrondir les angles.

Des considérations de politique nationale

Si cela coince dans le Calvados, il en va de même dans l’Eure. Cette fois, il est question du contournement Est de Rouen. La collectivité, aujourd’hui dirigée par Pascal Lehongre (LR) mais toujours sous l’influence directe de Sébastien Lecornu, s’est retirée du tour de table financier organisée pour soutenir le projet. Et Hervé Morin a peu goûté l’initiative, c’est lui qui a dû allonger la monnaie pour compenser le vide laissé par le conseil départemental. « Ça ne lui a pas fait plaisir », souffle une source proche du dossier.

Interrogé sur ce retrait en septembre, Sébastien Lecornu, désormais secrétaire d’Etat à la Transition écologique, disait cela :« Que la Région se concentre sur les grands projets, c’est pour cela que le législateur l’a inventée. C’est ce qui fait sa légitimité. Et nous, nous nous occupons du réseau secondaire, des aménagements de sécurité, en ville et à la campagne. Chacun son travail et ça se passera bien ! » Si l’attaque n’était pas frontale, on sentait tout de même une légère pointe d’irritation.

Outre ce dossier d’infrastructure, il y a, sans doute, aussi des considérations de politique nationale qui permettent d’expliquer les tensions du moment. Historiquement proches – ils ont mené ensemble la reconquête politique de l’Eure – Hervé Morin, Bruno Le Maire et Sébastien Lecornu, ont depuis emprunté des chemins différents. Le premier n’a pas de mots assez dur pour critiquer les agissements d’Emmanuel Macron. Quand les deux autres sont désormais ministres de notre Jupiter national…

« Décision de ne plus inviter Hervé Morin »

Avec la Seine-Maritime, les choses ne sont pas plus simples. Alors que Pascal Martin, son président, appartient, lui-aussi, à la même formation que le chef de la Région. « Il y a des divergences sur certaines politiques publiques », affirme-t-on dans les rangs de l’opposition socialiste au Département de Seine-Maritime. Et de pointer le récent abandon, « sans concertation », du soutien régional au fonctionnement de la base de loisirs de Jumièges. Ou encore le lourd dossier du Transmanche, sur lequel le candidat Morin s’était engagé à apporter un concours financier qui, pour le moment, ne s’est toujours pas matérialisé. Les discussions entre les deux collectivités achoppent sur l’objet de la participation financière, entre soutien au fonctionnement ou à l’investissement

Hormis ce point dur, il y a un autre sujet purement politique qui pourrait créer quelques dissensions entre les deux élus centristes. « Pascal Martin n’apprécie pas la bonne entente entre Hervé Morin et Frédéric Sanchez, le président de la Métropole de Rouen », soutient Alain Lambert. D’autant que cela intervient au moment même où le socialiste rouennais lorgne sur les compétences départementales, affaiblissant par la même une collectivité en grande difficulté financière.

Pour cette raison et celles évoquées plus haut, « décision a été prise, à l’unanimité des présidents, de ne plus inviter Hervé Morin aux réunions », affirme Alain Lambert. Le G6 repasserait donc en mode G5. Comme c’était le cas avant la victoire du centriste aux régionales. Selon Alain Lambert, il n’y aura plus de G6. « Tout cela est fini », lance-t-il. « C’est faux », s’exclame-t-on au cabinet du président de Région, glissant qu’une nouvelle réunion est prévue « en janvier 2018 en Seine-Maritime ».

En attendant, c’est le G5 qui se trouvera sous les feux de la rampe d’ici quelques jours. Les cinq présidents de Départements doivent en effet se retrouver le 4 décembre prochain à Alençon. Et l’ancien ministre du Budget de Jacques Chirac de s’épancher sur ce qu’il croit savoir de leurs intentions : « Ils attendent la fin du mandat et nous mettrons tout en oeuvre pour faire battre Hervé Morin. » « Quitte à voter pour les socialistes », poursuit Alain Lambert qui se dit prêt « à figurer, en position non éligible, sur une prochaine liste de gauche ».

Diantre ! Faut-il que le contentieux soit sérieux pour envisager de rejoindre « l’ennemi ». Dès à présent, l’ancien sénateur de l’Orne met en garde Hervé Morin : « Sa majorité est étriquée, si chacun des présidents de Départements faisait en sorte qu’un conseiller régional issu de son territoire ne votent pas avec lui, Hervé Morin serait mis en minorité… » A bon entendeur…

Kader Chekhemani dans la même foulée que Frédéric Sanchez

Il est des recasages plus rapides que d’autres. Et à ce niveau au moins hommes et femmes politiques font souvent preuve d’efficacité. C’est ainsi que, trois à quatre mois après la défaite de la députée socialiste Valérie Fourneyron aux législatives de juin, un de ses ex-collaborateurs parlementaires, Kader Chekhemani, 46 ans, a vite retrouvé un emploi en intégrant le cabinet du maire PS du Petit-Quevilly, Frédéric Sanchez, par ailleurs président de la Métropole Rouen Normandie.

« Aucun commentaire à faire » du côté du cabinet petit-quevillais de l’édile socialiste. L’intéressé, lui non plus, n’a pas envie de causer. « Je ne répondrai pas à vos questions. C’est dans le cadre de mon travail, de ma vie privée », balaye Kader Chekhemani au téléphone, que l’on tente de relancer sur la raison de ce refus : « Répondre à cette question serait déjà une réponse. » Les arcanes feutrés des cabinets détestent décidément la lumière. Quant au rôle qu’y exercerait l’ancien athlète spécialiste du 1500 mètres, d’aucuns évoquent une action en matière de démocratie locale. Un peu vague. D’autres sons de cloche laissent à penser qu’il viendrait épauler celle qui, en 2020, pourrait tenter de succéder à Frédéric Sanchez, lui qui a déjà annoncé qu’il ne se représentera pas au Petit-Quevilly, à savoir sa deuxième adjointe en charge des finances Charlotte Goujon. Un domaine que Kader Chekhemani connaît bien pour avoir été directeur de campagne d’Yvon Robert en 2014 puis de Nicolas Mayer-Rossignol lors des régionales de 2015.

« Quand le roi se meurt, les princes vont voir ailleurs »

Quoi qu’il en soit de son champ d’action, le transfert vers la rive gauche de celui qui est toujours adjoint de quartier auprès du maire de Rouen n’a pas manqué de susciter la curiosité du petit monde politique rouennais et métropolitain. « Quand le roi se meurt, les princes vont voir ailleurs », ironise avec délectation un élu écologiste rouennais. Allusion pas du tout voilée au rapport plus que tendu entre une ville de Rouen sans le sou et conduite par un Yvon Robert en fin de règne, et une Métropole riche et toute puissante dirigée par un Frédéric Sanchez dont les ambitions pour 2020 – Métropole ? Mairie de Rouen ? Les deux ? – ne font plus mystère.

La dimension politique et politicienne de ce débauchage, en effet, interroge. Très proche d’Yvon Robert et encore plus de Valérie Fourneyron, dont il fut l’adjoint aux sports entre 2008 et 2012, Kader Chekhemani rejoint un héritier pur jus du système Fabius, dans lequel le duo Robert-Fourneyron n’apparaissait pas au premier rang, c’est le moins que l’on puisse écrire.

« Après avoir perdu ses deux grandes figures, Laurent Fabius parti au Conseil constitutionnel et Valérie Fourneyron défaite aux législatives, la galaxie Fabius se reconfigure. Les grandes manoeuvres s’ouvrent pour 2020 », attaque le conseil municipal d’opposition UDI à Rouen, Robert Picard, qui poursuit dans la même veine  : Alors que la question de la succession d’Yvon Robert se pose, à l’aune également des ambitions personnelles de Nicolas Mayer-Rossignol sur les affaires rouennaises, rejoindre Frédéric Sanchez n’est pas un comportement totalement neutre. »

« Tous les socialistes sont socialistes  » 

Si Stéphane Martot estime d’abord « que ce garçon plutôt sympathique avait tout simplement besoin de trouver un travail » suite à la défaite de sa députée-patronne, l’élu rouennais EELV déroule tout de même une lecture politique de ce transfuge : « Si Frédéric Sanchez essaie ainsi d’établir des ponts avec Rouen, c’est peut-être la bonne méthode. Il n’y a en tous cas pas de hasard. Frédéric Sanchez voit loin et je fais partie de ceux qui estiment qu’il pense beaucoup aux élections municipales, et métropolitaines dans la foulée. Il ne pense même qu’à cela. »

Aucune considération de ce genre chez le communiste rouennais Didier Chartier. « Les pro-Robert, les pro-Sanchez… C’est le microcosme, ça ne m’intéresse pas, assure le conseiller municipal délégué. Il fallait qu’il trouve un travail et il a mis ses compétences au service de qui voulait. Et puis tous les socialistes sont socialistes. » Dans les rangs du PS local, justement, tous ne cherchent pas la petite bête. « C’est bien qu’il puisse rebondir au Petit-Quevilly, estime ainsi un élu socialiste de l’agglomération. Kader Chekhemani est un bon professionnel, réactif, rigoureux. Toutes qualités que l’on peut attendre dans un cabinet. » L’avenir dira rapidement si l’affaire se voulait simplement professionnelle…

Quand les médecins normands désertent aussi les centres-villes

Et le désert médical avance. A la campagne, l’écueil fait les gros titres depuis belle lurette. Beaucoup moins, en revanche, en ville où le phénomène gagne pourtant doucement du terrain. Sur le territoire de l’ex-Haute-Normandie en matière de densité médicale, si la métropole rouennaise ne peut être comparée au sud de l’Eure, à la vallée de l’Andelle ou au sud du pays de Caux, il n’empêche que la conjoncture ne s’avère guère reluisante. Tout comme les perspectives : sous l’effet conjoint du vieillissement et de la hausse de la population en Seine-Maritime comme dans l’Eure (+3 % entre 2011 et 2022, soit 1,9 million d’habitants à cet horizon), la demande en soins de proximité va inexorablement augmenter.

Les déserts médicaux urbains ? « C’est un phénomène nouveau que l’on voit se développer, commente-t-on à l’Agence régionale de santé (ARS) de Normandie. Longtemps, cela s’est concentré dans les campagnes. Aujourd’hui, certains quartiers des villes, davantage à Caen qu’à Rouen d’ailleurs, connaissent une situation de désertification, même si ça n’atteint pas des taux énormes. Après, il faut prendre en compte la désertification objective et celle ressentie. » Président de l’Ordre des médecins de Seine-Maritime et généraliste au Petit-Quevilly, le docteur Patrick Daimé observe lui aussi « cette réalité, un peu plus récente. Et, en ville, d’énormes disparités sont constatées à quelques kilomètres près ».

– 53 médecins en sept ans

Plusieurs chiffres étayent la tension actuelle et à venir. D’après une étude sur l’offre de soins de proximité en ex-Haute-Normandie, menée conjointement par l’Insee et l’ARS et publiée en décembre 2015, « le nombre de médecins généralistes libéraux exerçant en Haute-Normandie a diminué de 3,2 % entre 2006 et 2013 (soit 53 médecins). En proportion, Le Havre (-23), Elbeuf (-5) et Evreux (-11) sont les plus touchés ». Alors que, dans le même temps, un territoire tel que celui de Neufchâtel-en-Bray, rural s’il en est, a vu son offre de médecins se développer (+7). « Les tendances s’opposent quelque peu, reconnaît Jérôme Follin, un des statisticiens de l’Insee qui a mené l’enquête. Dans les zones rurales, tel Neuchâtel-en-Bray, une politique très volontariste a été mise en place pour lutter contre la désertification, avec la création de maisons de santé qui a permis d’attirer des professionnels en les regroupant. Dans les années à venir, nous connaîtrons les mêmes enjeux en ville qu’à la campagne, même si, en zone urbaine, le problème est dilué sur une offre de médecins plus importante. »

479 généralistes à Rouen en 2013, par exemple. Mais pour combien de temps encore ? Car la région, à l’instar de beaucoup d’autres en France, fait face à un vieillissement accéléré de ses médecins. Toujours selon l’étude de l’Insee, en 2013, plus de la moitié d’entre eux avaient plus de 55 ans, en Seine-Maritime comme dans l’Eure. Conséquence : quatre médecins sur dix vont y cesser leur activité d’ici 2022 ! « A l’échelle de la région, on évaluait le besoin de remplacement à 700 médecins entre 2015 et 2022, comptabilise Jérôme Follin. Ce qui donne 80 installations par an nécessaires. Or, aujourd’hui, nous en enregistrons une vingtaine… Le gap est énorme.»

Nombre de départs en retraite ne sont en effet pas comblés. Trouver un remplaçant, même dans le centre-ville rouennais ou la proche banlieue, devient un casse-tête sans nom. « L’exercice individuel a moins la cote qu’il y a vingt ou trente ans », reconnaît sans ambages le président de l’Ordre seinomarin, Patrick Daimé. A Petit-Couronne, un de ses confrères, le docteur Christian Lecoq, a été confronté à cette difficulté au printemps dernier. Ses deux confrères ayant pris leur retraite, il se retrouve seul. « Ils avaient pourtant prévu les choses et un jeune devait arriver. Mais il nous a lâché trois jours avant. Il ne s’en est pas senti capable. Je n’ai depuis aucune touche. Le problème est éternel : les jeunes voudraient gagner ce que l’on gagne en faisant le minimum d’horaires, de responsabilités et de charges », déplore-t-il. A l’entendre, les conditions de travail semblent pourtant plus que confortables : « Mes deux collègues avaient tout laissé : une patientèle, un bureau, un ordinateur. Il n’y avait qu’à mettre les pieds sous la table. »

« Depuis 2002, c’est la première fois que je refuse du monde »

Etablie dans le centre-ville de Rouen, la docteur Frédérique Martincourt constate à son niveau les dommages collatéraux de ces retraités non remplacés. « Je ne peux plus faire face à l’afflux de nouveaux patients. Depuis 2002, c’est la première fois que je refuse du monde, raconte la généraliste du haut de ses 1100 patients. Ma collègue, qui s’est installée il y a à peine un an et demi, affiche déjà complet. Nous recevons tous les jours des coups de fil de gens qui ont vu leur médecin partir à la retraite et qui en cherchent un autre. »

Début octobre, le gouvernement a présenté son plan d’action visant à lutter contre les déserts médicaux. Il compte sur les maisons de santé, la télémédecine ou encore la coopération entre professionnels de santé (notamment avec les infirmiers). Mais ne prévoit pas d’augmentation du numerus clausus, cet accès limité aux études supérieures de médecine dont l’assouplissement est pourtant réclamé par nombre de praticiens.

« Ils votent Marine et ils vous emmerdent »

C’est de saison après une élection perdue : y aller de son petit ou gros bouquin, dans le but non affiché de rester dans le jeu médiatique et politique. C’est ainsi que les anciens sbires élyséens de François Hollande, semaine après semaine, prennent la plume à tour de rôle. Après Gaspard Gantzer, l’ex-conseiller en communication, voilà Christophe Pierrel, l’ancien chef de cabinet adjoint et toujours militant socialiste, qui sort son livre mercredi 8 novembre : « Ils votent Marine et ils vous emmerdent ». Sur 96 pages, le jeune homme de 33 ans y raconte son tour de France des terres FN, où il est parti à la rencontre de ces électeurs frontistes hostiles. Entretien avec celui que les médias aimaient dépeindre comme « l’anti-Macron ».

Pourquoi ce livre ? Pourquoi maintenant ? 

Je le publie aujourd’hui, mais il raconte un voyage que j’ai entrepris entre mars et mai, pendant la campagne présidentielle. Parce que j’ai travaillé aux côtés du Président de la République, passé cinq ans auprès du pouvoir et qu’une question forcément me venait quand je voyais le Front national monter dans les sondages : qu’avait-on raté pour en arriver là ? A quel moment les pouvoirs successifs, car ce n’est pas seulement François Hollande, avaient-ils échoué pour faire en sorte que le Front national attire 11 millions d’électeurs ? Face à cette question de base, je me suis dit que le plus simple était d’aller voir ceux qui, pour la première fois, ont décidé de voter pour Marine Le Pen. Eux qui avaient pu être des électeurs de François Hollande ou Nicolas Sarkozy. J’ai essayé de comprendre ce qu’ils avaient à dire et, à partir de là, comprendre le sens de leur vote.

Comment votre voyage, votre road-trip, s’est-il mis en place concrètement sur le terrain ? 

Je suis parti de chez moi, dans les Hautes-Alpes, et ma première rencontre fut avec les agriculteurs de mon département, qui sont une des populations les plus touchées par ce changement de vote. Puis je me suis rendu seul, un peu à l’improviste, là où il fallait : sur le parking de l’usine Whirlpool, au milieu des voitures, à interroger les ouvriers. Je suis parti en plusieurs fois, pas d’une seule traite. J’ai gardé 10 % des témoignages, ceux qui étaient le plus parlant et qui ne se recoupaient pas.

Comment avez-vous ciblé les territoires où se rendre ? 

En fonction de ce que je ressentais. A Amiens, Lens, Paris, dans le Cantal, le Var, l’est de la France… Sur les parkings des entreprises, dans les cafés, par des connaissances. La méthode a été très diverse selon les cas.

Quel est le constat d’ensemble que vous pouvez dresser ? 

Un sentiment profond d’abandon par la classe politique, la classe médiatique, par tout ce qu’ils appellent les élites. Arrive un moment où ils veulent le faire payer. Sachant que j’ai éliminé d’emblée les racistes de base, le vote Marine Le Pen ne s’est pas forcément opéré dans le but de la mettre au pouvoir, mais dans celui de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière. Exprimer cette colère, d’où le titre « Ils votent Marine et ils vous emmerdent », et nous inciter à réagir. Et ça a été sans doute le défaut de la gauche pendant ces cinq ans, et de la droite avant : être déconnecté d’une France qui souffre et que l’on ne comprend plus. La gauche, particulièrement, s’est entourée de technocrates, qui maîtrisent les outils, qui savent gérer le pays d’un point de vue financier, mais qui ne savent pas répondre aux questions humaines.

Justement, vous, avec votre tête bien faite, votre profil de professionnel de la politique, l’accueil n’a pas toujours dû être très sympathique…

Ça dépend. J’en m’en suis pris parfois plein la tronche, il y a des gens qui ne veulent vraiment plus nous écouter. Le premier paragraphe est d’ailleurs le récit d’une conversation dans un bar de Lens où le gars m’envoie carrément bouler… Je n’ai pas toujours dit d’emblée qui j’étais, déjà parce qu’on ne me le demandait pas forcément et d’autre part pour essayer d’avoir une conversation un peu plus longue… J’ai un costume, certes, mais globalement dans la vie je porte des jeans et des tee-shirts. Et puis, si je fais partie de ces gens-là, j’ai la chance de ne pas être un énarque. Pendant ces cinq ans, je me suis battu pour qu’on écoute plus ce que les politiques avaient à dire. On a fait trop de communication, en pensant que les gens auraient envie de « consommer » un président comme on consomme un produit classique. Le problème, c’est qu’il faut d’abord faire de la politique, et après de la communication. On a parlé beaucoup trop de technique… Autour de François Hollande, il y avait peu de personnes qui étaient là non pour eux-mêmes, mais pour changer le quotidien des gens. On le voit dans les livres qui sortent les uns après les autres où beaucoup parlent de leur vie, d’eux-mêmes, de façon très égocentrique.

Vous visez Gaspard Gantzer ? 

Pas seulement, il y en a quatre ou cinq. (Vincent) Feltesse la semaine prochaine. Ils auraient mieux fait de se battre pour les habitants de ce pays plutôt que pour eux-mêmes. Les gens que j’ai rencontrés s’en fichent totalement des états d’âme et du nombrilisme des conseillers de l’Elysée. Plusieurs éditeurs sont venus me chercher pour que je raconte les « offs » de l’Elysée ! Je ne le fais pas, car je trouve que c’est indécent. En plus avec un président qui n’a pu se représenter, ce dont nous sommes responsables collectivement.

Avant qu’il ne renonce à se représenter, vous avez été le sniper anti-Macron dans le camp Hollande, chargé de contrer les propositions de l’actuel locataire de l’Elysée. Manifestement, votre mission n’a pas porté ses fruits… Que pensez-vous des six premiers mois d’Emmanuel Macron au pouvoir ?

Une politique favorable aux riches, aux urbains. Il ne règle pas les problèmes, il est plutôt en train de les creuser. C’est la victoire de la technocratie.

En matière de technocratie, le PS sait aussi de quoi il parle. 

Je l’admets, et c’est une profonde erreur.

Désordres et fragilités du parking de l’Hôtel de ville : embrouille souterraine entre Frédéric Sanchez et Yvon Robert

L’épineux dossier des parkings souterrains, source de grosses frictions entre ville de Rouen et Métropole, refait parler de lui. Notre rédaction a pu mettre la main sur une foultitude de documents très instructifs et recueillir plusieurs témoignages exclusifs à propos de l’ouvrage de l’Hôtel de ville. Ceux-ci éclairent d’abord les problèmes structurels rencontrés par ce parking. Mais aussi les relations pour le moins houleuses entre Yvon Robert, maire de Rouen et président de la SPL Rouen Normandie stationnement (RNS) en charge de l’exploitation des parkings, et Frédéric Sanchez, patron de la Métropole, propriétaire de l’ouvrage depuis 2015.

Focus donc sur les sous-sols de la place du Général de Gaulle. Là-bas, dans les entrailles rouennaises, ça ne tourne vraiment pas rond… Au second niveau sous terre, pas besoin d’être un spécialiste pour observer les problèmes. Ils sont visibles à l’œil nu… Des fissures au sol et sur les murs, des fers à béton rouillés, sectionnés et apparents. Mais aussi de très lourdes vibrations lorsqu’un bus traverse la place en surface. Le tableau est assez peu reluisant.

Selon un audit établi par le cabinet Egis en 2016, la situation apparaît préoccupante. « La structure semble altérée par un dysfonctionnement de son comportement issu de dilatation/retrait gêné. Cette gêne occasionne une fissuration des éléments porteurs, et dont les apports d’eau favorisent l’altération. C’est pourquoi l’arrêt de ces venues d’eau doit être réalisé à court terme pour la pérennité de l’ouvrage. » Autrement dit, le parking rencontre deux principales difficultés : l’apparition de fissures et une rupture de son étanchéité entraînant des circulations d’eau en son sein.

« Les deux problèmes se nourrissent l’un l’autre dans un cercle vicieux », explique une source très proche du dossier. « Aujourd’hui, il y a un risque pour la sécurité des usagers du parking et pour les salariés qui y travaillent », avance le délégué du personnel CGT de la SPL Rouen Park chargée de l’exploitation de l’ouvrage. La première alerte sérieuse remonte à novembre 2012. A l’issue d’un audit technique conduit par le bureau Véritas, le contrôleur écrit : « Le phénomène de fatigue est susceptible de provoquer des effondrements brutaux dans les structures. » Rien de très réjouissant. D’autant qu’en surface se trouve la façade ouest de l’abbatiale Saint-Ouen, plutôt très fragile aujourd’hui. Il faudra attendre un an de plus pour que des travaux soient réalisés. Un deuxième rapport, établi en 2014, constatera que ce problème a été réglé. Ouf, on respire. Mais ça ne dure qu’un temps…

De quoi produire un joli feu d’artifice…

A l’automne 2016, nouveau coup de bambou. Cette fois, il coule de l’eau à l’intérieur du local électrique destiné au bon fonctionnement de l’ouvrage. A l’intérieur de cet endroit hautement sensible se loge du courant 25 000 volts. De quoi produire un joli feu d’artifice doublé d’un arc éléctrique… Mis au parfum, le CHSCT de la SPL s’est très vite saisi de l’affaire émettant l’hypothèse que les salariés usent de « leur droit de retrait » si rien n’était fait dans les plus brefs délais. Dans un premier temps, une gouttière a été installée à l’intérieur du poste pour évacuer l’eau vers un endroit moins critique. Au bout de plusieurs semaines, une seconde protection sera mise en place par les services de la Métropole. Cette dernière consiste à recouvrir l’équipement électrique d’une enveloppe étanche. Un moindre mal.

« Tant que n’auront pas été réglés les problèmes de fond, fissures et fuites vont revenir », assure le délégué du personnel de la SPL. « L’eau, c’est le pire », commente de son côté Christophe Duboc, élu écologiste rouennais et administrateur de la SPL RNS. Elle finit toujours par trouver son chemin. « Il y aura d’autres problèmes », prédit déjà le conseiller municipal qui, à propos des fers rouillés et sectionnés, observe dès à présent que ce n’est « pas très rassurant ».

Contactés, les services techniques de la Métropole ne nient pas les difficultés, en particulier les fissures et les défauts d’étanchéité. Pour autant, le discours se veut réconfortant : « Il n’y a pas de risque pour la sécurité des agents et des usagers », affirme Alexandre Burban, directeur investissement, ouvrages d’art et projets neufs à l’intercommunalité qui regrette que « cette petite chanson revienne régulièrement ». A l’appui de ses dires, le technicien rappelle que la mairie de Rouen n’a jamais ordonné la fermeture d’urgence du parking en vertu de ses pouvoirs de police. « Ça veut dire qu’elle considère qu’il n’y a pas de péril grave et imminent », analyse-t-il. « Il n’y a pas de danger structurel immédiat », soutenait de son côté Frédéric Sanchez dans une missive adressée à Yvon Robert, PDG de la SPL RNS, en avril 2017.

Pas de quoi, manifestement, rassurer le CHSCT de la TCAR, gestionnaire du réseau de transport en commun. Alerté des problèmes rencontrés par le parking, l’organisme s’est officiellement saisi du dossier au début de l’été. Il faut dire que les chauffeurs de bus sont aux premières loges. Depuis 2012, la place de l’Hôtel de Ville est devenue un nœud stratégique en matière de circulation des transports en commun. Le 27 juin dernier, Jean-Claude Blot, secrétaire CGT de l’instance, a pris sa plus belle plume pour écrire au directeur de la TCAR. A la suite d’une visite aux abords et à l’intérieur du parking, le syndicaliste évoque « l’éventuelle gravité de la situation » et annonce officiellement le lancement d’une analyse de risque. Au passage, il demande la transmission de tous les documents permettant d’appréhender les difficultés dans leur globalité.

Si les avis divergent sur le niveau de danger, le constat est là : ce parking n’affiche pas une mine de capitaine. Et dans cette affaire, la Métropole, propriétaire de l’ouvrage depuis 2015, a, semble-t-il, quelque peu traîné des pieds pour s’enquérir sérieusement des problèmes. « Frédéric Sanchez a longtemps refusé de voir », avance le délégué du personnel. Selon l’entourage du président, au contraire, ce dernier mettrait tout en œuvre pour les « résoudre rapidement ». De quoi faire hurler Laurent Daupley, directeur de la société en charge de l’exploitation du parking qui a longtemps prêché seul dans le désert. « Depuis que la SPL a eu connaissance des audits de sécurité en 2011, la direction n’a eu de cesse d’alerter la métropole et notamment Frédéric Sanchez sur les problèmes d’infiltrations et des risques identifiés sur le parking de l’Hôtel de Ville. », rapporte-t-il.
Jusque très récemment, rien de sérieux n’avait été entrepris pour traiter le mal à la racine.

Très remonté, Laurent Daupley accuse même le président de la Métropole d’avoir fait l’autruche à l’aune de considérations politiques. Selon lui, au cours de deux réunions organisées en janvier et février 2016, Frédéric Sanchez aurait déclaré ce qui suit : « Quoiqu’il arrive, la métropole ne fera plus rien sur la place de l’Hôtel de Ville. Nous avons fait des travaux, il n’est pas question que l’on casse ce qui a été fait. Reprendre la place serait reconnaître notre erreur et le risque politique est trop grand. » « Les propos de M Sanchez sont restés figés dans ma mémoire au point de ne plus pouvoir en dormir … », assure aujourd’hui le directeur de la SPL. Sollicité pour réagir à ces propos qu’on lui prête, le maire du Petit-Quevilly n’a pas donné suite directement. Son cabinet s’en est chargé : « Nous démentons ces éléments et s’ils devaient être publiés, nous n’aurions d’autre choix que de saisir nos avocats. » Ambiance…

« La Métropole a conscience des problèmes, soutient Christophe Duboc, l’un des administrateurs de la SPL. Mais elle est sacrément emmerdée. » Il faut dire que les enjeux se révèlent de la plus haute importance. « Refaire l’étanchéité, cela veut dire casser les travaux précédents pour traiter le problème dans sa globalité. Cela implique également de fermer la place et de dévier toute la circulation des bus à cet endroit », détaille le conseiller municipal écologiste. On comprend aisément que la perspective n’enchante guère le patron de la Métropole, engagé par ailleurs dans un vaste programme de rénovation du centre-ville rouennais et dans la réalisation de l’axe T4.

« Les désordres sont apparus depuis la rénovation de la place de l’Hôtel-de-Ville. »

Mais ce n’est peut-être pas la seule raison qui explique son peu d’empressement à agir. Si l’ouvrage de l’hôtel de ville connaissait déjà des difficultés avant les travaux menés par la CREA – l’ancêtre de la Métropole – en 2012, ces derniers ne sont peut-être pas étrangers aux problèmes actuels. C’est tout du moins l’avis du PDG de la SPL et maire de Rouen. Dans un courrier adressé à « son camarade » Frédéric Sanchez en mars 2017, Yvon Robert livrait le fond de sa pensée après que la Métropole l’ait accusée d’avoir commis « une faute lourde » au sujet de travaux d’étanchéité non réalisés en lien avec les fuites d’eau observées dans le poste électrique :

« Les désordres que nous observons sont en réalité apparus depuis la rénovation de la place de l’Hôtel-de-Ville et la modification de la circulation des bus sur cette même place. » Non content de pointer cet élément, le maire de Rouen mettait aussi en cause la qualité des interventions réalisées par l’intercommunalité : « Les joints de dilatation ont été l’objet de malfaçons lors des travaux entrepris par la métropole, malfaçons qui sont à l’origine des dégâts, dans la structure et l’étanchéité, que les rapports observent. »

La CREA aurait-elle fait preuve de légèreté dans ce dossier d’urbanisme ? La question se pose. En 2012, les défauts d’étanchéité, pourtant déjà bien connus, ont ainsi été laissés de côté. « Nous en avons repris une partie mais pas l’intégralité », affirme Alexandre Burban. A l’époque, la question de savoir si l’ouvrage pouvait soutenir la charge de bus articulés n’a pas non plus été étudiée de manière spécifique. « Je m’inquiète du refus obstiné de faire ses études alors qu’elles sont préconisées par tous les experts sollicités », écrit d’ailleurs le maire de Rouen dans son courrier de mars 2017. Tous les audits de sécurité réalisés depuis 2012 préconisent en effet d’analyser le dimensionnement de l’ouvrage en lien avec la modification de la circulation intervenue en 2012 dans le cadre des aménagements de la ligne 7. A l’époque, la ville de Rouen était encore propriétaire du parking, mais c’est l’intercommunalité qui pilotait les travaux.

Questionné à ce sujet, Alexandre Burban, le technicien métropolitain, confirme qu’aucune étude n’a été menée en amont du chantier. « Il y avait déjà des circulations sur trois voies avec la possibilité de faire rouler des poids lourds. En réalité, le trafic n’a pas progressé », justifie-t-il. Tous bolides confondus, peut-être. En ce qui concerne les bus, c’est une autre histoire. « Depuis 2014 et la création des lignes Fast, la fréquence et l’augmentation de capacité de nos véhicules se sont intensifiées », pointe Jean-Claude Blot, secrétaire du CHSCT de la TCAR, dans le courrier qu’il a adressé à son directeur.

« Il s’agit de comprendre d’où proviennent les fissures »

Selon les informations en possession de Filfax à ce stade, aucune étude spécifique visant à mesurer le dimensionnement de l’ouvrage au regard des charges qu’il a à supporter n’a pour le moment été lancée. En revanche, l’intercommunalité a commandé de nouvelles investigations consistant en la réalisation de sondages en sous-sol, mais aussi sur la voirie en surface. Soit l’autre préconisation répétée par les très nombreux audits de sécurité établis depuis 2012. « Il s’agit de comprendre d’où proviennent les fissures », indique-t-on au cabinet de Frédéric Sanchez. Il ne faut jamais désespérer dans la vie…

Les observateurs les plus avertis auront pu apercevoir ces derniers jours que la circulation des bus avait été temporairement modifiée en face de la mairie. A plusieurs endroits, des trous ont été percés. Les multiples alertes lancées par la direction de la SPL devant le conseil d’administration, le comité des risques ou de l’inspection du travail et de la préfecture auront donc fini par payer. Le résultat de ces études n’est pas encore connu. Une fois achevées, on devrait en savoir plus sur l’origine des désordres ainsi que sur le programme de travaux et les coûts afférents.

Sans se montrer très précis, Alexandre Burban à la Métropole, évoque déjà un chiffrage « en millions d’euros ». D’ores et déjà, l’intercommunalité a provisionné 300 000 euros au budget 2018 pour lancer le marché de maîtrise d’œuvre. Le technicien se veut plutôt confiant sur les modalités du chantier. « Des solutions existent pour traiter l’étanchéité depuis l’intérieur de l’ouvrage », explique-t-il. Ce qui permettrait, au moins, de ne pas avoir à casser les aménagements neufs du dessus. Toujours ça de pris. Pour le reste, les contribuables ont des chances d’y laisser des plumes.

« Cela aurait coûté quelques centaines de milliers d’euros si on avait fait les choses bien dès le départ », glisse un interlocuteur anonyme très proche du dossier. En mars 2017, Yvon Robert ne disait pas autre chose dans son courrier au vitriol : « Le fait d’avoir attendu six ans pour s’attaquer aux sources des problèmes en aura significativement augmenté le coût de réparation. » Inévitablement va se poser la question de qui doit payer. « C’est à l’exploitant de le faire », estime aujourd’hui Alexandre Burban en vertu des termes de la convention de délégation. Si cela devait dépasser la somme retenue pour les travaux (6 millions d’euros pour trois parkings), la Métropole aurait logiquement à payer le surplus. A la condition expresse que rien ne bouge dans le contrat qui l’unit actuellement à la SPL. Ce qui n’est pas garanti.

« Un conflit d’égo »

Il y a quelques semaines, Filfax révélait que l’intercommunalité souhaitait les modifier en profondeur. A l’époque, cette dernière n’avait pas voulu commenter l’information. Aujourd’hui, elle se montre plus prolixe. « Il a été convenu entre la ville, la SPL et la Métropole une modification du contrat de façon à ce que la Métropole puisse gérer directement les travaux à programmer tant au parking de l’hôtel de ville que dans les autres parkings dont elle est propriétaire depuis 2015 », confirme-t-on aujourd’hui dans l’entourage de Frédéric Sanchez. A propos du calendrier, Alexandre Burban parle d’un démarrage du chantier « courant 2019 ». En espérant que, d’ici là, les problèmes ne s’aggravent pas. Mais surtout que les différentes parties intéressées parviennent à s’entendre.

Les relations sont aujourd’hui exécrables entre Laurent Daupley, le directeur de la SPL, et Frédéric Sanchez, président de la Métropole et actionnaire majoritaire de la SPL. Et ça va à peine mieux entre ce dernier et Yvon Robert. Entre eux, cela reste compliqué, spécifiquement autour de ces problématiques de parkings souterrains. « Un conflit d’égo où aucun des deux ne souhaite perdre la face », résume un élu rouennais sous le sceau du off. Contacté, l’édile rouennais n’a pas répondu à notre demande d’interview. Son directeur de cabinet nous a juste fait savoir « qu’il n’y avait pas de divergence de vues entre Rouen et la Métropole au sujet du parking de l’Hôtel de Ville ». « L’esprit humain a une grande affinité pour le rêve qui le conduit sans effort vers des pays enchantés », disait Erasme dans son Eloge de la folie en 1511. Cinq siècles plus tard, la ville de Rouen en apporte la plus éclatante des confirmations…