mai 2017 – LE POULPE

Micmac entre FO – Police municipale et Luce Pane à Sotteville-lès-Rouen

Etonnante bisbille entre un syndicat de policiers municipaux, en l’occurrence Force ouvrière – Police municipale, et une collectivité, la mairie de Sotteville-lès-Rouen. Qui voit aujourd’hui ledit syndicat monter au créneau publiquement, et s’interroger dans un message posté sur Facebook mardi 23 mai et intitulé « Mais que se passe-t-il à la police municipale de Sotteville-lès-Rouen ? »

Le différend trouve son origine il y a plusieurs mois, en août 2016. Un policier municipal sottevillais, Xavier M., désormais en poste dans une autre commune de Seine-Maritime depuis janvier 2017, se pose des questions sur ses horaires et cycles de travail, qu’il estime ne pas respecter la réglementation du travail. « Je travaillais parfois sept semaines d’affilée uniquement dans la soirée et les week-ends, parfois avec seulement huit heures de repos entre deux services alors qu’il en faut 11 h, ou encore 19 heures consécutives notamment à l’occasion du festival Vivacité », raconte Xavier M., qui indique avoir « conservé trois ans de planning ».

« Il s’agit d’un mépris total de notre syndicat »

Adhérent à FO – Police municipale, Xavier M., sur les conseils de son syndicat, adresse en août 2016 une demande écrite à la collectivité sottevillaise et à sa maire, Luce Pane, l’autorité compétente en matière de police municipale. « Afin d’obtenir la délibération votée en conseil municipal qui doit fixer les horaires et les cycles de travail des policiers municipaux », explique le secrétaire général adjoint de FO Police municipale, Jonathan Scheldewaert.

Mais les choses ne s’avèrent pas si simples. « Il n’a pas obtenu de réponse à son premier courrier, poursuit Jonathan Scheldewaert. Xavier M. a envoyé un second courrier en novembre. Toujours sans réponse. En janvier, j’ai donc envoyé, sous l’égide du syndicat, un courrier simple pour demander la copie de la délibération. Là encore, pas de réponse. Courant mars, j’adresse un nouveau courrier, officiel et avec accusé de réception. Pas de réponse. Je n’ai jamais vu cela, ce n’est pas une méthode. Il s’agit d’un mépris total de notre syndicat.  Nous déplorons cette absence de dialogue avec cette collectivité.»  Et le syndicaliste de s’interroger : « Il y a deux options, soit ce document n’existe pas, soit on refuse délibérément de dialoguer avec un syndicat. » Dans son post sur Facebook, FO – Police municipale poursuit son questionnement : «  Aurions-nous mis le doigt là où cela fait mal ? »

Entre-temps, l’embrouillamini, à en croire Xavier M. et le secrétaire adjoint de FO – Police municipale, prend une autre tournure. « J’ai appris que Luce Pane a appelé le maire de la nouvelle commune (Envermeu) où je travaille. Je ne sais pas pourquoi elle l’a contacté, mais c’est troublant », considère Xavier M.. Contacté, le maire d’Envermeu, Gérard Picard, a refusé de nous répondre.

Filfax a également tenté de joindre Luce Pane afin, avons-nous expliqué à la direction de la communication de la mairie sottevillaise, d’obtenir une réaction de sa part au sujet de ce « litige » avec Xavier M.. Estimant qu’il n’y avait pas de « litige », l’édile socialiste, par la voix de ses communicants, s’est refusé à tout commentaire. Nous avons reformulé notre demande en évoquant cette fois une « opposition humaine ». Même refus. Nous avons enfin demandé à savoir si une délibération votée par le conseil municipal régissait le travail des policiers municipaux. La mairie, toujours via la direction de la communication, nous a cette fois répondu : « Il n’y a pas de délibération spécifique qui fixe les horaires de la police municipale. Ce sont les règles de droit commun qui s’appliquent. La seule délibération, c’est celle qui concerne les 35 heures et qui date de 2001. Elle a été transmise à maintes reprises à M. M. » 

Au tribunal administratif ?

Xavier M. indique, lui, avoir obtenu une seule réponse, « dans un courrier que j’ai reçu le 13 mai ». « On m’a fourni une délibération datant de 2000 qui fixe les aménagements des 35 h pour le personnel municipal », explique le policier municipal qui a transmis ce courrier à son syndicat. Et, pour ce dernier, le compte n’y est pas. « Les textes sont clairs, estime Jonathan Scheldewaert. Et cette délibération ne fixe nullement les horaires et les cycles de travail. Or, il en faut une, sinon comment compter les heures supplémentaires. » 

Dans un des commentaires relatifs à son message sur Facebook, le syndicat cite un extrait de la réglementation concernant le travail des agents territoriaux sur laquelle il s’appuie : « « Le travail est organisé selon des périodes de référence dénommées cycles de travail. Les horaires de travail sont définis à l’intérieur du cycle, qui peut varier entre le cycle hebdomadaire et le cycle annuel de manière que la durée du travail soit conforme sur l’année au décompte prévu ci-dessus (décret n° 2000-815 du 25 août 2000, art.4). L’organe délibérant de la collectivité ou de l’établissement détermine, après avis du comité technique compétent, les conditions de mise en place des cycles de travail (décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001, art.4). La délibération doit préciser la durée des cycles, les bornes quotidiennes et hebdomadaires, les modalités de repos et de pause. Les cycles peuvent être définis par service ou par nature de fonction. »

Le syndicat FO – Police municipale dit aujourd’hui « toujours attendre qu’on lui réponde ». Il y a un mois, il a également saisi la commission d’accès aux documents administratifs. Assurant « qu’il ne lâchera pas l’affaire », FO – Police municipale pourrait également porter ce différend devant le tribunal administratif, « même si on essaie d’éviter cela », précise Jonathan Scheldewaert, ajoutant : «  Il faudra de toute façon solder cette affaire. »

Dans l’Eure, l’investiture d’une « Grande Gueule » de RMC devenue marcheuse ne plaît pas à tout le monde

Après le Crif, des militants d’En Marche du côté de Vernon et de Gisors. Depuis que les noms de la plupart des candidats de la République en marche (REM) aux législatives sont tombés, pas un jour ne passe sans que certains, ici et là en France, ne soient contestés pour des motifs divers. Les premières critiques émanaient du Conseil représentatif des institutions juives de France pour des tweets jugés antisémites, cette fois ce sont plusieurs militants eurois du mouvement d’Emmanuel Macron qui montent au créneau contre l’investiture de Claire O’Petit, une des Grandes Gueules de l’émission du même nom sur la radio RMC, dans la cinquième circonscription de l’Eure (Vernon, Gisors, Les Andelys) où la sexagénaire à la gouaille bien connue des auditeurs réside depuis plusieurs années.

Hier mardi 16 mai, comme l’a révélé le Lab Europe 1, ces militants ont saisi en urgence la commission nationale d’investiture de la REM présidée par Jean-Paul Delevoye ainsi que le comité d’éthique du mouvement pour s’opposer à cette désignation. Au-delà du problème de renouvellement évoqué dans leur courrier, Claire O’Petit ayant été candidate MoDem en 2007 et 2012, ce sont certaines de ses déclarations proférées sur les ondes qui s’attirent les foudres de ces militants.

« Madame O’Petit est objectivement en contradiction avec la charte »

Des propos qui, à les lire, mettraient la chroniqueuse radio hors jeu car ils sortiraient du cadre tracé par Emmanuel Macron. « En faisant quelques recherches sur le profil de la candidate pour mieux se renseigner, nous avons eu la très mauvaise surprise de découvrir des propos publics très dérangeants et polémiques sur un certain nombre de sujets de société qui auraient dû la disqualifier pour prétendre à incarner les valeurs et représenter la République en Marche au Parlement en tant que représentant de la Nation. Elle s’inscrit manifestement, nous semble-t-il, en contradiction avec les critères de sélection de la Commission nationale d’investiture, la Charte des valeurs et les statuts d’En Marche ! », écrivent ces marcheurs frondeurs.

Plus loin, ceux-ci poursuivent sur le même mode : « En ayant tenu à la radio des propos outranciers ciblant des personnes aussi diverses que : certaines minorités dont les Roms, les professeurs, les socialistes, les écologistes et certains investisseurs étrangers, Madame O’Petit est objectivement en contradiction avec la Charte. »

Et ces militants de rapporter dans leur lettre les propos qu’ils jugent « outranciers ». Le Lab Europe 1 les a comparés avec les enregistrements de l’émission Les Grandes Gueules. Si certains s’avèrent exacts, qui sur « les salariées illettrées de l’usine Gad », qui sur les Roms ou les socialistes vus comme « des racistes primaires », d’autres – notamment sur les féministes – ont été déformés selon le Lab Europe 1 qui pointe « la très grande mauvaise foi » de ces militants.

Soutenue par l’état-major eurois d’En marche

Dans l’Eure, l’état-major départemental d’En marche n’approuve pas, loin de là, ces critiques et conserve son soutien à Claire O’Petit. « A ce stade, c’est clair, c’est la candidate En marche sur la 5ème, assure Fabien Gouttefarde, référent du mouvement dans l’Eure et lui-même candidat dans la 2ème circonscription. Les déclarations qu’elle a pu faire sur une radio populaire, où l’on prend des risques en parlant comme dans un repas de famille, ne constituent pas, à mon sens, des propos discriminatoires qui conduiraient à une désinvestiture. Nous n’avons d’ailleurs pas eu d’appel du siège national à ce sujet. Ce qui est en soi une information. »

Filfax a tenté de joindre Claire O’Petit. Dans un message, elle se dit prête « à nous donner sa réaction sans aucun problème ». Mais nous n’avons malheureusement pu nous entretenir directement avec elle à l’heure de la publication de cet article.

Antoine Rufenacht à propos d’une entrée d’Edouard Philippe au gouvernement : « Je n’y suis pas favorable »

Antoine Rufenacht, l’ancien maire du Havre, reçoit dans son confortable bureau du centre-ville havrais en fin de semaine dernière. Nous sommes à quarante huit heures du second tour de l’élection présidentielle. Rencontre :

Quels enseignements tirez-vous de cette séquence politique nationale ?

A bien des égards, c’est une campagne qui a été navrante. Elle ne correspond pas à ce que je souhaite pour l’organisation de la vie publique en France. Il n’y a pas eu de débat de fond. La multitude de candidats me dérange en ce sens qu’elle a entretenu beaucoup de confusion, notamment à l’occasion des joutes télévisées que j’ai trouvées sans intérêt. L’élimination de la droite républicaine et du PS dès le 1er tour pose un vrai souci. Selon moi, les partis politiques ont encore un rôle à jouer.

En quoi cela pose-t-il un souci ? Finalement, de nouvelles organisations se sont imposées au détriment de structures plus anciennes…

En effet, aux extrêmes, droite et gauche confondues, des formations se sont exprimées fortement, mais bien loin des prises de position qui sont les miennes. Quant à En Marche !, je ne sais pas ce que c’est. Pour moi, ce n’est pas un parti. Ce n’est pas non plus une association. Cela reste très flou. Pour le moment, c’est un objet politique non identifié.

A ce propos, un mot sur Emmanuel Macron ?

Sa personnalité me met mal à l’aise, et cela pour des raisons diverses. Ce narcissisme forcené, cet étalage de sa vie privée, ses discours finalement assez flous sur beaucoup de dossiers, le clientélisme dans les propos qu’il tient et, enfin, une ligne politique dont je ne perçois pas les contours aujourd’hui. Il a assurément du talent, sans doute est-il séduisant… Mais est-ce cela que l’on attend d’un président ? J’en doute.

Nicolas Sarkozy est-il sur le point de revenir pour ressouder la droite républicaine autour de lui ?

Je ne pense pas que cela soit à l’ordre du jour et je ne crois pas que cela soit dans les intentions de Nicolas Sarkozy. D’autant qu’il est prématuré de dire aujourd’hui quels seront les contours de cette famille politique dans les prochaines années.

Comment analysez-vous la défaite de votre camp dès le 1er tour de l’élection présidentielle ?

S’il n’y avait pas eu toute la polémique autour des affaires de François Fillon, il aurait été élu. Cela étant, je reste très critique vis-à-vis de la tenue d’une primaire à droite. En général, lorsque le Parti socialiste a une idée saugrenue, on cherche à l’imiter. C’est dommage. Dans notre cas, la primaire a d’abord été organisée pour éliminer Sarkozy. Force est de constater que cela a marché. A la surprise générale, c’est François Fillon qui est sorti de la boîte. Et cela s’explique assez bien. Ce sont les électeurs les plus engagés qui ont choisi. Mais cela pose problème. A partir du moment où l’on organise un tel processus de désignation, on consacre l’idée qu’il y a une légitimité issue du vote de la primaire. Ce qui, en réalité, n’est pas le cas. Les trois ou quatre millions d’électeurs de François Fillon sont une minorité par rapport à l’ensemble des personnes susceptibles de se prononcer en faveur de la droite au premier tour de l’élection présidentielle. Le résultat de la primaire ne reflète pas les véritables contours de la droite républicaine.

Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête au Havre au 1er tour. Doit-on s’attendre à la victoire de deux Insoumis sur les deux circonscriptions havraises ?

Je n’ai pas le sentiment que l’union soit totale à gauche… Le risque que cette hypothèse se vérifie est donc moins important qu’il n’y paraît. La ville du Havre est une ville qui vote traditionnellement à gauche dans les élections nationales. A l’inverse, au niveau local, elle choisit  raisonnablement la droite. Mélenchon a su, par son talent, son discours et sa démagogie, emporter le suffrage des habitants. Mais rien n’est joué pour la suite. J’espère bien qu’Agnès Firmin Le Bodo (NDLR : 7 eme circonscription) ou encore Sébastien Tasserie (NDLR : 8eme circonscription), seront élus en juin.

Faut-il s’attendre à des conséquences locales et régionales de cette séquence politique inédite observée au niveau national ?

Tout dépendra des résultats des prochaines législatives. On s’oriente vers un nombre important de quadrangulaires, voire plus. Et personne n’est capable de dire aujourd’hui ce qu’il va en sortir. A cela, s’ajoute le manque de lisibilité du programme de gouvernement de M.Macron. Pour le moment, nous sommes dans le brouillard.

On parle d’Edouard Philippe comme d’un futur ministre de Macron. Soutiendriez-vous une telle démarche si elle se confirmait ?

Non. Encore une fois, je ne me sens pas proche de M.Macron. Je n’ai pas d’affinités particulières avec lui et je ne sais pas ce qu’il veut faire. Je n’y suis donc pas favorable.

Quel regard portez-vous sur l’action publique de votre successeur ?

Oui, j’ai le sentiment qu’on est dans la continuité. Je ne regrette pas de l’avoir choisi. C’est un maire qui fait bien son travail. Mais je ne souhaite pas en dire plus. Je n’ai pas à porter de jugement critique sur l’action de la personne que j’ai désignée pour me succéder. Ce n’est pas mon rôle.

Récemment, ce dernier a été mis en minorité lors d’un vote au conseil communautaire. Comment, selon vous, doit-on l’analyser ?

Je suis très loin de tout cela. J’ai donné ma démission il y a sept ans. Et je n’ai plus d’oeil attentif sur la vie politique havraise aujourd’hui.

Un mot sur l’Axe Seine, un dossier qui vous tient à coeur. On a le sentiment qu’il ne se passe plus grand-chose sur ce dossier…

En effet, c’est une impression que je partage même si sur le plan technique, les choses avancent un peu. Cette lenteur est essentiellement due à un manque de portage. Un sujet d’une telle importance doit être endossé politiquement pour progresser. Je constate que ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Que pensez-vous de l’initiative de faire participer la vallée de Seine à la candidature de Paris pour l’exposition universelle de 2025 ?

C’est plutôt une bonne idée même si je n’ai aucune information sur le sujet.

Un mot sur les débuts d’Hervé Morin à la tête de la région Normandie ? On sait que vous n’êtes pas un supporter acharné de l’ancien ministre de La Défense.

En effet, je ne suis pas un fan absolu de M.Morin… Cela étant, les échos que j’en ai m’amènent à considérer qu’il fait plutôt bien son travail.

Qui voyez-vous émerger sur la scène politique locale dans les prochaines années ?

J’ai l’impression que le maire du Havre sort du lot. En dehors de lui, je ne vois pas grand monde…

Et à gauche ? Qui pour reprendre la suite de Laurent Fabius ?

Dans l’immédiat, je ne vois personne…

On entend beaucoup parler ces derniers temps du déclin du port du Havre. Simple mauvaise passe ou mouvement inéluctable ?

C’est un fait, le port du Havre traverse, en ce moment, une période difficile. Cela s’explique d’abord par la situation économique mondiale et notamment le ralentissement observé en Chine et en Asie qui sont nos principaux partenaires. De manière plus profonde, il y a aussi le manque d’intérêt des gouvernements français, toutes tendances confondues, pour la mer et son rôle en matière d’échanges économiques. On ne voit la mer qu’à travers le tourisme et les coquillages. Tout cela vient de loin. Historiquement, nous sommes un pays de paysans, plus orienté vers la terre que le grand ouest. Cela étant, le port du Havre a des atouts considérables dans la compétition mondiale, notamment son tirant d’eau, sa localisation géographique ou encore ses équipements… Je reste donc optimiste pour l’avenir.

Que faites-vous de vos journées désormais ?

J’ai une famille nombreuse et je m’en occupe pas mal. Je voyage et je prends soin de mon jardin. Je vois beaucoup de monde. J’essaie de rendre service lorsque je suis sollicité. Je n’ai plus de responsabilités politiques ce qui ne m’empêche pas, aussi, de rencontrer mes amis de la droite. Qui, je ne vous le cache pas, sont en ce moment, assez désabusés…

 

Edouard Philippe pressenti pour entrer dans un gouvernement Macron

Et s’il en était ? Et si Edouard Philippe, maire LR du Havre, s’apprêtait à entrer dans un gouvernement Macron. Au fur et à mesure que les jours passent, l’hypothèse prend de la consistance. De plus en plus de médias nationaux l’annoncent comme un potentiel Premier ministrable (ici ou ). Dans la cité océane, le bruit d’une probable nomination parisienne ne cesse de se répandre dans les arcanes de la droite locale. « On en parle », confirme Christian Bouchard, conseiller municipal d’opposition. Sans aller jusqu’à l’envoyer à Matignon, l’un de ses plus proches lieutenants a récemment indiqué qu’il se verrait confier un portefeuille en lien avec l’économie maritime. « Cela signifie que c’est acté », estime une élue municipale.

En tout état de cause, Edouard Philippe apparaît très « Macron compatible ». Juppéiste, il incarne une ligne de centre droit au sein des Républicains. Il rentre aussi parfaitement dans les clous fixés par Emmanuel Macron qui a évoqué, à propos de ses prochains ministres, des élus qui tirent leur légitimité de la gestion d’exécutifs locaux. Soit le portrait craché du maire du Havre. Autre atout dans sa manche, le député Philippe connaît plusieurs proches d’Emmanuel Macron et, notamment, son homologue socialiste Richard Ferrand, secrétaire général du mouvement En Marche !. De quoi fluidifier les échanges en coulisses.

Il ne dit pas non

Et ce n’est pas le seul élément qui plaide en sa faveur. Il y a aussi son positionnement lors de la séquence présidentielle. Début mars, il s’est retiré de la campagne de François Fillon. S’il a parrainé le candidat LR, il n’est pas sûr qu’il ait voté pour lui au premier tour. « Il a clairement fait comprendre qu’il ne l’avait pas fait », distille un habitué des coulisses politiques havraises.  Depuis l’annonce des résultats, à la différence de nombre de ses amis Les Républicains, il fait partie de ceux qui affichent un soutien franc et massif à l’ancien ministre de l’Economie. « Il faut l’aider », a-t-il même déclaré récemment dans les colonnes de la presse locale. Pas besoin d’être grand clerc pour décrypter.

Selon nos informations, Edouard Philippe ne dirait pas non à une participation à l’exécutif gouvernemental. A la condition de ne pas être un faire-valoir estampillé à droite dans un ensemble qui pencherait trop à gauche, type ministre d’ouverture des gouvernements Sarkozy. Si, à l’inverse, Emmanuel Macron bâtit une équipe de très large rassemblement avec la volonté de dépasser les schémas politiques traditionnels, le maire du Havre pourrait se lancer. Une prise de fonction dans la capitale lui permettrait, au passage, de se rapprocher de sa famille installée à Paris. « Il est dévoré par son ambition nationale, analyse de son côté une élue municipale. Il se voyait déjà ministre à la faveur de l’arrivée au pouvoir de son mentor Alain Juppé. Désormais, il joue la carte Macron. »

Des petits signes qui en disent long

Une stratégie qui n’est pas sans risque. Une entrée au gouvernement pourrait parasiter le bon fonctionnement de sa majorité havraise. Voire, à l’extrême, provoquer un profond divorce. Jeune, moderne, pondéré et direct, Edouard Philippe n’a jamais fait totalement l’unanimité dans les rangs de la droite locale. Il n’est clairement pas sur la même ligne qu’Agnès Firmin-Le Bodo, son adjointe à la mairie en charge de la sécurité, ou encore Jean-Baptiste Gastinne, conseiller municipal délégué au tourisme et au développement économique.

Tous deux incarnent une ligne plus conservatrice et plus à droite. Ensemble, ils ont soutenu la candidature de François Fillon jusqu’au bout. Le soir des résultats, dans la salle des mariages de la ville, l’édile havrais avait plutôt tendance à se féliciter du bon score du leader d’En Marche ! Seul dans son coin, il n’était pas aux côtés d’Agnès Firmin-Le Bodo, candidate aux législatives pour lui succéder dans la 7eme circonscription de Seine-Maritime. Des petits signes qui en disent long…

Une nomination en lien avec le maritime pourrait néanmoins lui permettre de retomber sur ses pieds et ainsi contenir les critiques. C’est en effet une mission des plus cohérentes pour celui qui conduit aux destinées de la ville du Havre, concernée au premier chef par les enjeux maritimes. Suffisant pour s’épargner un clash ? L’avenir nous le dira. En tout état de cause, Edouard Philippe ne sera peut-être plus en première ligne pour recoller les morceaux. Si le président Macron décide d’interdire le cumul entre les fonctions de maire et de ministre, l’édile havrais devra se résoudre à abandonner son poste. Mais là, c’est une autre histoire qui commence.

*Contacté, Edouard Philippe n’a pas souhaité répondre à nos questions

Caroline Amiel : « Pour se préparer à un accident nucléaire, un maire japonais nous a conseillé d’agrandir les routes pour fuir rapidement »

Conseillère régionale d’opposition Normandie Ecologie – EELV, Caroline Amiel a participé début mars à un voyage d’études dans la région de Fukushima, six ans après le tsunami et la catastrophe nucléaire. Cette biologiste, enseignante-chercheuse à l’université de Caen, est attendue ce jeudi soir à Dieppe pour livrer son retour d’expérience, à l’invitation de l’association Stop EPR ni à Penly ni ailleurs. Interview.

A quel titre avez-vous participé à ce voyage ?

Conseillère régionale Normandie Ecologie, j’avais demandé à siéger dans les instances nucléaires auxquelles la Région participe : les CLI – commissions locales d’information – pour les sites nucléaires normands. Je suis suppléante pour l’usine de retraitement des déchets d’Areva à La Hague et aussi pour l’Andra, l’agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (le stockage). C’était un voyage à l’initiative des inter-CLI de la Manche. Ils ont créé un groupe suite à Fukushima pour réfléchir ensemble aux conséquences d’un accident nucléaire. Et essayer d’écrire un livre blanc pour la gestion d’un éventuel accident dans la Manche. Ce déplacement s’inscrit dans ce cadre. Nous étions 25, des élus, des salariés du nucléaire, des associatifs, des journalistes.

Comment se sont organisées les visites ?

Nous sommes partis huit jours, du 9 au 17 mars. Un premier voyage avait été effectué il y a trois ans. Il s’était concentré sur la gestion de l’accident par les Japonais. Cette fois, il s’agissait de se pencher sur la reconstruction. Comment cela se passe-t-il six ans après ? Quelles sont les séquelles ? Ce déplacement était axé sur les conséquences sociétales. On a rencontré des agriculteurs, des pêcheurs, des pharmaciens, des médecins, des élus locaux… On a beaucoup parlé de la réintroduction des populations dans les territoires contaminés. Fin mars, justement, le gouvernement japonais a arrêté de payer des logements provisoires aux personnes qui avaient été déplacées.

Avez-vous pu parler librement avec ces personnes ou étiez-vous chapeautée par Tepco, la compagnie exploitant la centrale ?

Non, pas du tout. On avait notre propre guide et on a vraiment pu parler tranquillement, sans avoir Tepco qui nous collait aux basques. Ils nous ont reçus une journée sur le site de la centrale, ce que la délégation normande n’avait pu faire il y a trois ans. C’était intéressant de voir leur discours : ils nous ont accueillis de façon parfaite en faisant leur mea culpa. En nous montrant comment il est possible de vivre dans la région. Ce qui était compliqué à entendre pour nous, qui avons de gros doutes sur la possibilité de vivre après un tel accident dans des conditions normales.

Matériellement, on peut dire qu’ils ont reconstruit. Ils ont des équipements imposants, beaucoup d’argent a été injecté. Mais cela ne fait pas une société. Quand vous avez 10 % seulement de la population – sur les 250 000 personnes évacuées – qui va revenir, et encore uniquement les vieux car les jeunes ne reviennent pas… A l’heure actuelle, 170 000 déplacés n’ont pas regagné leur logement.

« Tout l’argent du monde ne suffira pas à reconstruire une société »

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué visuellement ?

Il n’y a plus de séquelles du tsunami et du tremblement de terre. Ce qui pouvait être reconstruit l’a été. Six ans après, les conséquences visibles sont celles de l’accident nucléaire. Ce qui reste c’est juste la désolation des villages vides et, surtout, la contamination visible puisqu’ils ont gratté toute la terre. Il y a des m3 et des m3 de terres contaminées sous des bâches vertes, qui sont absolument partout (photo). C’est effrayant. Dans un des villages visités, le maire nous a montré fièrement une nouvelle et sublime salle des fêtes municipale de 450 places, avec des jeux pour enfants… Il n’y avait personne dans son village mais tout était prêt pour accueillir les populations. Derrière une immense baie vitrée, on ne voyait qu’une chose : ces énormes bâches vertes… Cette énergie du désespoir m’a particulièrement émue. Tout l’argent du monde ne suffira pas à reconstruire une société.

C’était une terre agricole et désormais il n’y a quasiment plus de cultures, plus de bêtes dans les champs. Seuls 30 % des terres sont cultivées, mais les productions ont du mal à être exportées. Le boycott des produits de Fukushima est encore important.

Sur le site de la centrale, il n’y a plus un brin d’herbe, tout a été bétonné. Mes collègues dans le car s’extasiaient sur l’ingéniosité des Japonais et de certaines installations sur les réacteurs. Alors qu’en fait c’était juste un paysage de mort avec des gens en scaphandre, en train d’essayer de construire un mur de glace pour limiter les fuites d’eau contaminée dans l’océan et la nappe phréatique. En à peine une heure et demie sur la centrale, nous avons été exposés à la même dose de radioactivité que sur les huit jours restants du voyage ! Et ce, bien qu’équipés et abrités dans un car hermétique. Quand on ne reste que huit jours, ce n’est pas un problème, mais c’en est un pour ceux qui vont y vivre au quotidien.

Il y a aussi le souci des « hot spots », ces endroits où la radioactivité s’est développée davantage sans que l’on sache vraiment pourquoi.  Du coup, les rares enfants qui vont revenir vivront avec un dosimètre en permanence et devront suivre des chemins balisés entre leur maison et l’école.

Le gouvernement japonais incite les gens à revenir et à vivre avec la radioactivité, comme cela se fait à Tchernobyl. C’est une manière de faire accepter l’inacceptable.

Hormis ces villages désolés, croise-t-on beaucoup de monde ? L’activité est-elle visible ?

Non. Les routes ont été reconstruites, mais il n’y a pas grand-monde. Nous nous sommes arrêtés plusieurs fois dans des petites villes où des centres commerciaux essayaient d’émerger, mais il n’y avait personne… J’ai trouvé cela extrêmement moribond.

« Les pêcheurs ne peuvent vendre que 8% de leur pêche »

Lors de vos rencontres, quels ont été les discours les plus marquants et qui résument le mieux la position des habitants de la zone ?

Ceux qu’on a rencontrés montrent une belle énergie, mais ils se heurtent au manque de main-d’oeuvre, que ce soit en agriculture ou en pêche. Les pêcheurs n’ont le droit de travailler que deux jours par semaine. A la sortie, ils ne peuvent vendre que 8% de leur pêche. Ils sont obligés de mesure constamment la radioactivité, qui a beaucoup baissé sur certaines espèces. Mais ensuite il faut trouver le marché. Or, il s’est effondré. Le temps de regagner la confiance des consommateurs… Il y a aussi un déni qui s’installe pour, justement, regagner cette confiance. On ne parle pas des cancers de la thyroïde, on essaie de promouvoir coûte que coûte l’agriculture et la pêche de cette région. Mais ce n’est pas sûr que cela fonctionne.

On a vu et lu qu’il y avait un retour important d’animaux sauvages sur la zone. Des abattages massifs de sangliers ont été réalisés récemment. L’avez-vous observé ?

Non, mais les maires des villages nous ont avoué qu’il s’agissait d’un vrai problème, car ces animaux sont hautement contaminés et, une fois abattus, continuent à irradier. Il faut gérer ces carcasses. La forêt est interdite, il n’y a plus de chasse possible, donc ils se multiplient.

Vous parliez des cancers de la thyroïde. Un mot sur les conséquences sanitaires que vous avez pu observer.

On a rencontré un représentant du ministère de la reconstruction qui nous a expliqué qu’il n’y avait que peu d’impact sur la santé, que le nuage était parti vers l’océan… Il a même été jusqu’à dire qu’il n’y avait pas eu de problème réel sur la santé à Hiroshima et Nagasaki ! On s’est accrochés à nos sièges pour ne pas quitter la salle. Le déni total.

Le lendemain, on a été reçus à l’hôpital universitaire de Fukushima, dans un service de médecine de la catastrophe… J’ai d’ailleurs été marquée par l’intitulé de ces nouvelles instances. On nous a parlé de 158 cas de cancers de la thyroïde sur 300 000 enfants suivis depuis l’accident. Pour comparer, ils ont pris la province d’à côté avec une échelle pourtant incomparable. Ils prennent une valeur témoin qui n’est pas bonne. Et la période d’observation est trop courte. Je prends ces chiffres avec d’extrêmes pincettes.

En revanche, ils ont été clairs quant aux conséquences sur la santé mentale des populations. Il y a une augmentation très nette des troubles comportementaux des enfants, des dépressions et du taux de suicide. Ce dernier a été assez fort dès le départ sur l’ensemble de la zone et il perdure sur la région de Fukushima. Ce sont surtout des suicides de personnes âgées qui reviennent seules dans les villages désertés.

« Trois réacteurs normands sont à l’arrêt actuellement »

Selon vous, une catastrophe de ce type est-elle envisageable en Normandie ? Ou serait-on davantage prémunis que les Japonais ?

Une catastrophe est toujours possible. Depuis Fukushima, même les pro-nucléaires l’admettent. Autant Tchernobyl avait été considéré comme une faille du système nucléaire soviétique, autant les Japonais, bien qu’ils soient sur un terrain sismique, étaient considérés comme des gens responsables, avec une société proche de la nôtre.

D’autant que l’on constate en ce moment que trois réacteurs normands sont à l’arrêt. Deux dans la Manche et un à Paluel, en raison d’incidents. Dans la Manche, à Flamanville, une centrale qui a 32 ans, il y a eu un incendie il y a un mois et demi. Dans une salle des machines, d’accord, mais le circuit électrique touché a le même âge que celui situé proche du réacteur. A Paluel, un générateur de vapeur est tombé. Si ça ne redémarre pas, c’est parce qu’ils ne savent pas par quel bout prendre le truc.

Est-ce que les leçons de Fukushima ont été tirées, ici en Normandie ?

C’est tout le but de ce genre de voyage. A ce sujet, j’évoquerai une rencontre avec un maire à qui on demandait comment se préparer à un tel accident : il nous a répondu qu’il fallait agrandir nos routes pour pouvoir fuir rapidement ! C’était terrible comme message. Il n’y a rien à faire qu’à se sauver. Fukushima a au moins montré comment tenter de gérer l’évacuation des habitants, car il y a eu de nombreux décès liés à ces évacuations.

Dans le centre de la France, un centre de recherches de l’autorité de sûreté nucléaire travaille sur le scénario d’un accident majeur.  Avec un tas de machines, d’engins, des hommes et des femmes qui travaillent quotidiennement. Cela me fait peur, mais ça a au moins le mérite d’exister. Ce sont des choses mises en place à la suite de Fukushima.

Faire un retour aux populations, comme à Dieppe ce soir, est important. L’inter-CLI de la Manche a prévu un retour officiel, mais la bataille a été dure pour l’obtenir. C’est pour cela qu’en attendant je fais des retours individuellement.

D’aucuns vous reprochent une récupération politique avec ces conférences-débats, vous l’écologiste antinucléaire. Que cela vous inspire-t-il ?

Je les trouve assez classiques donc je ne m’y attache pas trop. Je n’ai fait que deux interventions à l’invitation d’associations. Ce n’est pas moi qui suis à l’origine de l’organisation. Je trouve que c’est mon rôle d’élue, je ne vois pas pourquoi je garderais pour moi mon expérience. J’aurai le même discours avec l’inter-CLI de la Manche.

Conférence-débat jeudi 4 mai de 18 h à 20 h dans la petite salle de la mairie de Dieppe.

D’Aubéguimont, pro-Le Pen, à Ermenouville, pro-Macron : le grand écart seinomarin

Plus qu’un carton plein, un plébiscite. Sur les 202 habitants – pour 117 votants – d’Aubéguimont, 73 ont choisi Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle, soit 62, 39 % des suffrages, le plus haut score du Front national en Seine-Maritime. « Ici, ça a toujours été comme ça, se remémore le maire, Jacky Baudon, qui a lui-même parrainé la candidate d’extrême droite, en se disant « pas FN mais en faveur de la personne » : « Ici, nous sommes fatigués des promesses de la droite et de la gauche. A la campagne, personne ne nous écoute. On veut du changement, alors pourquoi ne pas l’essayer ? »

Ici c’est donc Aubéguimont. Village en forme de longue ligne droite posé au nord du département, dans le pays de Bray, à 10 km d’Aumale, tout proche de la frontière avec la Somme. Trois commerces : un bar-tabac fermé ce mercredi matin, un garage et une casse-auto. Une école, une église, une salle des fêtes. Sur les panneaux électoraux, un seul visage, celui de la fille Le Pen. Pas la peine de s’embêter lorsque neuf personnes à peine ont choisi Macron. Ici, quand les gens vont à la ville, ce n’est ni à Rouen ni à Amiens, mais à Neufchâtel-en-Bray. Et encore, quand il le faut vraiment.

         « Je me demande comment remplir le frigo »

Le carton du FN ? Tout le patelin, qui se dit content de voir un journaliste – « pour une fois ! » -, a son avis sur la question. Même ceux qui, faute de s’être inscrits à temps, n’ont pu voter. « Mais je pense que ç’aurait été pour Marine Le Pen. » Clope au bec, Yves Blondel (en photo), bûcheron à la retraite, peste contre « toutes ces lois qui emmerdent les agriculteurs en changeant tout le temps. On leur promet des sous et ils ne voient rien venir. J’ai des amis qui attendent toujours l’argent de la PAC de l’an dernier ». 

Le travail, pour la plupart, se situe dans la terre ou dans le verre, la vallée de la Bresle étant traditionnellement une terre de verriers. « Mais y’a plus de travail et pour ceux qui paient le RSI, c’est très difficile. Il y a trop de charges », estime Geneviève Boismare, qui a tout de même voté Macron au premier tour – « je ne savais pas trop » – et qui se prépare à voter Front national dimanche prochain…

La terre ne paierait plus, moins en tout cas. « Regardez le lait, soupire Laetitia Deriemaecquer, pro-FN elle aussi. Et la viande aussi. Quand on voit son prix dans les supermarchés et qu’on compare avec celui auquel on l’a vendue… Y’a une belle marge. »

Le chômage, pourtant, est un peu moins élevé que la moyenne nationale. Le revenu médian annuel est quant à lui de 17 000 euros, soit près de 3 000 euros de moins que les Français dans leur ensemble. Et la plupart des habitants – en majorité jeunes puisque les tranches d’âges 0 – 14 ans et 30 – 44 ans sont les plus représentées – s’avèrent propriétaires de leur logement.

Un toit et un travail, Florent Sculfort en dispose. Si le trentenaire, père de famille et ouvrier dans une usine de verre, a voté FN, c’est parce qu’il « en chie de plus en plus » : «  Quand j’ai payé le loyer, l’assurance, l’électricité, je me demande comment je vais remplir le frigo. Et quand on va voir l’assistante sociale, c’est « non, désolé, vous gagnez trop ». 1400 euros par mois, vous vous rendez compte. Par contre, des aides pour les étrangers, y’en a. Ils arrivent et on leur donne des sous ! »

         « On voit la télé, on voit ce qu’il se passe »

S’il a choisi Mélenchon au premier tour, son voisin, Gaëtan Nolius, 28 ans, partage le point de vue : « On voit la télé, on voit ce qu’il se passe. Et ces gens-là qui rentrent… Il y a trop de monde en France, ce n’est plus possible. » Au second tour, l’ex-insoumis glissera le bulletin Le Pen dans l’urne.

Si elle existe peut-être à la – toute – marge, l’immigration n’est en tout cas pas visible dans cette campagne brayonne. Mais le fantasme fait sacrément peur. « Il faut un nettoyage, y va franco un des salariés de la casse-auto. On doit fermer les frontières et arrêter avec les Polonais, les Turcs. Comment les Français peuvent travailler ? On donne de l’argent aux migrants mais pas aux SDF. Je ne suis pas raciste mais nous, faut pas rêver, si on est dans la merde, personne ne nous enverra des sacs de riz. » Un des employés du garage situé juste en face embraye : «  Les familles avec les gosses, d’accord. Mais pas tous les autres. Et puis y’a aussi des kamikazes, des terroristes dans le lot. Moi, à Rouen, je ne me crois plus à Rouen. Y’a pas beaucoup de blancs… »

Occupé à tondre les herbes folles des fossés, le cantonnier du village est un des rares à avoir voté Macron. Mais il ne sait plus pourquoi…

"Des gens évolués et modérés"

Par Manuel Sanson

Ermenouville figure de proue du macronisme triomphant en Seine-Maritime. C’est ici, dans ce charmant petit village du pays de Caux, que l’ancien de chez Rothschild a fait son meilleur score. Précisément, 36,27% des voix. Soit plus de 15 points au-dessus de la moyenne départementale. Et ce, alors même que bon nombre de communes alentours se sont prononcés en faveur de Marine Le Pen.

Visuellement, le bourg de 143 âmes se compose de pavillons cossus, de nobles demeures normandes de briques rouges ou encore de constructions en bois plus modernes. Le plus souvent, de larges jardins verdoyants et fleuris accompagnent ces confortables logements. « Nous sommes un peu le petit village qui résiste à l’envahisseur », sourit Denis Guédin, le 1er adjoint de la commune. « Le vote FN a toujours été marginal à Ermenouville », se réjouit de son côté Estelle, professeur au collège de Cany-Barville et conseillère municipale, installée dans une ravissante longère normande.

         « Les gens votent plutôt PS »

Comment expliquer un tel succès pour le leader d’En Marche ? Historiquement, c’est plutôt la droite républicaine qui tenait le haut du pavé. Notamment pendant le long règne du sénateur maire Geoffroy de Montalembert. Fortuné et adepte d’une forme de paternalisme social, l’homme a profondément marqué la commune. Jusque dans les années 80, il possédait les trois quarts du village. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Et les digues politiques se sont déplacées.

« Désormais, les gens votent plutôt socialiste », observe Daniel Seigneur, maire de la commune depuis 2008. Mais l’arrivée fracassante d’Emmanuel Macron a tout chamboulé. D’autres stratégies se sont déployées. « J’ai voté Macron pour faire en sorte d’empêcher Fillon d’accéder au second tour », indique Denis Guédin pourtant encarté PS qui, constatant « qu’Hamon n’avait aucune chance » a préféré assurer le coup.

Daniel Seigneur a fait de même. Mais pour des raisons différentes : « J’ai toujours voté PS mais là je trouvais qu’Hamon n’avait pas la stature d’un homme d’Etat. » L’édile, retraité de la sucrerie de Fontaine-le-Dun, a donc glissé dans l’urne un bulletin Macron. Et il s’apprête à faire de même dimanche prochain. Tout en anticipant que cela ne changera « pas grand-chose pour son quotidien ou celui de sa commune ». A savoir les difficultés budgétaires ou la désertification du centre-bourg.

         « Le FN me fait peur »

Selon Estelle, le succès d’Emmanuel Macron à Ermenouville s’explique d’abord par la volonté de voter utile. « Les électeurs de gauche se sont portés sur lui car il est apparu comme celui le plus à même d’accéder au second tour pour battre Marine Le Pen », analyse-t-elle. De son côté, elle a tergiversé entre Macron et Mélenchon. Pour finalement choisir le second. « Je ne crois pas qu’Emmanuel Macron soit de gauche », livre-t-elle même si elle ira voter pour lui sans hésiter dimanche prochain. Avant tout pour rejeter l’extrême droite.

« Le FN me fait peur, je n’ai pas envie de ça pour mes enfants », justifie-t-elle. Pour le reste, l’éventuelle accession de Macron à l’Elysée ne devrait pas changer sa vie de tous les jours. « J’espère juste qu’il va transformer le système avec le renouvellement de la classe politique et la fin de l’affrontement stérile entre partis traditionnels », résume-t-elle. La faiblesse du FN dans le village ? « Il n’y a pas de cités ici, pas de population défavorisée. »

De toute évidence, le succès d’Emmanuel Macron à Ermenouville s’appuie aussi sur des éléments sociologiques. « Il n’y a pas de pauvres, pas de cas sociaux chez nous », observe Daniel Seigneur. Si l’on croise de tout dans les ruelles du village – retraité, professeur, ingénieur, agriculteur… – Denis, ancien chef de chantier, évoque le terme de « classe moyenne » pour qualifier le profil type de l’habitant.

         « Village évolué »

Pour l’INSEE, c’est encore plus que cela. Selon des données de 2012, le revenu médian par habitant s’établit à 24 286 euros par habitant contre seulement 19 785 constatés au niveau national. Clairement, Ermenouville abrite d’abord des gens aux salaires confortables. Et au capital culturel et intellectuel plutôt élevé.

Denis parle de sa commune comme « d’un village évolué, avec des habitants capables de réfléchir et d’appréhender la réalité ». Si elle s’est massivement prononcée en faveur de l’ancien ministre de l’Economie, c’est parce qu’il est, selon lui, « le candidat le plus raisonnable ».

Jean-Claude, retraité de Renault Sandouville confie avoir choisi Macron au 1er tour en espérant « qu’il fasse quelque chose pour lui ». Jusque-là, il votait « plutôt à gauche ». Sans s’attendre à de grands changements, il craint de voir « les impôts augmenter » en cas d’élection de son nouveau champion. Pour autant, pas question de virer de bord. « Marine Le Pen, c’est pas terrible », lâche-t-il avant de redémarrer, rigolard, au volant de son utilitaire bleu.

         « Modération politique »

« Ce qui caractérise Ermenouville, c’est une ambiance familiale, rapporte Estelle. Tout le monde se connaît, il y a une vraie vie de village. On discute, on se retrouve dans les manifestations. » Ouverture, tolérance bienveillance, meilleurs remparts contre la progression du FN ?

Denis, le retraité du bâtiment, en est persuadé. « Cela explique aussi le succès d’Emmanuel Macron à Ermenouville », analyse-t-il pointant également la « modération » politique des habitants du cru. Depuis l’annonce des résultats, il se démène auprès des gens pour les inciter à voter Macron.

A priori, il aura du mal à convaincre Céline. Rencontrée sur le seuil de sa maison, cette chômeuse, ancienne employée dans la grande distribution, n’optera pas pour Emmanuel Macron au 2nd tour : « J’ai voté Mélenchon au 1er tour et j’irai voter blanc au second ». Les deux candidats qu’on lui propose lui « font peur ».

Croisé un peu plus loin, un professeur de lycée fera de même. Sauf que lui ne se déplacera même pas jusqu’à l’isoloir : « Après avoir voté Mélenchon, je m’abstiendrai. J’en ai marre des votes par défaut. » Et de conclure : « Je n’attends rien d’une présidence Macron. » A Ermenouville, la « Macronmania » n’a pas – encore – gagné tous les esprits…

A Rouen, l’écoquartier Flaubert sur une voie de garage ?

Un écoquartier où voitures et poids lourds seraient rois ? Pour le moins incongru. Pourtant, c’est bien ce vers quoi on s’achemine en bordure de Seine, au coeur du quartier Flaubert, à cheval entre les communes de Rouen et du Petit-Quevilly. Dans ce vaste ensemble de logements et de bureaux à venir, niché entre le pont Flaubert et la prison Bonne Nouvelle, l’automobile aura encore toute sa place. A mille lieux des écoquartiers européens – allemands et scandinaves en tête – les plus ambitieux en matière…

La récente enquête publique concernant la réalisation des accès définitifs du pont Flaubert en rive gauche livre quelques précieux éléments qui donnent à voir le fonctionnement routier du futur ensemble. Ou l’on apprend que cet axe d’envergure, installé à l’extrémité ouest de la zone, accueillera près de 80 000 véhicules légers et poids lourds chaque jour.

Ou l’on saisit également que « la configuration retenue (NDLR : celle du raccordement du 6 eme pont à la Sud 3) permet d’assurer les fonctions d’échanges en lien avec le cœur de l’agglomération, les zones industrielles, portuaires et logistiques, et l’éco- quartier Flaubert ». Ces jonctions interviendront via le mail central du futur ensemble érigé en marqueur de la conversion environnementale de la métropole rouennaise.

         « 100 000 véhicules chaque jour ouvrable »

Combien de véhicules chaque jour ? Difficile à dire avec précision. Et ce, d’autant que la Métropole de Rouen, maître d’ouvrage de l’écoquartier Flaubert n’a pas souhaité répondre à Filfax. Jean-Claude Ferriol, vice-président de l’association Rouen Demain Métropole et ancien du service transport de la CREA (l’ancêtre de la Métropole), a potassé le copieux dossier d’enquête publique. Selon ses calculs, « environ 100 000 véhicules » – tous types confondus – auront à traverser la zone chaque jour ouvrable. Pas une paille…

De quoi faire dire à Jean-Claude Ferriol que ce futur quartier « n’aura pas grand-chose d’écolo ». En matière de circulation, il prédit une situation « pire qu’aujourd’hui aux heures de pointe », tablant « sur de gros embouteillages, notamment au niveau du pont Guillaume le Conquérant et dans le secteur de la prison Bonne Nouvelle ». Avec des conséquences négatives sur les voiries traversantes du quartier Flaubert : elles auront à accueillir une part de ceux qui voudraient contourner les difficultés. Autre coup de canif dans le concept originel d’écoquartier ? Le maintien de places de stationnement en surface.

Selon Jean-Claude Ferriol, l’appellation écoquartier relève d’abord du « marketing vis-à-vis des électeurs contribuables et des futurs investisseurs privés ». Si l’on se penche sur la seule circulation des camions, rien de folichon à se mettre sous la dent par rapport à un quartier classique. A priori, aucune restriction n’est ainsi envisagée pour les véhicules de plus de 3,5 t. Au grand dam de l’association Effet de Serre toi-même qui réclame à cor et à cri cette restriction. En l’état actuel des choses, rien n’interdira à un chauffeur poids lourd de s’engager à l’intérieur de l’écoquartier avant de rejoindre le mail central pour emprunter les bretelles d’accès au prolongement du pont Flaubert.

         Pollution atmosphérique

Sans même aller jusque-là, la présence d’une zone d’échange au coeur du quartier interroge. On en déduit qu’un flux de camions utilisera le mail pour rejoindre les installations portuaires. Le grand port maritime de Rouen (GPMR) doit édifier, au pied des futurs accès, le pôle multiservice Béthencourt (3,5 ha). « Un espace d’attente réservé aux semi-remorques assurant la desserte des silos Senalia », détaille Xavier Lemoine, directeur de l’aménagement du GPMR. Et de le confirmer : les poids lourds emprunteront bien, à cet endroit, « la voirie de l’écoquartier ».

« Ce ne sera pas un trafic additionnel », tient-il à rassurer glissant, au passage, que cette zone de l’écoquartier accueillera « plutôt des bureaux et non des logements ». Pas de quoi calmer les ardeurs de l’association Effet de Serre toi-même, qui plaide dans sa contribution à l’enquête publique pour que la Métropole impose aux camions un détour par le boulevard maritime. Sans, pour le moment, avoir été entendue…

« La zone d’échange au coeur du mail central est identifiée par les décideurs comme un endroit  sensible en matière de bouchons », croit savoir Jean-Claude Ferriol. Le tout à quelques centaines de mètres des logements. Les futurs occupants du quartier Flaubert risquent bel et bien d’être exposés à de hauts niveaux de pollution, notamment le dioxyde d’azote et les tant décriées particules fines.

         « Situation pour le moins inquiétante »

« Selon les données fournies dans le cadre de l’enquête publique pour les accès définitifs, c’est de l’ordre de ce que l’on observe au niveau du bas du boulevard des Belges », rapporte Jean-Claude Ferriol. Autrement dit les pires concentrations relevées aujourd’hui à l’échelle de l’agglomération… « Les futurs occupants de la ZAC Flaubert se trouveront dans une situation pour le moins inquiétante », appuie Guillaume Blavette pour l’association Effet de Serre toi-même.

Certes, l’étude d’impact conclut bien à une diminution globale des rejets après achèvement du chantier. « Au regard de ces résultats, on constate que pour l’ensemble des polluants, les émissions des scénarios à l’horizon 2027 sont en baisse par rapport a l’état initial », est-il indiqué. Cela étant, les concentrations envisagées demeurent élevées sur la zone d’étude, c’est-à-dire le coeur du futur écoquartier. Pour le dioxyde d’azote (NO2), la concentration maximale en moyenne annuelle journalière s’établit ainsi à 38 μg/m3 à l’extérieur et à 35 μg/m3 à l’intérieur des futurs bâtiments. En ce qui concerne les particules fines (PM10), les valeurs estimées se fixent respectivement à 38 μg/m3 et 28 μg/m3.

Si ces prévisions ne dépassent pas les limites prescrites au niveau français, elles les talonnent (40 μg/m3 pour les deux éléments précités). Si l’on se base sur les chiffres recommandés par l’OMS en matière de particules, le constat est encore plus préoccupant. Dans les deux cas – à l’air libre ou dans les bâtiments – la valeur de 20 μg/m3 est largement dépassée. Bien loin de ce que l’on pourrait attendre d’un quartier exemplaire en termes de cadre de vie et de protection de la santé.

De là à ne pas obtenir la labellisation à l’achèvement du projet ? A priori non. « Le label écoquartier n’est pas une norme », explique-t-on au service communication du ministère du Logement. Autrement dit, pas de valeur stricte en matière de pollution atmosphérique à respecter. De quoi contenter les porteurs de projet. Sans doute un peu moins les futurs occupants…

Nuages sur Flaubert ?

Flaubert a-t-il du plomb dans l’aile ? A en croire Pierre Albertini, ancien maire de Rouen mais néanmoins toujours bien informé, « le projet avance péniblement ». A l’occasion d’un grand entretien accordé à Filfax, il livre quelques éléments d’explication. « Compte tenu l’extrême pollution des sols, cela va coûter beaucoup plus cher qu’imaginé au départ », détaille le pensionnaire de l’Hôtel de ville de Rouen au moment de l’annonce du projet par François Zimeray (PS) alors président de l’agglomération rouennaise. Autre épine dans le pied de la Métropole selon l’ancien édile ? La difficulté à attirer des investisseurs privés tant que ne sont pas résolues les questions de circulation routière à l’intérieur de la zone. D’où la nécessité d’achever les accès définitifs au pont. Suffisant ? « Au vu des contraintes environnementales et routières ainsi que l’enchevêtrement de plusieurs projets lourds, je ne suis pas sûr qu’ils se bousculent », avance de son côté Jean-Claude Ferriol. Même son de cloche chez Robert Picard, conseiller municipal UDI de Rouen, qui évoque « ‘un pari risqué », listant pêle-mêle « le manque d’équipement structurant dans la zone, un marché immobilier assez peu dynamique et une faible croissance démographique ». Interrogée en 2016 sur le sujet, la Métropole prévoyait les premières livraisons de logement au courant de l’année 2020. Impossible de se le faire confirmer de nouveau, la collectivité n’ayant pas donné suite.