octobre 2017 – LE POULPE

Autoroutes de Normandie : les automobilistes devraient avoir à payer des travaux surfacturés

Quand y’a de la gêne, y’a pas de plaisir ! L’adage convient parfaitement au dernier plan d’investissement autoroutier acté en janvier et négocié à la va-vite entre François Hollande et les sept heureux concessionnaires d’autoroutes présents sur le sol national. Un plan étrillé, dispersé façon puzzle par l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières, l’Arafer. Et cet organe public indépendant de nous apprendre, dans un rapport publié le 14 juin sans énorme publicité, que les coûts des travaux prévus, sur lesquels une hausse supplémentaire des péages de 0,4 % pendant trois années consécutives (2019, 2020 et 2021) a été « négociée » et donc indexée, ont été largement surestimés par les sociétés d’autoroutes. Pas un souci pour l’Etat qui avait ratifié ce plan plus que bancal sans sourciller…

A l’arrivée, l’Arafer, dont l’avis n’est que consultatif, il ne faudrait pas exagérer, estime « que les augmentations des tarifs de péages prévues excèdent le juste niveau qu’il serait légitime de faire supporter aux usagers ». Et demande gentiment « une révision des projets d’avenant, qui n’apparaissent pas répondre, en l’état, aux exigences de la loi ». Saisi par le gouvernement, le conseil d’Etat doit également se prononcer sur la validité de ces contrats.

Pour mémoire, ledit plan, d’un montant de 803,5 millions d’euros au plan national, vise à confier aux concessionnaires la réalisation de 57 opérations consistant, dans leur majorité, en la création d’échangeurs et d’aires de covoiturage ainsi que des travaux de nature environnementale (bassins de rétention des eaux). Tout cela financé essentiellement par la hausse des péages évoquée plus haut et par des subventions des collectivités locales. Dans la région, 47 millions d’euros doivent être investis.

Pour les aires de covoiturage, un supplément allant de « 75 à 200 % » par rapport au prix du marché

Nécessaires ou pas ? Correctement évalués ou pas ? A l’épreuve de ce passage à la moulinette de l’Arafer, la Normandie et les autoroutes A13 et A 29, gérées par la Société d’autoroutes Paris-Normandie (SAPN), filiale du groupe espagnol Abertis, ne sont pas en reste. Et ce n’est pas un petit crochet du droit que l’autorité de la route envoie au duo Etat – SAPN, c’est carrément une avalanche d’uppercuts. D’abord sur la plus grosse opération à venir, la construction d’un demi-échangeur à Heudebouville sur l’A 13, près de Val-de-Reuil dans l’Eure, présentée depuis l’origine comme ayant un intérêt régional (13 M€, dont 5,5 M financés par les automobilistes via la hausse des péages, 3,5 M par la SAPN et 4M par les collectivités locales) : « Tout en contribuant à résoudre des difficultés de congestion de la voirie locale, l’opération ne semble pas présenter d’incidence significative positive sur l’exploitation de l’autoroute existante et, dès lors, peut difficilement être regardée comme répondant à la condition stricte de nécessité ou d’utilité au sens de l’article L.122-4 du code la voirie routière, qui permettrait d’en assurer le financement, même pour partie par l’usager. » Et ce n’est pas tout : « L’Autorité relève que le coût de construction présenté dans le dossier de saisine serait supérieur de plus de 10 % au coût de référence. » A la bonne heure !

Même gonflement des prix concernant la réalisation d’aires de covoiturage aux abords des entrées et sorties d’autoroute. Normalement nous dit l’Arafer, le coût moyen d’une telle place de parking s’établit entre 3 et 4 000 euros. Or, dans ce plan concernant l’A 13, il est compris entre 7 et 9 000 euros. Un petit supplément allant de « 75 à 200 % » par rapport au prix du marché !

Ce grand écart s’observe aussi du côté du programme de protection de la ressource en eau (réseaux étanches de collecte, bassins). A lire le rapport de l’Arafer, le coût retenu par la SAPN et l’Etat pour ces ouvrages s’avère « 30 à 35 % » supérieur « à la borne haute des valeurs de référence ».

Plus fort encore : le réaménagement de la bretelle des Mureaux, en Ile-de-France, est « déjà prévu au titre du contrat de concession » classique et n’aurait donc rien à faire dans ce nouveau plan d’investissement. Surtout, écrit l’Arafer, il ne saurait donc faire « l’objet d’une compensation additionnelle par la voie d’une hausse des tarifs des péages ».

Tarifs des péages : + 20 % en dix ans

Contacté afin de réagir à ces aimables observations, le ministère des Transports ne s’est même pas embêté à nous répondre. La Région Normandie, qui prend à sa charge 2 millions d’euros, non plus. La SAPN, pour sa part, a accepté de nous répondre, mais pour courageusement se défausser et renvoyer la balle… à l’Etat. « L’avis de l’Arafer, qui n’est que consultatif, a été adressé à l’Etat et pas à nous, ose la direction de la communication du groupe SANEF-SAPN. Le cycle normal est d’attendre que tout cela passe en conseil d’Etat, avant de nous revenir. On a bien pris connaissance de son attente, mais nous nous sommes délégataires d’un service de l’Etat, on n’est pas une filiale d’un groupe de BTP (NDLR : contrairement à d’autres concessionnaires tels Vinci ou Eiffage), donc en plus nous n’avons aucun intérêt à pousser des travaux qui ont tous été discutés avec les collectivités et validés par l’Etat. » Les pousser, peut-être pas, mais en obtenir le meilleur retour sur investissement lorsque l’Etat les impose, sans aucun doute.

En apparence conscient de l’impossibilité de continuer à « vendre » aux automobilistes ces formules « travaux contre hausse des péages ou allongement des durées de concession », le gouvernement a récemment annoncé la fin de ces plans de relance, demandant aux sociétés autoroutières « de faire preuve d’imagination ». « Il y a eu beaucoup de débats sur la rentabilité. Il faut que les sociétés concessionnaires l’entendent », a d’ailleurs estimé la ministre des Transports, Elisabeth Borne.

Pour rappel, les tarifs des péages ont augmenté de 20 % en dix ans à la suite de la privatisation des autoroutes décidée en 2006 par le Premier ministre de l’époque, Dominique de Villepin. Quand il n’était pas occupé à porter haut les valeurs de la France à l’ONU…

Région Normandie : turbulences autour d’un voyage à 89 000 euros

Attention, polémique en vue à la Région Normandie ! C’est Nicolas Mayer-Rossignol, fer de lance de l’opposition socialiste, qui a allumé la mèche lors d’un discours prononcé devant l’assemblée plénière de la Région qui se tenait ce lundi 16 octobre.

Au détour de sa prise de parole, l’ancien président glissait un petit taquet à l’exécutif à propos de ses choix budgétaires : « Les associations qui vont voir d’un côté leurs subventions régionales diminuer l’année prochaine vont se demander, légitimement, pourquoi de l’autre côté on dépense 90 000€ pour emmener, aux frais de la Région c’est à dire du contribuable normand, trois élus, trois collaborateurs de cabinet et six journalistes (oui, six!) en Corée, en Chine et en Australie. » Si l’on n’est pas dupe des intentions politiciennes de l’élu socialiste, on peut tout de même s’interroger sur ce voyage et son prix.

Une délibération adoptée en commission permanente, dont Filfax a pu prendre connaissance, permet d’en savoir un peu plus. La mission économique et institutionnelle normande se rendra en Corée du Sud (Incheon, Séoul), en Chine (Shanghai) et en Australie (Sydney, Adélaïde) du 28 octobre au 4 novembre. Ce déplacement vise, entre autres, « à promouvoir l’excellence des filières économiques normandes ou à développer l’attractivité de la Normandie ».

La délégation normande sera conduite par Hervé Morin, le président, François-Xavier Priollaud, vice-président en charge des coopérations interrégionales et David Margueritte, vice-président en charge de la formation. Seront en outre du voyage Laurent Ronis-Le Moal, directeur de cabinet d’Hervé Morin, Alexandrine Salvi, conseillère presse de l’élu centriste, et un chargé de mission en coopération internationale. Et donc six journalistes. A l’inverse de la flopée de chefs d’entreprises et de personnalités diverses et variées qui se déplacent, elles, à leurs frais, les individus mentionnés précédemment seront « subventionnés » par la collectivité régionale.

Selon les termes de la délibération, il est prévu « de prendre en charge aux frais réels les frais relatifs au déplacement de la délégation (transport, hébergement, repas …) et aux activités organisées avec des personnes externes et internes à la Région durant cette mission (dîners officiels, interprétariat, événement de promotion, visites, transports …). » Le budget global de l’escapade s’établit très exactement à 89 000 euros.

Interrogé par la suite sur le fond de sa pensée, Nicolas Mayer-Rossignol se montre plus précis : « Sur le principe, je n’ai rien contre les voyages pour aller promouvoir les entreprises normandes à l’étranger. Je l’ai fait moi-même lorsque j’étais en responsabilité. Je m’interroge néanmoins sur la pertinence d’emmener six journalistes. Quelle est la valeur ajoutée pour la Région ? », questionne-t-il. Et d’estimer « qu’ils ne vont pas aider les entreprises à vendre à l’export, mais plutôt servir la communication politique de l’élu. « Tout cela me semble cher, cela va être un beau voyage », conclut-il, un tantinet cynique. « On n’est pas vraiment dans la sobriété », approuve de son côté Claude Taleb, élu écologiste régional.

Sollicitée, la collectivité contre-attaque en dénonçant « une polémique politique »« Tout cela est très classique, ce n’est pas le premier voyage de la sorte que nous faisons et cela n’a jamais fait l’objet de critiques particulières », s’offusque la conseillère presse d’Hervé Morin. Et de rappeler que Nicolas Mayer-Rossignol et Laurent Beauvais « faisaient de même » lorsqu’ils étaient aux manettes. « Tous deux étaient partis pour l’exposition universelle de Milan en 2015 pour 48 h au prix de 25 000 euros », illustre-t-elle. Selon elle, les 89 000 euros dépensés aujourd’hui produiront « des retombées économiques pour le territoire normand ».

A la question de savoir s’il y a nécessité d’embarquer six journalistes, la conseillère presse affirme « que cela ne change pas de ce qui s’est fait auparavant », rappelant que « les médias n’ont pas les finances pour emmener les journalistes à leurs frais »« Dommage que les rédactions n’aient pas les moyens de leur indépendance », commente Claude Taleb. Les heureux élus seront-ils là pour assurer la com’ de l’ancien ministre de la Défense comme le laisse entendre l’ex-président de région ? « En aucune manière. Ils sont libres de faire ce qu’ils veulent. Nous sommes attachés à la liberté de la presse. Nous ne les invitons pas pour faire la promo d’Hervé Morin », tente Alexandrine Salvi.

Seront du voyage des confrères de Paris Normandie, Ouest France, Publihebdos, France Bleu et France 3. A notre grande stupeur, Filfax ne fait pas partie des heureux élus. « Vous le serez certainement un jour », assure la conseillère du président. On attend l’invitation avec impatience…

Près de Dieppe, polémique atomique autour d’un jardin public

« En ce qui me concerne, c’est un non-sujet ». Voici comment a réagi Jehan-Eric Winckler, sous-préfet de Dieppe, aux questions de Filfax à propos de la transformation de l’ancienne usine Bayard en un parc public à Saint-Nicolas d’Aliermont dans le nord de la Seine-Maritime. A en croire le collectif antinucléaire Stop EPR, ni à Penly ni ailleurs, les choses ne sont pourtant pas si simples. Ses militants mettent en doute l’optimisme des décideurs dans ce dossier…

Pendant de très longues années, le site Bayard a en effet abrité des activités extrêmement polluantes. Et aujourd’hui, ses sous-sols recèlent encore quelques joyeusetés, entre autres des hydrocarbures volatils, du tetrachloro-éthylène ou du trichloro-éthylène. A chaque fois, des substances hautement toxiques et cancérogènes. Avec, en guise de dessert, du tritium et du radium, deux éléments radioactifs. « La peinture au radium a des propriétés luminescentes, elle servait à recouvrir les aiguilles des réveils produits dans l’usine », détaille Guillaume Blavette, animateur du collectif antinucléaire.

Rouvert au public depuis le printemps dernier, cet espace de 2,5 ha a été entièrement reconfiguré. Exit la friche industrielle, place à un joli parc avec ses vastes pelouses, un skate-parc ou encore des tables de pique-nique. De prime abord, l’endroit est des plus accueillant, surtout en ce lundi 16 octobre au matin où l’été a décidé de jouer les prolongations. Derrière la belle carte postale, le collectif antinucléaire, néanmoins, s’inquiète.

Selon Guillaume Blavette, « les travaux de dépollution n’ont pas été suffisants » pour garantir que les usagers du parc puissent s’ébrouer sans le moindre risque pour leur santé. « Pour l’essentiel, les aménageurs se sont contentés de déverser 30 cm de terre végétalisée à la surface du site, détaille-t-il. Pour la zone la plus critique, celle de l’ancienne chaudière, une géomembrane textile a été installée aux fins de confinement. Nous restons dubitatifs quant à la capacité de ces dispositifs d’anéantir tous risques de contamination pour les usagers. » Outre la chaudière, plusieurs fonds de puits contaminés ont également été comblés et fermés.

« Plus le moindre risque pour la santé »

« Les travaux de dépollution ont été parfaitement menés, rétorque, quelque peu excédé, le sous-préfet de Dieppe. Tout a été fait dans les règles, sous le contrôle de l’Ademe et de la Dreal. Et des contrôles périodiques, via des puisomètres, seront effectués pour s’assurer qu’il n’y a aucun problème. » Selon lui, « il n’y a plus, à ce jour, le moindre risque pour la santé ». Blandine Lefèbvre, maire UDI de Saint-Nicolas d’Aliermont mais aussi présidente de la commission locale d’information sur le nucléaire (CLIN) Penly/Paluel, ne dit pas autre chose : « Il n’y a plus de souci pour moi. Toutes les étapes administratives et réglementaires ont été respectées. Il n’y a plus de sources de pollution, tout a été enlevé. Je suis assez étonné que l’on en reparle aujourd’hui. »

De quoi faire tiquer Jacky Bonnemains, porte-parole de l’association des Robins des Bois. Il suit le dossier Bayard depuis de nombreuses années et ne tient pas tout à fait le même discours. « Devant l’ampleur et le coût des travaux de dépollution, on a laissé sur place des tâches de radium, avance-t-il. Sans parler d’autres points chauds qui n’ont peut-être pas été détectés au moment des sondages. » Selon lui, cette persistance de la radioactivité, même en sous-sol, « n’est pas exempte de risque »« Cela peut remonter par les racines des arbres et de la végétation », s’inquiète notamment le militant écolo.

« Tout ça n’est pas très raisonnable… »

« La reconversion, tel qu’elle a été menée, n’est pas satisfaisante », estime-t-il. Et de se dire « embêté » par le choix de la municipalité de réaménager les lieux en un parc public avec des jeux pour enfants. « Tout cela n’est pas très raisonnable. Selon nous, la solution la moins pire était d’en faire un parking », conclut-il. Une option que défend également le collectif Stop EPR, ni à Penly, ni ailleurs. Quand les écolos en viennent à réclamer un parking… Après avoir investi plus de trois millions d’euros – Etat, Europe et commune – dans l’opération de réhabilitation, il semble peu probable que les décideurs publics reviennent en arrière.

Même en écartant le discours alarmiste des écologistes, il n’y a qu’à lire le rapport de l’inspection des installations classées devant le conseil départemental de l’environnement, des risques sanitaires et technologiques (CODERST) pour battre en brèche l’optimisme des décideurs publics. Un paragraphe y est sobrement intitulé « évaluation des risques sanitaires résiduels ». Ce qui prouve bien que le site n’a rien de l’endroit lambda et le qu’il abrite encore des foyers de pollution. Le passage en question concerne d’éventuelles contaminations radioactives pour les usagers du parc. Selon les différents calculs et les scénarios envisagés par les services de l’Etat, le risque de danger pour la santé humaine apparaît cependant nul. On respire. Au moins pour le moment…

Commande d’une étude indépendante

Pour Guillaume Blavette, les évaluations réalisées en amont ont été « très optimistes en termes d’exposition ». Le collectif antinucléaire qu’il anime s’est donc rapproché de l’association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest (ACRO). « Nous avons demandé un devis en vue d’effectuer une campagne indépendante de mesure et de prélèvement sur le site », révèle Guillaume Blavette, occupé en ce moment à réunir les fonds nécessaires pour déclencher l’opération. Les mesures de rayonnements gamma ambiants seront effectués en priorité à l’aplomb des puisards comblés.

« Nous sommes des lanceurs d’alerte. On peut se tromper, mais nous voulons pouvoir juger sur pièce », justifie-t-il. Si tout se déroule sans accroc, les résultats de cette campagne pourraient être connus avant la fin de l’année. « Je n’ai été saisi d’aucune demande », s’étonne de son côté Blandine Lefèbvre, la maire de Saint-Nicolas d’Aliermont, qui rappelle « qu’il est interdit de venir faire des prélèvements et des mesures sur place sans l’autorisation de la ville »« Le parc est situé sur le domaine privé de la commune », assure-t-elle. Les techniciens de l’ACCRO sont prévenus, il ne sera sans doute pas si aisé d’aller mesurer les éventuelles pollutions encore présentes sur le site.

Si officiellement, tout va bien, l’Etat a tout de même tenu à se border à l’occasion de l’ouverture du parc. On n’est jamais trop prudent… Des précautions ont été imposées par arrêté préfectoral après avis consultatif de l’autorité de sûreté nucléaire et de l’agence régionale de santé. Excepté les toilettes publiques, aucune autre construction fermée n’est autorisée sur le site. Tout type de culture à finalité alimentaire y est formellement proscrite. L’ancienne chaudière, semi-enterrée, est ceinturée par une grille, empêchant en théorie, toute intrusion à l’intérieur du périmètre. De visu, on constate tout de même que cela n’a rien d’une muraille infranchissable… Surtout pour quelques adolescents en quête de sensations fortes.

Dans ce même document, la préfecture enjoint également la mairie de Saint-Nicolas « à densifier la végétation dans les zones radiologiquement les plus contaminées »… « Cela nous semble un peu léger », rapporte Guillaume Blavette. D’autant qu’aujourd’hui, ces buissons, censés décourager les gamins, restent bien épars. En l’état actuel, rien n’empêche d’aller farfouiller dans le sol à cet endroit.

Pas de quoi remettre en cause l’ouverture du parc Bayard. Ce dernier devrait continuer d’ouvrir ses portes aux promeneurs. Dans ses prescriptions, l’Etat donne au propriétaire – en l’occurrence la commune de Saint-Nicolas d’Aliermont – mission d’informer les visiteurs de l’état du site et de l’arrêté préfectoral encadrant les usages autorisés à l’intérieur. Ce lundi 16 octobre, aux alentours de midi, rien ne tout cela ne figurait sur les panneaux d’affichage aux entrées du parc. Sans doute un malencontreux oubli…

Lionel Descamps, l’insoumis rouennais qui voudrait supplanter cocos et écolos

Lionel qui ? Descamps. Hum… Mais si, tu sais, l’insoumis avec le catogan, le gaucho de 35 piges qu’était candidat aux dernières législatives à Rouen et Mont-Saint-Aignan pour le parti – pardon le mouvement – de Jean-Luc Mélenchon. Car oui, de nos jours, on peut séduire 4416 électeurs, réunir 13,33 % des suffrages en titillant gauche, droite et les jeunes loups de Macron réunis, sans que son visage n’ait encore réellement imprimé dans le paysage politique du cru. Le marcheur de 27 ans – et pour le coup totalement inconnu – Damien Adam a même été élu, alors… Pour ces jeunots, l’étiquette a suffi. « Bien sûr qu’il y a eu un effet national, reconnait devant l’évidence le trentenaire depuis un petit bar où il a ses habitudes, dans son quartier de la Croix-de-Pierre à l’est de Rouen. Mais il ne faut pas oublier l’effet local et l’action des militants. Si on avait fait une campagne Lionel Descamps, on aurait fait moins de 10 %. Nous avons fait une campagne France insoumise, parce que les gens votent pour un programme. » 

Pas inconnu, Lionel Descamps, mais pas loin. Au sein de la gauche de la gauche locale – ne leur parlez pas d’extrême gauche ça les agace -, certaines mauvaises langues diront que c’est parce que ses cheveux longs sortent du bois uniquement au moment des élections. Ces critiques, ce prof de sciences économiques et sociales au lycée Jean Ango de Dieppe les connaît. Et y répond à sa façon, avec sa voix posée. « Quand on est dans les manifs, on est dans le même camp… » Les querelles prélégislatives entre la France insoumise et le Parti communiste ont laissé des traces, mais nous y reviendrons (lire ci-dessous).

         A la maison, on ne parlait pas politique

Il y a une vie avant de s’embrouiller avec les cocos. Celle de Lionel Descamps démarre à Bernay, dans l’Eure. Enfance sans remous, sans grandes discussions politiques familiales non plus. Papa et maman bossent tous deux à France Telecom, monsieur comme technicien, madame aux renseignements. « On discutait peu à la maison, en tout cas pas du tout de politique. Je ne savais même pas pour qui ils votaient. Au collège, je ne connaissais même pas la différence entre la gauche et la droite. Quand je leur ai appris que je me présentais à une élection, ils m’ont dit « ne t’embêtes pas avec ça ! » Son engagement ne vient pas de là, ou alors indirectement. « Peut-être dans une volonté d’opposition. Bridé par mes parents, il fallait que je me tourne vers les autres. » L’ouverture prend forme au lycée public Fresnel, en filière ES, où cet élève « limité, disons moyen, un peu timide, mais curieux, rebelle aussi » va se plonger dans la lecture des quotidiens, façonnant doucement sa vision du monde, sans qu’il puisse alors « mettre des mots dessus ». Un souvenir remonte : « J’écrivais pour le journal du lycée. Les profs avaient censuré un de mes articles sur le spiritisme. » Le journalisme va un temps le tenter. « Objectif et neutre, ce métier ? Je n’y crois pas, c’est un peu niais comme vision. Et puis qu’est-ce que l’objectivité ? Je crois au pluralisme. » S’il dit se désoler que « les journaux de gauche se centrisent », il lit toujours la presse, « Libération, Le Monde, Le Figaro car il faut discuter avec ses ennemis », Politis surtout, un hebdo antilibéral. « Je l’ai découvert à l’université. Eux parvenaient à mettre sur le papier mon analyse. » 

Les années fac le conduisent d’abord à Caen, en Deug AES. Là il tâtonne avec ses idées, fricote à la fois avec le PCF, la LCR, les Verts de Bernay et des amis syndicalistes à l’Unef, qui l’initient au Parti socialiste. « J’ai d’ailleurs rencontré Mélenchon à cette époque. ll avait un pied au PS, un autre dehors. » Le parti de Jaurès ne le séduit pas. Le virus de la radicalité, déjà. Et l’écologie, surtout. « Mon engagement, c’est d’abord cela. » Direction ensuite Montpellier, « choisie au hasard parce que je voulais une ville moyenne, la mer pas loin ». Outre les baignades, il en profite pour décrocher un master en développement social et le Capes en sciences éco. Et puis arrive la rencontre, celle qui va le propulser dans le joyeux bain politique montpelliérain, plutôt animé à cette époque où le tonitruant Georges Frêche y fait la pluie et le beau temps. «  Je me lie avec René Revol (ami de Mélenchon qui va quitter le PS pour former à ses côtés le Parti de gauche). Nous sommes en 2008, alors qu’il s’oppose à Frêche au niveau de l’agglo, le Parti de gauche se met sur pied. Revol et les plus anciens veulent du renouvellement et me font confiance pour animer la section sur Montpellier. » 

         Plonge dans la politique à Montpellier

Dans l’enseignement ou en politique. L’heure du choix a sonné. « J’aurais pu entrer la mairie de Grabels (où René Revol est maire) et vivre de la politique. Mais je voulais vraiment être prof. » Ce qui va passer par un retour vers la pluie normande suite à une mutation, à Dieppe donc. « Je vois toujours la mer », se marre-t-il. Le normand ne lâche cependant ni le Parti de gauche, pour lequel d’ailleurs il milite toujours, ni la politique, que ce soit à Nuit debout, Notre-Dame-des-Landes ou localement lors d’un scrutin. Comme aux législatives de 2012 avec l’aventure du Front de gauche, en tant que suppléant de la communiste Céline Brulin dans la 9e circonscription de Seine-Maritime. Rebelote aux municipales en 2014 à Rouen, encore avec le Front de gauche, mais cette fois sans le PCF. « Ils nous ont lâché un mois avant l’élection. Fabius est intervenu pour casser le Front de gauche. » Le début des ennuis avec ses anciens camarades…

Camarade, un mot que Lionel Descamps ne veut plus utiliser, comme Mélenchon. « C’est galvaudé. On ne renie pas le passé, mais pourquoi s’obstiner à évoquer la lutte des classes, même si elle existe toujours, quand ça ne parle plus aux gens… » Déçu par la tournure qu’avait prise le Front de gauche, la création de la France insoumise lui redonne le goût du combat. « J’aurais arrêté sinon. Là j’ai senti un souffle nouveau. » Séduit, mais pas gaga ni dévot de JLM. « On n’est jamais 100 % d’accord avec quelqu’un. Je comprends que ses discours puissent choquer certains. Mais cela montre sa capacité de résistance s’il arrive au pouvoir.  Et puis il y a beaucoup de caricature autour de lui. »  Ok, mais dans le détail. Le Vénézuéla, par exemple ? « Il ne faut évidemment pas être binaire. Ma connaissance du pays n’est pas parfaite. Mais ils ont au moins créé un rapport de forces avec les USA. Pour la Bolivie, c’est pareil : il y a le travail des enfants, mais une bonne redistribution des richesses. Je pense qu’il ne peut y avoir de modèle. » Et la création d’un média insoumis et donc par nature orienté ? « Il ne faut pas que ça soit le média de Mélenchon. Mais on a besoin d’une contre-information. Il n’existe aucun média important anticapitaliste… »

S’adresser directement aux gens sans le filtre journalistique, Lionel Descamps s’y essaie de son côté avec ses interventions sur sa chaîne YouTube. Façon de « toucher tous ceux qui ne s’informent pas via les médias classiques », tout en ne laissant pas retomber le souffle de l’insoumission à Rouen. « On se dit qu’il faut continuer de construire, trouver un local, même si financièrement on n’a rien. » En attendant et en parallèle, le prof poursuit ses allers-retours quotidiens entre Rouen et Dieppe pour retrouver ses terminales. A qui il bourre le crâne de ses visions politiques ? « Pfff… Ils se foutent de mon parcours militant. Le programme de sciences éco est au 2/3 libéral… Voilà la plus grosse influence. J’essaie humblement d’instaurer le débat, de mettre du pluralisme sans prosélytisme, de fouiller dans les courants de pensée. L’essentiel est d’avoir des opinions. Ce serait triste si j’avais 100 % d’insoumis dans ma classe. » Comme à la maison, finalement, où le débat se poursuit. « Ma compagne n’est pas au FN, mais elle est plus libérale que moi. »

Parc d’attraction viking à Evreux : les choix très étonnants de Guy Lefrand

Guy Lefrand, le maire LR d’Evreux, est un homme avisé. Un élu qui sait mettre toutes les chances de son côté pour parvenir à ses fins. Et si, au passage, il peut soutenir financièrement quelques amis politiques, il fonce…

Et l’on parle du bébé de l’édile ébroïcien, à savoir un parc d’attractions autour de l’identité médiévale et viking. Un vaste projet annoncé en grande pompe il y a un peu plus d’un an par l’ancien suppléant du député Bruno Le Maire. Ce parc, s’il se réalise, devrait s’étendre sur une surface de 40 ha à Gauville en banlieue ouest d’Evreux.

Jusqu’à la fin 2016, il demeurait une belle idée sous le casque à corne de l’élu de droite. Pour la concrétiser, le président de la communauté d’agglomération a confié à un cabinet extérieur la réalisation d’une étude de faisabilité. Jusque-là, rien que du très classique. Il est courant pour ce type d’investissement – 80 millions d’euros estimés à parts égales entre privé et public – de procéder de la sorte.

         « Un ami politique »

Lorsque l’on découvre, en revanche, le nom de l’heureux élu, on est en droit de s’interroger. C’est le cabinet GB2A, en fin d’année dernière, qui a remporté ce marché pour un peu plus de 80 000 euros. En fouillant, on s’aperçoit très vite que le fondateur et associé de cette société est un « ami politique » du maire d’Evreux.

Gregory Berkovicz figurait en effet sur la liste de la droite conduite par le centriste Hervé Morin aux dernières élections régionales en Normandie. Outre ses fonctions de conseiller municipal de Caen et de président de Caen Event, il est aussi vice-président du délégué national du parti radical valoisien. Une formation politique que Guy Lefrand connaît plutôt bien puisqu’il dirige la ville d’Evreux avec le responsable eurois du parti, en la personne d’Olivier Lepinteur. Celui-ci officie à ses côtés en tant qu’adjoint municipal en charge des finances et des marchés publics. Ça ne s’invente pas…

Ce qui ne manque pas de surprendre, c’est également le mode d’attribution de ce marché public. L’intercommunalité d’Evreux a en effet opté pour la « procédure adaptée ». Cette dernière, autorisée pour les marchés d’un montant inférieur à 209 000 euros, offre plus de souplesse aux collectivités publiques en termes de mesures de publicité et de formalités de mise en concurrence définies par le droit européen. Au vu du montant de ce marché, Evreux Portes de Normandie était parfaitement dans son droit. Sauf que, cette décision n’a pas été sans conséquence pour le contribuable local.

         Perte d’une subvention régionale

En procédant de la sorte, la collectivité s’est privée d’une subvention régionale de 30 000 euros au titre des fonds européens. Le refus du conseil régional a été entériné par sa commission permanente en février 2017 au motif que la sélection de l’entreprise aurait dû « faire l’objet d’un appel à projet »« Soit c’est de l’amateurisme et l’agglomération ne connait toujours pas les procédures européennes, soit c’était voulu et l’équipe du maire n’a pas souhaité passer par un appel à projet. Ce qui serait très inquiétant », commente aujourd’hui Timour Veyri (PS), conseiller communautaire d’opposition, « très surpris » du choix effectué par la communauté d’agglomération.

Si l’on se penche sur les faits d’armes du cabinet GB2A, on s’étonnera également de ne trouver sur son site internet aucune mention d’une quelconque compétence en matière de tourisme. Pour l’essentiel, GB2A donne dans le conseil juridique, le montage juridique de partenariat public privé (PPP) ou encore le pilotage de projet en lien avec les fluides et les énergies renouvelables. A l’inverse, le cabinet trimbale quelques casseroles. Ainsi, le Parisien/Aujourd’hui en France évoquait « les couacs à répétitions du bureau d’études GB3E (NDLR : la filiale ingénierie de GB2A) » dans un article en date de 2011. Il était question, du côté de Bussy-Saint-Georges en Seine-et-Marne, d’un appel d’offres « mal goupillé » par le cabinet.

         « Gouffre financier »

Hugues Rondeau, l’ancien maire de cette charmante commune a été condamné en 2017 à six mois de prison avec sursis pour prise illégale d’intérêts. Dans cette affaire, l’édile avait payé ses factures personnelles d’avocats avec les deniers municipaux. L’entreprise en question n’était autre que le cabinet GB2A… Au détour de l’enquête, un collectif citoyen avait révélé qu’en 2010, le montant des honoraires versé par la ville à ce même cabinet s’élevait à plus de 900 000 euros. Pas mal pour une commune de 25 000 habitants. A l’époque, Hugues Rondeau était membre, tiens donc, du parti radical valoisien…

Les faits d’armes de GB2A n’ont, semble-t-il, pas refroidi le maire d’Evreux au moment d’accorder le marché. Rien de très surprenant. En plus de servir la cervoise à quelques compagnons, il s’assure, a priori, un avis des plus conciliant sur l’idée – controversée au niveau local – de créer un parc viking. « Ce projet est très inquiétant. L’immense majorité des parcs qui ont été lancés par des collectivités territoriales ont été de véritables gouffres financiers pour les habitants », avance Timour Veyri. A ce jour, les conclusions de l’étude sur l’opportunité de créer ce parc viking ne sont toujours pas connues. Elles seront, à n’en pas douter, parfaitement impartiales…

         Du coté de la mairie…

Sollicitée ce matin pour obtenir quelques explications autour de ce marché public, ni Guy Lefrand ni aucun de ses collaborateurs n’ont pu se rendre disponible pour répondre à nos questions. A notre grande surprise, la direction de la communication nous a renvoyé vers Gregory Berkovicz, fondateur du cabinet GB2A. De bonne grâce, ce dernier s’est plié au jeu de l’interview. Le conseiller municipal caennais trouve « légitime » que l’on se pose la question d’un éventuel arrangement entre lui et le maire d’Evreux. Cela étant, il tient à démentir « formellement » toute forme de copinage. « J’ai dû rencontrer Guy Lefrand trois fois lors de la campagne des élections régionales et je ne sais même pas si l’on s’était parlé à ce moment », explique-t-il précisant par ailleurs qu’il travaille toute l’année avec des élus de droite et de gauche. En revanche, il concède « mieux connaître » Jean-Claude Desloques, le directeur de cabinet de Guy Lefrand. « Il était à Hérouville-Saint-Clair auparavant », rapporte l’avocat caennais. Sur le fait de savoir si l’étude de faisabilité était désormais achevée, Grégory Berkovicz refuse de répondre, se retranchant derrière le sacrosaint « secret professionnel ». Il indique simplement « que sa société, au sein d’un groupe d’entreprise, a en charge l’étude de faisabilité juridique et non pas technique » de ce projet de parc d’attraction.