janvier 2017 – LE POULPE

Ils ont dû quitter la Normandie pour la santé de leur enfant

Pour les asthmatiques comme Lou, c’est fastoche. Même pas la peine de regarder le ciel, les prévisions d’Air Normand ou les alertes des politiques. La pollution atmosphérique et autres particules fines en suspension, le petit bonhomme de 5 ans les mesure directement avec ses bronches. Quand elles s’irritent au point de devoir filer à l’hôpital, c’est que ça ne va pas. Et ça n’allait sacrément pas en Normandie, à un degré tel que sa famille, auparavant installée à Sotteville-lès-Rouen, a dû se résoudre à déménager, l’an dernier, pour s’éloigner de la cuvette rouennaise en quête d’un air plus sain. Direction l’Auvergne et ses volcans.

Son père, Yann Anthoine, professeur de sport de 42 ans, se souvient de la galère que fut la prime enfance de son fils : « La première année, Lou faisait des bronchiolites à répétition, des otites, tout son système ORL s’irritait. Il était malade tous les deux mois, mis sous antibiotiques. A un moment, ça a dégénéré en grosse crise d’asthme, en insuffisance respiratoire avec un taux d’oxygène de 70 % seulement. Nous courions tous les trois mois aux urgences, à chaque nouvelle crise dès que le temps était pourri, humide, et qu’un rhume tombait sur les bronches. »

La vallée de Seine n’est évidemment pas seule concernée en France, mais le problème est particulièrement prégnant durant les pics de pollution. « Chez les personnes fragiles et en bas âge, cela crée des inflammations. Elles sécrètent et ont du mal à respirer, indique la pneumologue rouennaise rattachée au CHU Ourdia Toumi. En temps normal, elles sont équilibrées par leur traitement. Mais cela s’aggrave en cas de pic de pollution et d’épisode grippal, comme c’est le cas actuellement. Et elles sont contraintes de prendre des traitements beaucoup plus forts. »

En France, 48 000 décès par an liés à la pollution

Lors de ses crises, Lou se voit en effet prescrire un arsenal médicamenteux, Ventoline, cortisone et un cocktail d’antibiotiques. Une dose de cheval. « Nous avons calculé : dans ses quatre premières années, Lou a pris plus de trente traitements antibiotiques, estime le papa. Mais, au bout d’un moment, ils ne faisaient plus effet et son système immunitaire était impacté. On ne s’en sortait pas. »

Excédés, ses parents finissent par dire stop et décident de l’emmener en cure thermale en Auvergne, à La Bourboule. « Nous partions chaque année en famille pendant trois semaines », se remémore Yann. Le bienfait pour les bronches du petit Lou se fait sentir immédiatement au contact du climat auvergnat. Au point d’inciter la famille Anthoine à y emménager définitivement en août dernier. « Ici, ses crises d’asthme ne dégénèrent pas. On lui donne juste de la Ventoline. » Plus nécessaire, non plus, de courir à l’hôpital à tout bout de champ.

Ce départ forcé n’a tout de même pas été sans conséquence. Pas si simple de changer de vie. « Moi, en tant que professeur, j’ai pu obtenir une mutation rapidement au vu du dossier médical de mon fils, précise le papa. Mais ma femme, qui est ingénieur, a dû démissionner. Elle est au chômage aujourd’hui. Mon fils, lui, a perdu des copains.» Ces certificats médicaux destinés à appuyer la demande de mutation de parents désemparés, la pneumologue rouennaise Ourdia Toumi en a signés plusieurs…

Concerné au premier chef, Yann Anthoine juge avec sévérité les politiques publiques mises en oeuvre pour faire baisser la pollution : « La circulation alternée, l’appel au civisme… Ça me fait doucement rigoler. Je sais bien qu’il est difficile de ne pas prendre sa voiture et de diminuer l’activité économique, mais bon, la promotion du diesel ou le peu d’entrain à développer les voitures électriques, ça revêt bien un caractère politique, non ? On ne pourra pas tous vivre en hauteur, au dessus de 800 mètres. Un jour, on ne saura plus où aller s’installer pour y échapper. »

Selon Santé Publique France, 48 000 décès par an sont liés à la pollution atmosphérique au niveau national.

Pollution en Normandie : circulez, y’a rien à voir

pollutionAlors que plusieurs villes françaises – Lyon, Grenoble, Rennes ou Paris – entreprennent de faire diminuer les concentrations en particules fines via des mesures d’interdiction de circulation ou encore de gratuité des transports publics, les décideurs normands se montrent beaucoup plus timides.

Seules dispositions concrètes à se mettre sous la dent ? L’abaissement de la vitesse de 20km/h sur l’ensemble du réseau routier prononcé par plusieurs préfectures de département (Calvados, Eure et Seine-Maritime) et un appel au civisme. Hors de question d’envisager des mesures plus contraignantes. « La mise en place de la circulation alternée n’est pas à l’ordre du jour », a ainsi expliqué lundi 23 janvier Nicole Klein, préfète de Normandie, au plus fort du pic.

Niveau comparable à Paris et Lyon

Pour se refuser à imiter ses homologues d’Ile-de-France et du Rhône, la représentante de l’Etat avance une étrange justification : « Nous n’en sommes pas au même niveau. La pollution est moins importante en Normandie que dans ces régions. » Ce qui, après une observation détaillée des chiffres, n’est pas vrai.

Selon les données des organismes chargés du suivi de la qualité de l’air, les pics de pollution constatés dans les principales villes normandes ces dernières semaines, en particulier à Rouen, apparaissent d’un niveau comparable à ceux observés à Paris et à Lyon (lire ci-dessous).

Dès lors, la circulation alternée, l’interdiction de déplacement des vieux diesels ou encore la gratuité des transports publics constituent des mesures conjoncturelles destinées, justement, à faire descendre le curseur lors d’une explosion des seuils. Les Normands, en particulier ceux des grandes agglomérations, n’en ont pas moins besoin que les autres.

Le lobby patronal appréciera

Et pourtant… Nicole Klein évacue cette hypothèse et  préfère insister sur « les lourdes conséquences économiques » que ces dispositions entraîneraient, notamment en Seine-Maritime. « Il ne faut pas mettre en danger l’activité et l’emploi », appuie Jean-Marc Magda, son directeur de cabinet. Le lobby patronal appréciera, la santé publique, en revanche…

La préfète de Normandie avance aussi une autre raison pour justifier cette timidité en matière de restrictions de circulation : « Cela ne peut pas se faire sans l’accord des collectivités. » Manière implicite de souligner le peu d’empressement des élus locaux à intervenir avec fermeté. Même si, d’un point de vue purement légal, la préfecture peut décider seule de la mise en place d’une circulation alternée ou encore de l’interdiction des vieux moteurs diesel. Visiblement, la représentante de l’Etat ne souhaite pas aller au clash.

Sur la question de la gratuité des transports publics, les choses apparaissent plus complexes. « Je n’ai pas la main », indique-t-elle. Cette compétence demeure, en effet, du ressort des collectivités locales. Et leurs responsables, de toute évidence, rechignent à la mettre en œuvre. A l’image de l’Etat, ces derniers ne sont pas pressés de changer de dimension dans leurs réponses. D’où, peut-être aussi, leur peu d’entrain à donner suite aux sollicitations médiatiques…

Du domaine de l’incitatif

Ainsi, Joël Bruneau, maire de Caen, n’a pas pu se rendre disponible. Seul lot de consolation, une courte déclaration envoyée par courriel : « La Communauté urbaine Caen la mer incite la population à utiliser les moyens de transports alternatifs à la voiture pour ses déplacements et notamment le réseau Twisto et les lignes pénétrantes Bus Verts. Caen-la-mer invite aussi à pratiquer le covoiturage. »

Rien de très marquant, on reste dans le domaine de l’incitatif. Sur la question de restrictions plus poussées, l’élu botte en touche : « Au 1er janvier 2017, bien que cette compétence ait été transférée à l’intercommunalité Caen la mer, le pouvoir de police de circulation est resté compétence communale. Tout ce qui concerne les conditions de circulation relève des compétences des maires sur leur territoire. » Joël Bruneau, président LR de la communauté urbaine, est pourtant maire de Caen.

A Rouen, ville normande la plus concernée par les dépassements de seuils, Frédéric Sanchez, président de la Métropole Rouen Normandie, se montre encore moins loquace. L’élu socialiste n’a pas voulu s’exprimer sur le sujet – piquant – de la pollution de l’air dans l’agglomération. « Nous ne souhaitons pas répondre à cette sollicitation d’autant plus que l’alerte prend fin ce soir », nous a indiqué son service communication par SMS mercredi midi. Peut-être le socialiste sera-t-il plus disert lors du prochain pic…

« Politiques structurelles »

Seule la ville du Havre a souhaité s’exprimer sur le sujet. C’est Marc Migraine, adjoint au maire à l’environnement, qui s’y colle. A l’image de ses homologues normandes, Le Havre ne plaide pas pour l’instauration de mesures radicales comme celles évoquées plus haut : « Plus que des réactions conjoncturelles, nous nous attachons à mettre en oeuvre des politiques structurelles », explique-t-il. Et de citer « le lancement du tramway en 2012 ou encore la création d’une offre de transport public permettant de relier le centre-ville avec la zone industrielle ».

En sus, l’élu indique qu’une étude sera menée en 2018 sur l’opportunité d’instaurer une aire de restriction de circulation sans que rien, pour le moment, ne soit acté. Et de conclure : « Notre souci, c’est l’efficacité. » De toute évidence, il y a encore du travail !

Désintox

Après une fine observation des données statistiques compilées par les différents organismes de surveillance de la qualité de l’air, les affirmations de Nicole Klein, préfète de Normandie, semblent contredites par la réalité.

Entre le 19 et le 24 janvier 2017, si l’on compare le nombre de jours où l’indice ATMO* atteignait les niveaux 9 et 10, soit les plus mauvais en matière de pollution de l’air aux particules fines, on s’aperçoit que les villes normandes n’ont rien à envier à Paris. Avec trois jours dans le rouge, Caen arrive à égalité tandis que Rouen dépasse même la capitale avec quatre jours. Seul Lyon fait pire avec cinq jours. Le Havre, en revanche, arrive derrière avec deux jours.

En affinant la comparaison au mardi 24 janvier, les assertions de la préfète semblent, là encore, contredites. Si l’on se fixe sur la concentration moyenne journalière en PM 10, la station Rouen Palais de Justice joue la tête de gondole avec un niveau de 97,5µg/m3. Suivent, dans l’ordre, Lyon Jaurès avec 87, Caen Chemin Vert avec 60,8, Paris Champs-Élysées avec 52 et Le Havre boulevard François 1er à 51,6. Le seuil d’information et de recommandation est déclenché de manière automatique à partir de 50µg/m3 en moyenne journalière.

Pas de quoi se sentir particulièrement mieux loti en Normandie donc. Véronique Delmas, directrice d’Air Normand, confie ne pas être surprise par ces valeurs. « Les derniers pics n’ont pas été moins marqués en Normandie que dans le Rhône ou l’Ile-de-France, affirme-t-elle. Ce qui change en revanche, c’est la pollution et l’exposition chronique. Sur une année complète, on dénombre beaucoup plus de dépassement de seuils en région parisienne du fait d’une concentration humaine beaucoup plus importante. »

*C’est un indice de qualité de l’air qui croît de 1 (très bon) à 10 (très mauvais). Il permet de caractériser de manière simple et globale la qualité de l’air d’une agglomération urbaine. L’indice est déterminé par le maximum d’un ensemble de sous-indices, chacun d’entre eux étant représentatif d’un polluant de l’air : dioxyde de soufre (SO2), dioxyde d’azote (NO2), ozone (O3) et poussières fines (PM10).

Les véritables raisons de l’abandon du palais des congrès par la Matmut

En fin de semaine dernière, la Matmut conviait la presse locale et régionale – mais pas Filfax – pour évoquer ses projets immobiliers à venir dans l’agglomération rouennaise. Inévitablement, l’avenir du site de l’ancienne école normale de filles nichée route de Neufchâtel a occupé l’essentiel des conversations. Daniel Havis et Nicolas Gomart, respectivement président du groupe Matmut et directeur général de la mutuelle, ont livré quelques détails sur le nouveau projet qui devrait voir le jour sur les hauteurs de Rouen. Filfax a jugé utile d’exhumer de ses archives une enquête publiée en janvier dernier et qui révélait les dessous de l’abandon du projet initial – la construction d’un palais des congrès – tout en rappelant les conditions financières avantageuses dans lesquelles l’assureur avait pu acquérir le terrain. Bonne lecture !

 

Que se cache-t-il derrière l’abandon en rase campagne du projet de palais des Congrès Matmut à Rouen ? Depuis l’annonce faite en novembre dernier par Daniel Havis, président du groupe mutualiste, beaucoup d’interrogations demeurent.

« Je suis resté sur ma faim », confirme Claude Taleb, élu rouennais EE-LV au conseil régional de Normandie en marge d’un échange sur un tout autre sujet.

En tout état de cause, ce grand projet d’agglomération ne sortira pas de terre sur le site de l’ancienne école normale nichée route de Neufchâtel à Rouen. Officiellement, l’historique patron rouennais pointe des problèmes d’attractivité de la Métropole, notamment en matière de liaisons ferroviaires, routières et aéroportuaires.

De quoi rester encore sur sa faim… Dès le lancement du projet en 2012, ces problèmes, récurrents à l’échelle de l’agglomération, étaient déjà connus et n’avaient pas empêché le groupe mutualiste de se lancer. Certes, Robert Picard, élu municipal d’opposition UDI, observe que la situation « s’est peut-être aggravée depuis quelques années ». Mais cela n’explique pas tout.

« Les choses bougent en interne »

Pour tenter de percer les ressorts d’un tel renoncement, il faut se plonger dans les entrailles de l’assureur mutualiste. Les changements intervenus ces derniers mois à la tête du groupe n’y sont sans doute pas étrangers. Sans parler d’une révolution de palais, « les choses bougent en interne », dixit une source syndicale préférant conserver l’anonymat. Depuis un an, Daniel Havis, l’omniprésent président de 61 ans, a pris du recul par rapport aux affaires opérationnelles du groupe. « On ne le voit plus dans les réunions du comité d’entreprise », illustre ainsi cette même représentante des salariés.

Le patron n’est plus installé au siège central de la mutuelle sur la rive-gauche rouennaise. « Il a emmenagé à un jet de pierre de la gare, juste en face du Donjon », précise l’un de se ses vieux amis, l’ancien conseiller général André Danet. « Il est aussi beaucoup sur Paris », commente une autre syndicaliste qui, là encore, préfère conserver un anonymat total.

Signe de cette prise de distance, c’est depuis la capitale que Daniel Havis avait annoncé l’abandon du projet. D’ici quelques semaines, Jacques Le Baudus, journaliste spécialisé dans le domaine de l’assurance, doit également lui consacrer une biographie. Témoignage supplémentaire d’un passage de relais progressif.

« Pas le même ancrage local »

En parallèle, Nicolas Gomart, le nouveau directeur général, assume pleinement la conduite opérationnelle du groupe. Et le quinquagénaire n’a pas le même ancrage local que l’emblématique patron au nœud papillon. « Difficile d’être plus lié à Rouen que lui », estime un fin connaisseur des arcanes feutrés de la mutualité française.

Reste qu’il ne croit pas une seconde que Daniel Havis n’ait pas eu son mot à dire dans l’abandon de ce palais des congrès évalué en son temps à près de 100 millions d’euros d’investissement. En revanche, Nicolas Gomart est sans doute parvenu à le convaincre de l’importance du risque économique pris par le groupe sur ce projet.

« Aucun palais des congrès français n’est rentable », répète depuis des années Patrick Herr, ancien député de Rouen et bon connaisseur de l’entreprise. Alors même que le contexte économique apparaît plus difficile pour les assureurs, notamment dans le domaine du risque automobile, « coeur de métier de la Matmut », dixit l’un de ses anciens hauts cadres.

Echaudé par des problèmes de mérule touchant à la structure de l’édifice, des retards ainsi que les surcoûts afférents, Daniel Havis se serait finalement rangé aux arguments de son jeune directeur général. « Nous n’avons aucun commentaire particulier à faire sur la manière dont les dirigeants du Groupe prennent les décisions relatives à sa bonne marche », balaie-t-on du côté du service communication de la Matmut. Evoquer le nouvel équilibre des pouvoirs au sein du groupe n’est visiblement pas du goût des responsables de l’entreprise…

En interne, Nicolas Gomart, diplômé de la libérale école des sciences économiques et commerciales (Essec), apparaît comme « un nettoyeur, arrivé pour rationaliser et faire des économies », observe une autre source syndicale. Sa mise sur orbite coïncide également avec de profonds bouleversements stratégiques.

Nouveau slogan, campagne de communication flambant neuve, abandon du rapprochement avec la Macif… le groupe Matmut se réoriente. Dans cette période de transition, la réalisation d’un palais des Congrès aurait représenté une difficulté supplémentaire. Sans doute le boulet de trop…

Une ristourne de 20 % à l’achat de la parcelle

Et maintenant ? Que va-t-il advenir de ce terrain, une parcelle de 2 ha nichée à quelques encablures du centre-ville de Rouen et offrant une vue magnifique sur l’agglomération ? « Il est encore prématuré de l’évoquer », se borne-t-on à indiquer du côté de l’assureur mutualiste.

Côté politique, rien ne filtre non plus. Interrogé sur le sujet, Frédéric Sanchez (PS) et Yvon Robert (PS), président de la Métropole et maire de Rouen répondent ne pas avoir d’éléments précis sur le dossier pour le moment. Auront-ils des exigences particulières ? Le président de la Métropole indique que non. Ce qui ne manquera pas d’étonner ceux dont la mémoire reste vivace.

Lorsqu’en 2010, la Matmut a acquis la parcelle auprès du Département de Seine-Maritime, elle a bénéficié de conditions financières avantageuses, une ristourne de 20 % comparée à l’estimation de France Domaine. Présidée à l’époque par le socialiste Didier Marie, la collectivité avait cédé son bien pour environ 4 millions d’euros au lieu de 6 comme le préconisait l’agence publique. « Ce projet renforce l’attractivité de Rouen, il est normal d’en tenir compte », justifiait à l’époque l’élu socialiste dans les colonnes de l’Express.

Aujourd’hui, la donne a sensiblement changé… « Il ne faudrait pas que la Matmut s’oriente vers une opération de pure spéculation immobilière sur le dos, finalement, du contribuable », prévient d’ores et déjà Robert Picard. La pilule serait, en effet, un peu grosse à avaler…

A Lisieux, Bernard Aubril en bout de course

1383349_217820955052190_1563103182_nDans le sud du pays d’Auge, un territoire rural et plutôt marqué à droite, c’est bien le socialiste François Aubey, maire de Mézidon-Canon, qui rafle la mise. Et le maire de la ville centre qui encaisse une sévère défaite. Un échec qui s’analyse d’abord comme la fin d’un cycle. Après avoir perdu sa vice-présidence au Département en 2015, Bernard Aubril subit une nouvelle défaite stratégique. Et cela malgré les soutiens d’Hervé Morin, président UDI de la région Normandie, ou encore Sébastien Leclerc, vice-président LR du Calvados et maire de Livarot Pays d’Auge.

Installé dans le paysage politique depuis vingt ans, l’homme fort de Lisieux n’est, de toute évidence, pas parvenu à entraîner et fédérer autour de son nom. « C’est la défaite d’un personnage et d’une équipe en bout de course », juge Jean-Pierre Lecomte, opposant UDI à la ville et élu vice-président lors du conseil communautaire d’hier soir. Au-delà du rejet de Bernard Aubril, c’est une gifle pour tout son staff.

Plusieurs adjoints municipaux de poids ont en effet été sèchement exclus du nouvel exécutif intercommunal. On peut citer Emmanuel Thillaye, Isabelle Raynaud, Arianne Poynard et surtout Paul Mercier, fidèle du maire depuis plus d’une décennie. Seul Jean-Paul Soulbieu, l’indéboulonnable adjoint aux finances, a décroché un poste de vice-président. Détail croustillant, il a dû affronter Isabelle Raynaud, l’une de ses collègues de la majorité municipale. Les fissures de cette dernière apparaissent désormais au grand jour. Comme une ambiance de fin de règne…

Le scrutin d’hier l’illustre bien : le maire de Lisieux et ses fidèles n’ont plus la « grinta » de leurs débuts. « Dans sa campagne, Bernard Aubril a manqué de créativité. A part promettre des postes, il n’a rien proposé », analyse un fin connaisseur des affaires lexoviennes. A l’évidence, cette stratégie n’a pas suffi pour rassurer les élus ruraux du territoire, inquiets de voir se développer l’hégémonie de la ville centre sur le reste de l’agglomération.

A l’inverse, François Aubey a su convaincre. Enfant du pays et homme de consensus, il creuse son sillon depuis de nombreuses années. Son élection s’apparente à une consécration au regard du travail fourni, notamment au Scot sud pays d’Auge. « Il a, sans doute, également bénéficié d’une prime à l’injustice », évalue la même source. Elu sénateur en 2014, ce dernier a finalement été déchu de son mandat suite à l’invalidation de ses comptes de campagnes par le conseil constitutionnel. Une sanction jugée particulièrement sévère compte tenu des faits qui lui étaient reprochés.

De l’histoire ancienne doit-il se dire aujourd’hui. Depuis hier, le président a plutôt les yeux rivés sur l’avenir. De fait, il devient le nouvel homme fort du sud pays d’Auge. « C’est à l’agglomération que vont se concentrer l’essentiel du pouvoir et des grandes infrastructures », estime un bon connaisseur du territoire.

De son côté, Bernard Aubril va terminer son troisième mandat affaibli et plus isolé que jamais. « Il n’aurait pas dû s’accrocher à son siège comme il l’a fait, juge le même interlocuteur. Cela s’est retourné contre lui. » En 2014, ce passionné de vélo avait maintenu sa candidature municipale sans avoir obtenu l’investiture de son parti. S’il a emporté la mise face à Eric Lehéricy, candidat désigné par l’UMP à l’époque, cette dernière victoire signait, paradoxalement, le début de la fin…

Quid des relations futures entre la ville centre et son agglomération ? Il est encore trop tôt pour le dire. Le risque d’une paralysie est néanmoins bien réel. A l’image de ce qui s’est toujours pratiqué à Rouen, les directions bicéphales donnent rarement entière satisfaction… Qui plus est lorsque les deux entités affichent des couleurs politiques différentes en leur sommet. Et si les deux chefs se détestent cordialement, alors-là…

*A l’heure de boucler cet article, malgré deux appels, Bernard Aubril n’avait pu être joint